6 - rêve du rayon rouge (et de la rencontre de ma mère)

par Claire @, mercredi 18 juin 2014, 23:42 (il y a 1560 jours) En réponse à Claire

C’est une grande ville du futur, composée de très grands immeubles imbriqués, noirs ou gris. La vie se déroule sur d’innombrables niveaux, le sol n’est plus qu’une abstraction. Tout est perpendiculaire, vitré, vertical, artificiel. Au-dessus, comme dans une volière, le ciel semble tamisé par un très fin grillage, et on ne peut pas sentir le temps qu’il fait, ni deviner l’heure du jour. Il y a des lumières de toutes sortes. La ville elle-même évoque la semi-transparence d’une volière, un dédale en trois dimensions. Dans ce lieu d’une austère et redoutable beauté, je me déplace facilement, je suis en terrain connu. Mais un danger mortel est présent, menaçant, une sorte de fin rayon laser rouge, assez semblable à celui de certaines alarmes, transperce l’espace, se matérialise sur la paroi des immeubles, est par endroits comme filtré, atténué par le passage à travers des vitres teintées. Ce rayon unique qui règne sans que rien ne puisse s’y opposer ou s’en protéger, est un esprit malfaisant, qui tue ceux qu’il atteint, comme un chasseur non-humain. Je le combats et il le sait, il me cherche.
Tout le rêve est occupé par cette partie de cache-cache entre lui et moi. Je ne suis vraiment en sécurité nulle part, je cherche à atteindre l’origine du rayon, qui troue une façade au loin comme un oeil rouge et brûlant. A moment donné je suis descendue tout en bas de la ville, j’ai atteint le niveau du sol, dans une rue encaissée, pavée, où je gare avec difficulté une camionnette. Je vois alors ma mère venir à ma rencontre, petite femme tranquille et pragmatique, comme je l’ai connue chaque fois que j’ai eu besoin d’elle. Elle ne s’émeut pas plus que ça de la situation qu’elle comprend bien, on discute ensemble de ce qu’il faut faire.
Depuis quelques temps le rayon semble avoir perdu de son intensité, il paraît plus discontinu, plus hésitant, plus rare.
Et puis à la fin du rêve je vois qu’il a disparu. Je m’informe : est-ce vraiment fini ? Oui, il a été détruit, ou bien il s’est éteint tout seul, comme s’il avait suffi de lui échapper assez longtemps pour que son pouvoir s’annihile. Il n’y a plus rien à craindre, on peut maintenant se promener librement.

petite femme tout en bas dans cette ruelle
j’ai retrouvé ton visage et ta silhouette
ta démarche.
toi et moi
nous avions rendez-vous avec une peur sans nom
et nous faisions - comme on peut -
il fallait se cacher souvent.

le monde n’est plus fait pour ta marche
pour tes pas sur des pavés gris, luisants.
et pourtant je te vois revenir
ici-
sans peur de rien
entourée d’une simplicité.

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