Noïades

par Kel, mardi 14 octobre 2014, 16:45 (il y a 1404 jours)

Je songeais en pleine mer, à vingt mille des rives, largué à la baille. Les vagues me chaloupaient, ballottaient, tantôt me balançant dans les creux, tantôt me faisant croire à leurs cimes, éphémères. Elles me mini tourbillonnaient, m’entraînant parmi les plis. Quelques mouettes riaient de mes ébats à grands cris stridents, tournoyant dans les airs, je respirais par intermittence, dès que j’arrivais à nager. Je ne sentais pas le froid, ni le chaud, je sentais juste l’eau et le sel sur mon corps et dans ma bouche Quel temps étaient-ils ? Les seuls que je connaissais étaient les nuages transparents, lactés, où je voyais bleu voilé flou, avec un soleil pastel, comme fané des blés. Puis venait la nuit, elle faisait doucement apparaître les confins du cosmos, les ilots d’étoiles scintillantes, les archipels lointains, disséminés en signes mouvants et mystérieux, ainsi que sa Vénus bergère, lumineuse et familière, et aussi ses croissants de lune s’élargissant chaque nouvelle jusqu’à moitié, puis s’emplissant telle une hanche de femme, jusqu’à former un sein rond et plein. A moins que ce ne fût un voyage en forme de visage. Je me perdais dans les visions de ce ciel mouvant, dans son immensité, avec une vue grossie puis rétrécie et cie, comme au microscope télescopant l’imaginaire. Je suivais les marées montantes, descendantes au gré des rêves, parmi les algues détachées des rochers. J’étais loin de penser et les vents soufflaient large. La musique me venait alors en toute liberté. Et je l’écoutais venir me transporter, hypnotisé et à sa merci. Je n’en aurais pas cru mes oreilles si je n’eusse été parti, au bord d’infinir. Elle me pénétrait entièrement et je ne pouvais répondre qu’en me muant. Elle m’orientait vers elle vers la perte de mes sens, où correspondaient toutes les multiples voies de mes contradictions. D’étranges forment apparaissaient alors des flots sous mélodie. Comme des flammes d’eau, elles m’entouraient, ondulantes dans l’invisible. Je me laissai entraîner par les sirènes si belles, j’allai dans l’écume comme sur la neige, suivant leur sillage de bleu marine. C’était si bon me laisser noïer, alors… D’amourir.

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