réponses au questionnaire du site marxiste "question théorique"

par dh, vendredi 23 juin 2017, 16:46 (il y a 28 jours)

Vous écrivez, pourquoi publiez-vous ?
Je n’écris plus depuis environ deux ans. Par contre j’ai écrit environ 250 poèmes entre 2003 et 2015. Quand on veut être lu, on peut mettre ses poèmes sur des forums internet de poésie, ce que j’ai abondamment fait. Mais au bout d’un moment ça ne suffit plus. On veut laisser une trace plus tangible. Alors on commence à chercher à se faire publier, d’abord en revue, puis en recueils. Pour ce qui est des textes théoriques, que je ne considère pas comme étant de la poésie, un site internet suffit.

Pensez-vous possible de décomposer un acte d'écriture en une chaîne de gestes ? Si oui, pouvez-vous faire le tri entre des gestes qui vous seraient privés et d'autres publics ?

L’activité d’écriture (je ne dis pas, à dessein, le travail) s’inscrit dans le cadre plus vaste de la vie quotidienne. 80% de ma poésie a été écrite sur mon lieu de travail, au fil des jours. C’est donc dans un contexte public, mon travail salarié, que j’ai en grande partie mené à bien mon projet d’écriture privé. Ce qui n’est en principe pas autorisé, ou à la rigueur juste toléré, pour peu qu’on soit discret. Cela aurait été différent si, par exemple, j’avais écrit en résidence subventionnée, ou si je n’avais pas eu besoin de travailler. Les poèmes auraient été différents, auraient parlé d’autre chose, différemment.
Qu'est-ce qui, dans votre pratique, limite l'acte de publier ? qu'est-ce qui, chez vous, doit absolument demeurer privé et pourquoi ?

Je ne ferais bien sûr pas publier des textes dont je ne suis pas content ou dont j’ai honte. Mais qui le ferait ? Pourquoi ? Comme toute mon écriture poétique ou théorique repose sur une base autobiographique (ma vie quotidienne et psychologique, mes lectures, etc…) il est bien évident que cela implique un passage du privé à la sphère publique. Et plus fondamentalement, de l’inconscient au conscient, ou, pour paraphraser Bachelard, de la matière à la forme.

Feriez-vous une différence entre votre public et votre lectorat ?

Je ne crois pas avoir de « public », au sens que cela peut avoir pour un chanteur ou un acteur. Je ne sais pratiquement rien de mon lectorat, si ce n’est qu’il est très restreint en quantité : ma compagne, quelques amis, et d’autres rares lecteurs que je ne connais pas et ne connaitrai sans doute jamais.

Le fait de savoir que Beethoven ait déclaré refuser de jouer pour les rustres change-t-il la perception que vous avez de ses OEuvres? Y a-t-il une partie de la population que vous excluez a priori de votre public ? de votre lectorat ? Si oui, comment procédez-vous ? si non, même question.

La vie personnelle de l’homme Beethoven n’influence pas ma perception de sa musique. En tout cas pas consciemment et volontairement. Que ce soit un salaud ou un brave type ne m’intéresse pas.

Quand on publie quelque chose chez un éditeur à priori non-connoté politiquement, on ne contrôle pas qui va vous lire. J’imagine que ce sont des gens qui ont une connaissance minimale de l’histoire de la poésie française et une certaine sensibilité, plus proche de l’émotion que de l’érudition ou de la raison raisonnante, mais ce n’est même pas évident. Bien sûr ça serait inquiétant et troublant si j’apprenais que 90% de mes lecteurs votent Le Pen. Mais je n’y pourrais rien. On peut par contre refuser de se rendre à des lectures publiques ou à des émissions radiophoniques si on estime ne pas y avoir sa place, ce que j’ai déjà fait. Il suffit de décliner poliment l’invitation.

Imaginez que vous appreniez, en lisant cette question, qu'Elisabeth Schwarzkopf avait officiellement demandé sa carte du parti nazi, comment décririez-vous l'effet que cela pourrait avoir sur la facon dont vous êtes touché par son art ? Auriez-vous préféré être a priori exclu de
son public ? Si oui, pourquoi ? si non, même question.

Non, je ne crois pas que le fait que Schwarzkopf soit nazi change grand-chose à ma façon d’apprécier, ou pas, sa musique. Je ne vois pas qui aurait pu m’exclure de son public, ni pourquoi. A l’inverse, je n’accepterai pas qu’on me force à l’écouter. J’ai une vision assez hédoniste et individualiste de la culture, et je raisonne plutôt en termes de vitesses, de tonalités, de dynamiques, de nuances, de contrastes etc… qu’en termes idéologiques, que je trouve très grossiers, pauvres et ennuyeux dans un contexte artistique.

Comment votre écriture considère-t-elle les acteurs impliqués dans son processus ?

Je ne suis pas sûr de comprendre cette question. Qui sont ces « acteurs » ? Les gens que l’on côtoie au quotidien ou qui apparaissent dans les médias ? Je dirais qu’ils influencent peu ce que j’écris, sauf quelques cas particuliers, des amis proches, par exemple.

Quelle place leur donne-t-elle ? Comment, par son allure même, cherche-t-elle à agir sur leur condition d'existence, sur leur devenir ?

Pour la poésie, Je ne cherche pas à « agir sur les conditions d’existence » ou le « devenir » de mes lecteurs. J’espère que les gens qui me lisent ne s’ennuient pas, y trouvent du plaisir, éprouvent ou expérimentent un certain « état d’esprit » que j’essaie de transmettre.

Pour les textes théoriques, il s’agit d’expliquer et de clarifier mes choix esthétiques.

inversement, pouvez-vous donner un exemple concret concernant la facon dont votre privé est affecté par les interactions nécessaires à votre écriture ?

Je ne crois pas que mon écriture nécessite des « interactions » particulières pour advenir, et je ne vois même pas ce qu’elles pourraient être. Vivre, avoir un peu de temps et d’aisance matérielle. Après, on fait avec ce qu’on a.

Fil complet :