Alchimie

par Écrire, mercredi 09 août 2017, 12:17 (il y a 128 jours)

En 1958, il s’était produit un événement inédit. Un homme était parvenu à vendre du vide découpé en parcelles nommées « zones de sensibilité picturales immatérielle ». Certaines de ces niches de vacuité furent cédées aux esthètes éclairés, en contrepartie de quelques lingots. La démonstration était faite que, contrairement au naturel qui le tient en horreur, le social peut valoriser le vide. Sous condition toutefois : il faut d’abord avoir fait le plein de notoriété. L’immatériel se manifeste alors, se détachant sur un fond de visibilité exacerbée.

On vous demande où est votre œuvre. Vous désignez l’emplacement furtif d’un courant d’air et affirmez : « Là. Là où je parle en ce moment ». On vous croit sur parole. On vous interroge de nouveau : « Et quel est le prix de cette œuvre ? ». Vous répondez : « Un kilog d’or. Un kilog d’or pur me suffira ». L'alchimie opère : la tractation marchande ratifie la réalité de l’oeuvre. Pour l’achat de chaque parcelle, vous délivrez un reçu avec, pour consigne, de le brûler devant témoins, de sorte que « toute la valeur fondamentale immatérielle de la zone appartienne définitivement (à l’acquéreur), et fasse corps avec lui ».

Côté incrédules, vous engendrez un scandale. Mais ce tapage assure votre publicité, laquelle accentue votre célébrité, substantiel carburant de l’intangible.

Vous êtes devenu le centre moteur d’un cercle vertueux.

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