version finale et corrigée

par dh, dimanche 24 septembre 2017, 10:29 (il y a 29 jours) En réponse à dh

Carte postale de la Baule Escoublac ( 15-20 septembre 2017 )

Le voyage

Je n'avais jamais pris le tgv et pas quitté paris depuis 2005. Houellebecq parle très bien de ça dans un poème :
Nous roulons protégés dans l'égale lumière
Au milieu de collines remodelées par l'homme
Et le train vient d'atteindre sa vitesse de croisière
Nous roulons dans le calme, dans un wagon Alsthom,
(...)

L'hôtel

Bon accueil. Chambre confortable et très propre. Hélas, une horrible musique d'ascenseur dans les parties communes de l'hôtel : ça ressemble à du Laurent Garnier ou du Saint Germain, en plus aseptisé, hygiénique, robotique ... j'avais déjà entendu ce type de musique dans l'avion pris pour Saigon en 2005. La femme de l’accueil semble en proie à une grande confusion mentale, qui malheureusement, est communicative.

La plage

Plage de 10km quasi déserte. Pense au roman de Richard Matheson : Le jeune homme, la mort et le temps. Un des premiers « vrais livres » que j’ai lu, avec une sensation bizarre, excitante. Plus tard, j’apprendrai qu’on appelle ça : le Romantisme. C'est splendide. Longues ballades au bruit des vagues. La municipalité a installé des chiottes publiques tous les 500 mètres environ. Excellente idée. Souffre de diarrhées chroniques depuis mon sevrage de Prontalgine. Marie-Anne, dérangée par le voyage, est sujette à des incontinences urinaires. Nous conchions et compissons donc de concert les installations sanitaires.
Un soir, coucher de soleil apocalyptique, cathédrales de nuages etc... Rien que pour ça le voyage en valait la peine. De retour à l’hôtel : sexe ( je ne détaille pas ). Pas facile à l’hôtel : il ne faut pas faire trop de bruit et on n'est pas chez soi. De plus, pas de musique dans la chambre, ça manque.
Un poste internet dans le hall. Je consulte mes mails ( rien, comme d’habitude ) et le forum de François. Je vois la glose psychanalytique de Claire justifiant un poème que je n’aime pas. Essaie de répondre, m’y reprends à plusieurs reprises, n'y arrive pas. Quelques minutes plus tard, douleur articulaire fulgurante dans l'épaule droite, comme si une main en acier me broyait l'omoplate. Y aurait-il un lien entre cette douleur et le message de Claire ?...


Le Monde

Sur une table basse à l’accueil, des journaux et magazines sont à disposition, notamment le journal Le Monde du jour. D’habitude je ne lis pas la presse, les flash info sur France Musique ( et la flache d’Arthur ) me suffisant. Essayant de lire un article je m’aperçois que je n’arrive pas à me concentrer. Mon regard glisse sur les caractères sans trouver prise, exactement comme quand j’essaie de lire un texte un peu long sur écran. Du coup je regarde les gros titres et les photos. Trump blablabla Macron blabla Mélanchon gnagnagna réchauffement climatique gnignigni Israël Palestine tagada pouet pouet … Toutes ces « analyses de fond » sont sans doute très intéressantes, mais pour ma part je trouve quelques mots de Bashô plus pertinents :

Poètes émus par les cris des singes,
entendez-vous l’enfant abandonné
dans le vent d’automne ?

Hélas, comme dit Hölderlin : « Il ne peut vivre et demeurer dans le poème, C’est dans le monde qu’il vit et demeure. » C’est un vrai problème.

La ville

Le quartier résidentiel autour de l'hôtel ressemble à un mélange de Disneyland et du Village dans la série "le prisonnier". Il ne manque que la grosse boule blanche pour attraper les gens qui essaient de s'enfuir... « Bonjour chez vous ! »

Le type louche

Une fois nous arrivons dans une sorte de jardin publique. 4 (!) policiers municipaux parlent à un homme assis sur un banc, puis s'en vont. Resté seul il grommelle des sons qui ressemblent à des insultes puis vient vers nous. Il est soit saoul, soit psychotique, et me demande de lui prêter mon portable. Je réponds que je n'en ai pas, ce qui est vrai, et ajoute « Je n'ai qu'un téléphone fixe ». Le type semble abasourdi par ma réponse, comme si je lui annonçais que sa mère est morte. Silence. Va-t-il me demander de l'argent ? Non. Il dit juste : « C'est pas bon, ça.» puis s’éloigne.

La messe

Dimanche matin 10h30, nous allons à la messe. Eglise peu remplie. Moyenne d’âge du public, à vue de nez, 75 ans. Malheureusement l’acoustique du lieu est désastreuse et on ne comprend qu'un mot sur trois. La dame qui guide les chants a au moins 80 ans. Bizarrement il n’y a pas la séquence où il faut serrer les mains des gens à côté. Ça n’est pas plus mal. Le sermon parle du pardon et évoque une gamine de 12 ans violée qui aurait pardonné son agresseur et élevé avec amour l'enfant en résultant. Marie-Anne est scandalisée. Je réagis mollement. C'est vrai que ce genre de discours ouvre la porte à beaucoup d'horreurs et de souffrances. Je communie néanmoins, pas Marie-Anne.

Le casino

Passage rapide au casino dans la matinée. Je n'avais pas vu une salle de machines à sous depuis mon passage à Brighton dans les années 80. Maintenant on insère plus des pièces dans les machines, mais des billets. J’en joue un de 10 euros et le perd. J’aurais peut-être mieux fait de le brûler sur la plage.

Le triathlon

Samedi et dimanche, c’est un vrai bordel pour accéder à la plage. Des barrières partout, des attroupements, un animateur qui hurle des conneries dans une sono surpuissante, ponctuées par des morceaux de néo-métal. Des policiers, des militaires de l’opération sentinelle. Il y a même un hélicoptère qui survole la plage. Sur de grands panneaux vitrés, cette phrase : « LE SPORT DOIT ETRE PARTAGE PAR TOUS ». Comment qualifier un tel discours ? Et ce n’est qu’un avant goût de ce qui nous attend à Paris en 2024 … Faudrait-il de même clamer sur la place publique : « LA POESIE DOIT ETRE PARTAGEE PAR TOUS » ou bien, encore mieux : « MA POESIE DOIT ETRE PARTAGEE PAR TOUS » ?...

Lecture

Nous passons de longs moments assis sur des bancs à lire. Marie-Anne lit Suicide d'Edouard Levé. J’ouvre le livre au hasard et tombe sur un passage où Levé explique qu’il écoutait I talk to the wind de King Crimson quand il était jeune, enfermé dans sa chambre avec les volets fermés. C’est marrant, moi aussi… Je lis pour ma part La confession d'un enfant... de Musset, recommandé par un ami poète dont j'aime le travail. Je trouve le livre assez faible. Pas étonnant que Beigbeder et d’autres s'en réclament. Laisse tomber 30 pages avant la fin. Quelques considérations générales sur l'époque pas inintéressantes, puis de banales histoires de tromperies et de coucheries à n'en plus finir, vite lassantes. Aucune poésie là-dedans. Je pense que mon ami a aimé le livre car il s'est reconnu dans le personnage d'Octave et ses frasques. Moi pas.

La gare

Dans le hall de la gare il y a un piano à disposition des voyageurs. Marie-Anne y joue un peu de Debussy et de Satie.


FIN DE LA CARTE POSTALE.

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