Centon avec jean-michel maulpoix et périscope

par Claire, dimanche 08 octobre 2017, 15:37 (il y a 15 jours) En réponse à Claire

Quand je parle d’épreuve de réalité, je ne parle pas seulement de « mettre ce qu’on a écrit à l’épreuve d’un regard étranger, qui dit oui ou non », cela est si aléatoire ou pollué de considérations non artistiques qu’on serait bien naïf d’y accorder trop d’importance. Ne parlons pas d’ « être reconnu » qui est en général plus lié à l’énergie qu’on y met et au besoin qu’on en a qu’à la valeur essentielle de ce qu’on écrit.
Je parle de tout ce qui se passe d’imprévisible, de non connu, bref, de réel, quand on s’embarque dans une tentative d’édition papier. L’affaire du regard étranger c’est utile parce qu’on corrige avant d’envoyer, on corrige avec une forme de recul un peu différent ; ou bien on fait un livre, on ne se contente pas du temps d’un poème et il faut y réfléchir, à ce que dit ce livre.

Mais j’ai vraiment eu l’impression de vivre des aventures assez picaresques, je me suis fait des amis, j’ai réfléchi différemment, j’ai eu de longues conversations passionnantes et interrogatives, depuis que je me suis décidée à chercher des publications. Jamais, dans aucun domaine, il ne m’est arrivé autant de choses étranges, de coïncidences, d’amitiés bizarres, de journées inoubliables, mêlant le magique et le trivial, voire même le misérable.
Je me suis contentée de suivre un chemin de piste, de me laisser mener, et il y aurait de quoi écrire un livre – que je n’écrirai pas de crainte de faire de la peine à des gens que j’ai appréciés, qui ont été généreux et amicaux avec moi. N’empêche, le monde de l’édition poétique française est un petit immense monde, labyrinthique, qui gagne à être exploré, et rien de mieux que de l’explorer en tant qu’auteur, je crois, en commençant le chemin par ce qui se trouve près de chez soi.

A Amiens j’ai rencontré par une suite de hasards Ivar Ch’Vavar et c’est comme ça que j’ai été éditée, que j’ai connu d’autres gens de son réseau, mieux saisi ce qu’est l’identité picarde (les films de Bruno Dumont en donnent une belle idée aussi), mais surtout ce qu'est spécifiquement l'écriture poétique.

En arrivant à Toulon, c’est une revue (elle s'appelle "Teste"), qui se trouvait dans une librairie près de chez moi, qui au départ avait un côté « bande de copains sympas » pas très exigeante, qui devient tout autre chose maintenant, depuis leur participation aux « Eaux Vives » de Sète, assez internationales, et des rencontres avec toutes sortes d’auteurs, jeunes ou vieux, dont certains connus. Depuis aussi qu’elle travaille avec des photographes, des plasticiens, dont les élèves de la fac de design de Toulon et deux de ses enseignants. Aujourd'hui, il y avait une lecture devant la librairie, avec deux guitaristes très bons, et comme la revue publie les poèmes étrangers en bilingue, plusieurs lecteurs dans ces langues. C'est la première fois que j'écoutais la sonorité superbe du persan, par exemple, dit par un jeune étudiant iranien de l'école de design...

Mais de toutes façons, dans mon expérience personnelle, tout ce qui est du domaine de la poésie appartient au territoire du rêve, et en est marqué, même si c’est aussi de la réalité...c'est comme ce qui se passe ici.

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