Phrases du long hiver (suite 3)

par Périscope @, samedi 21 octobre 2017, 18:54 (il y a 32 jours)

Phrases du long hiver (suite 3)

Se faisant, il franchit une dernière chicane. Et eux deux sont les captifs à nouveau d’un prenant ruissellement. Toute imagination convoquée, beauté ultime avant qu’il ne rentre, au cabinet de bois attenant à la pièce commune, l’inconnu de la photo se vide, une chanson de gouttelettes s’écoule, à marcher dans les ruines, à fouler les prairies, sauter les mares, secouant malproprement son sac d’entrailles, mouillant ses brais, de ses restes il veut faire figure, mettre en branle ses hôtes, de leur matinale attente avancer un crépusculaire désir, les horribles besoins purgés pour grimper à des hauteurs. Le couple hétérogène se languit, le débit, l’écoulement, le suage de la maison de bois gonflent leurs narines à eux, dont le pet de l’invité se signale comme prélude.

« Femme seule cherche jardinier expérimenté » on peut lire parfois dans les annonces d’un Rustica. Phrase semée entre camélias et tulipes. Une offre comme ça, pour la saison qui vient. Ça se pourrait.

Voici.

Mais c’est un homme de labour, comme un cheval, que le costume étreint, ses reins boursoufflant le tissu, un vomis hirsute de poitrail de la chemise gerbant, les manches à l’encolure de ses poignets libérant la pogne, il se tient dressé dans l’embrasure, le toit de la maison devenu vassal de ses suzeraines épaules, avec le mépris d’un hobereau improvisé, sa langue de feu, racloir à moustaches qu’il arbore drues tel un chiendent, il se défroque, chagriné de sa condition, et l’on voit le couple palper le spécimen, l’hiver froid se réchauffer dans une fournaise de croupe, les mains se ragaillardirent dans le bombé des flancs, les visages s’empourprer sous l’alizée odorant d’un balancement de queue à tous crins, les pognes de l’homme piaffent desquelles s’exhalent des relents de purin et bouse au contact des épidermes blanchâtres, porcelaine de luxe qui s’exhibe et qu’on frotte à l’invité agreste, quand une grêle violente vient à marteler la charpente, grincements des poudres, un essaim de chauves-souris perturbées dans la maison déploie son ciel cauchemardeux, s’en prend aux chevelures, crinières ou crin brossé, dans la robe offerte du vivant, se niche, pantouflardes, dans une aisselle duveteuse, sous le tambourinement lancinant des grêlons, dans le halètement divin des hommes, l’éructation globale de leurs malheurs, qu’une maison qui tangue ne pourra souffrir davantage.

La nuit durant ce temps se prépare.

(à suivre...)

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