la tragique histoire de félicia rodriguez

par loulou, jeudi 14 décembre 2017, 12:51 (il y a 284 jours)

félicia rodriguez régnait d’une main de maitre
d’une main de fer mais de velours gantée
sur son troquet fréquenté par les plus basses couches sociales de cette
petite ville du mississippi
qui n’était qu’un sédiment sur une route qui
s’étendait de perte de vue de l’Alabama
à l’autre rive du
mississippi
où l’on déposa un jour quelques bâtisses d’une main négligente
comme le hasard dépose des évènements dans la vie d’un homme
sans qu’il n’y ait aucune justification à cela
mais ces considérations sentimentales n’étaient pas du goût de félicia
rodriguez
félicia rodriguez avait été orpheline à 6 ans
de père de mère et de saint-esprit
elle était orpheline de son fils mort en bas-age
que lui avait fait quelque cowboy de passage
qui préféra à la compagnie de sa chair la compagnie des vaches
tout passe dans ce bourg comme une meule de foin monotone
les corps toujours y semblent à l’automne
même ces enfants qu’on laisse jouer entre les seuils sales des maisons
félicita rodriguez ne s’embarrassait cependant pas de ce genre de considérations
sentimentales
car cela ne nourrit pas plus
que des pierres comme ces évènements qui bornent arbitrairement le chemin
de la vie d’une homme
(ou d'une femme)
cependant il arrive bien que des évènements adviennent
ce fut celui ci : alfonso cuaron entra un jour dans son troquet
fréquenté par les plus basses couches sociales de cette
petite ville du
missisipi
mais dont c’était à vrai dire la seule couche sociale
seul sédiment de cette terre peu arable
car tout ici participait de la même nature
comme le sont les souvenirs dans les cartes postales
alfonso cuaron entra un jour dans ce troquet
il y tua tout le monde
d’un coup de révolver par personne
ce menu n’avait pas été annoncé
d’habitude il n’y a pas de menu
particulier
il tua tout le monde car on lui avait refusé
son tort-boyaux habituel lui suggérant de boire plutôt
l’eau des chevaux qui convient à un chien de sa sorte
il tua
tout le monde c’est à dire
tous les hommes du village qui comme chaque soir
étaient réunis dans ce troquet
c’est à dire 12 âmes en tout et pour tout
et le poids spirituel de ce village soudain s’en allèga
tant que le vent aurait pu l’emporter
si le seigneur avait dû y éternuer
par mégarde
il n'y restait plus que les pierres
et quelques enfants
jouant entre les seuils sales des maisons
comme des rats qui passent aux devantures des boutiques
avant de s’engouffrer dans les poubelles ouvertes comme des ventres impudiques
alors félicia rodriguez
considéra alfonso cuaron
longuement elle considéra cet homme qui avait tué tous les hommes
et dérangé par ailleurs la disposition des objets habituellement observée
à son troquet
sur lequel elle régnait d’une main de velours gantée
métaphoriquement
un gant de velours sur une main de fer
elle pensa au livre de job qu’on lui avait lu enfant
mais se souvint que job lui possédait maintes vaches :
elle soupira.

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