poèmes de dépression

par dh, dimanche 04 février 2018, 16:41 (il y a 111 jours)

fantaisie du dimanche

la rage rougeoyante des peuples se retire
soleil ouvert comme un fruit mûr
dont le sang se mélange à la mer

les rivières entremêlées remontent vers la source
c’est l’endroit qui les a vu naître
par delà les carapaces de tortues

quelques fillettes dansent au clair de lune
parmi l’horreur des charniers
leurs cheveux se perdent dans les étoiles

alors que les chiens s’entrégorgent
murmures indéchiffrables tombent
dans la terre comme une lumière bleue


« mais le plus souvent j’étais quand même une femme dans la forêt des
histoires »
( Claire Ceira – 2005 )



une femme seule dans la forêt des histoires

pas nécessairement égarée mais juste éblouie peut-être

d’un rayon orangé qui passe entre les cimes

ou ivre comme cette femme en kimono

décrite par Bashô dans un de ses haïkus

les histoires qui se chevauchent l’une l’autre

les ombres des arbres qui s’étendent

enténêbrant le sol maculé de boue et de feuilles

sol inégal et incertain face à la verticalité

des troncs férocités de fougères de buissons dégageant

odeurs d’urine et de chairs végétales

pétries des mains de l’air humide

dans un recel de brindilles cassantes et de fruits corrompus

dont on voudra faire du feu se nourrir

à l’abri d’antiques charpentes émergeant de la tourbe

cabanes inhabitées envahies par le vent et la pluie.


matin



le matin l'eau humaine afflue
se verse dans les failles
c'est la chute pour moi aussi
emporté par le courant

dans les couloirs du métro
qui captent l'eau humaine
en fleuves et affluents
des reflets brillent à la surface

ceux qui arrêtés tels des roches
ou de simples cailloux
se retirent du flux de tous
pour un instant voient autour d'eux

les visages pressés qui se recomposent
avec une effrayante vitesse
avant que ne rejaillisse
le courant qui emporte tout


l’intranquillité


l'intranquillité qui a donné son nom
au livre de Pessoa
celle qui fait se retourner dans leur lit
les insomniaques anxieux ne ne pouvoir vivre encore

cet étrange mélange de terreur et de
sidération coincé au creux du crâne
comment pourrais-tu aimer, mon amie,
un compagnon qui souffre d'intranquillité

cette maladie qui sépare
du flux commun de l'existence ?
l'intranquillité est la plus profonde et misérable solitude
celle qui écarte de la route commune

pas de repos pour l'intranquille
car le remède n'est que momentané comme
l'est la lumière du jour pour l'ombre du soir
qui revient toujours invariablement

écrire l'intranquillité c'est aussi tendre
une main secourable à des frères ignorés
qui eux aussi, seuls et cloisonnés hors du temps
prient et préméditent l'arrêt de toute vie



Après-midi du 16-12-2017 16h50


une route d’automne pétrie d’angoisse
on prend le livre dans ses mains
mais le livre tombe des mains
dans un abyme de fleurs noires

les terminaisons nerveuses
laissent suinter un jus de pénitence
un je disjoint qui jute à point

le rire peu charitable de la jouvencelle
précipite un glacis de ténèbres
« qui m’aime encore » annone le fonctionnaire
miné par l’angoisse du temps vidé

à chaque minute son apocalypse
à chaque seconde sa déception
à chaque heure son glas trompeur
car la fin du temps que j’espérais
se perd dans des méandres de fleurs noires

un papillon chuchote néanmoins
ou est-ce le froissement de ses ailes
« la dernière marche sera la plus dure »

noircir page pour échapper au vide
car vide broie vie dans le silence
la vie broyée qui ne peut vivre
cherche lumière en page noircie



la médiathèque et le cimetière



les longs après-midi teintés d'angoisse
aller lire à la médiathèque
ou marcher au cimetière
sortir de l'enfermement
du domicile trop bien connu dans lequel
on fume et on boit
plus que de raison. sortir !
la médiathèque toute de transparence
laisse passer les rayons du soleil
le cimetière labyrinthe de verdure
favorable au recueillement de l'âme
deux lieux accueillants
aux solitaires en quête de repos
la lecture ou la marche
comme autre musique



quatrain


l'oiseau étrange enfin s'envola hors la cage

l'ange du bizarre avait laissé

un verre de vin posé

sur la table de la chambre

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