— propos d'humeurs

par catr @, dimanche 11 février 2018, 18:32 (il y a 10 jours)

(promenade -3)



je ne fais que ça, regarder. regarder le monde, les gens, les gestes. les absences aussi. souvent des réactions.
les réactions négatives. on va dire fortes, des réactions fortes. on dirait que des clôtures apparaissent subitement,
des murs de briques ou des remparts qui sortent du corps. des fois c'est un tank. un monstre en fer.
certains lancent des pierres, d'autres projettent des planches, ça leur sort de la poitrine, des planches et des clous.
plus fort qu'un cri. t'as l'impression qu'ils font éclater un cercueil. je sens que c'est vital, pour eux.
parce qu'il y a des silences qui tuent, eux, ils tuent le silence.
d'autres font crier leurs mains avec des mouvements rapides dans l'air, une espèce de danse sèche,
des mouvements en forme de claques répétées, des gestes de poussées repoussées, vite.
tout à coup, les deux mains sur le front, dans un effort qui semble impensable la bouche exhale des lames.
toute une volée de couteaux luisants. ça fend, ça plante. je dis rien, la plupart du temps je dis rien, je regarde.
je regarde les couteaux se planter. les couteaux, les planches, les monstres en fer. je dis rien. y a rien à dire.
juste attendre.
je regarde et je me demande ce que la personne veut couper, trancher, sevrer, casser, écraser, finir. finir comme tuer.
c'est pas de mes affaires. ce qui sort là, c'est pas à moi, ça parle de l'autre, juste de l'autre mais je vois s'animer
devant moi comme un cinéma vérité, un moment revécu, fantômatique, surimprimé au présent.
je me demande quelle forme ça prendrait si on pouvait solidifier, rendre concrète l'exhalaison juste là,
devant la personne. je me demande comment cette personne regarderait ce corps d'émotions sorti d'elle.
je me demande ce que ça ferait de voir ce dégagement d'énergie, l'onde, sa portée. est-ce calculable ?
et si on pouvait comparer avec l'expression d'un choc positif, un choc chaud comme un printemps dans la gorge,
comme une salve d'été ?
je regarde. tout ce que je peux, toi. toi, je te regarde comme ça. je dis rien.








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extrait de: Les oracles ; percées, p 30. 2017.
isbn 978-2-9813108-7-3 éditions Rhizome.

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