la baise, suite

par loulou, samedi 19 mai 2018, 02:11 (il y a 94 jours) En réponse à loulou

AU BOUT D'UN MOMENT et assez rapidement quand même je fus introduit à une autre catégorie de baise: celles qui comptent. il ne s'agit pas de prouesses physiques mais de la personne avec qui on le fait. on auracompris. le zizi fait soudain la planche dans une eau sentimentale.. il vous vient parfois des choses, mon dieu, je ne les dirai pas, mais on se croirait dans un roman, ça a longtemps été mon problème.

Les débuts dont je parle furent un peu calamiteux, mais ce qui est très bien tout de suite ne peut que conduire rapidement à la déception. je préfère aller, peu importe le domaine relationnel, progressivement à la joie: on ne veut plus ensuite céder le terrain conquis, le pas gagné.

C'était la deuxième fois qu'on se voyait et j'étais chez elle, on devait y dormir. moi je me tourne de l'autre côté en essayant de coller le plus possible au rebord du lit, pour ne pas l'embarasser de ma présence, naivement. je sens progressivement quelque chose d'un peu chaud, humide contre ma nuque. je me fige. je ne sais pas si c'est elle ou... j'ose pas me retourner. je me dis: putain c'est le chat, mais je suis pas sûr. sans me retourner, je tends la main vers l'arrière pour tater un peu ce chat et le faire partir, mais je frole plutôt qu'un pelage, une joue. je reste toujours immobile. ce n'est pas que j'avais pas envie mais que c'était très important. je ne pouvais pas m'empêcher de me contempler.

3lle évidemment, pense que bah, non y'a pas moyen comme on dit aujourd'hui lol et sort du lit vexée, va au salon s'allumer une cigarette. je sors dix secondes plus tard et la vois avec son air triste, je lui dis: allez vient, on retourne se coucher, non sans tirer sur la cigarette d'abord parce que le papier de mes poumons c'est depuis longtemps du cancer. on se recouche donc, je la prends dans mes bras, on s'embrasse, un certain temps. arriver à la suite fut plus difficile. elle n'en avait pas nécessairement envie, en fait. c'est moi qui me disait que, bon, on est censé le faire, là. mon sens des convenances quoi ! j'avais des idées sur la façon dont il fallait s'y prendre en faisant à peu près la moyenne de mes expériences passées, ce qui ne convenait pas du tout. il y a en plus en renpensant quelque chose d'un peu caricatural: ces garçons timides qui lorsqu'ils viennent à la tendresse physique s'y prennent comme des manches, alternance de caresses molles et de gestes brusques, le désir qui cogne comme un pic-vert dansla poitrine. mais après cet incipit difficile, et je ne parle pas que de la baise, le roman. le roman intérieur et celui exteriorisé. la vie différente et plus palpable. l'amour.

Mais j'ai dit que je parlerai de baise. je me souviens d'une fois en particulier: j'avais pris de la kétamine et j'avais mangé trop de foie gras. la kétamine était frelatée: 40 de fièvre, ou quelque chose du genre, le chat qui fait pipi dans le lit, le chauffage qui ne marche pas, l'hiver, la mort.

Je me couchais brûlant et me blottis contre elle parce que j'avais froid mais il y a plusieurs façon de ce blottir et je compris un peu confusément que c'était celle ci. je pense que c'est parce que j'étais fiévreux que par communication métaphorique cela évoqua le désir dans ce contexte incongru. il faisait nuit noire dans la chambre et nous nous pressions de baisers brûlants. j'avais la fièvre aidant des hallucinations comme il fallait habiller ce noir épais de la pièce. ce n'est pas très intéressant à raconter en fait. mais c'était très bien. je ne me suis pas rendu compte une seconde de ce que je faisais. c'est ce qui m'a longtemps déplu à faire l'amour et que j'ai fini par perdre: me regarder faire, dès le début ou au bout d'un moment. avec une espèce de curiosité molle et passive. s'abstraire. se reculer du sentir mais pas pour mieux sentir. là c'était l'une des premières fois que je baisais sans jamais y penser: c'était très bien.

Je retrouvais cette sensation plus tard, dans des contextes différents, la drogue aidant par exemple. je vous le conseille. s'il y a quelque chose qui justifie lepénible à prendre de la drogue, ça dépend bien sûr lesquelles, c'est d'en même temps faire l'amour.

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