la baise, ensuite enfin

par loulou, samedi 19 mai 2018, 19:45 (il y a 214 jours) En réponse à loulou

J’ai mis un certain temps avant d’aimer le faire. Pendant longtemps l’intérêt venait de la tendresse amoureuse ou d’une sorte de curiosité. Baiser était alors une sorte d’extension des câlins, des je t’aime, mais qui engage tout le corps, dans le premier cas, et une extension du bavardage, du temps qu’on veut perdre, du plaisir de la nouveauté, dans le second.

C'est avec XW!Z que j’ai découvert que baiser pouvait avoir un intérêt en soi. Elle avait quelques années de plus que mon âge et sous plusieurs aspects je faisais quelques années de moins que le mien. Initialement elle était un peu froide, elle aimait plutôt les hommes matures, ça lui convenait tout à fait: elle faisait « femme », et moi ce gamin! Mais je déployais des trésors d’éloquence, enfin c'est ce que je m'imaginais lol. XW!?Z m’a aidé à me déniaiser, j’en avais besoin. Cela dit elle a rapidement commencé à m’agacer et régulièrement. Elle avait un certain nombre d’opinions que je trouvais de la dernière bêtise mais surtout une façon de s’y tenir. Moi je cultivais mon côté petit con arrogant en lui apportant mes lumières. Et elle qui n’en voulait rien savoir une autre forme de condescendance relative à mon immaturité. Nous étions fait pour nous disputer. On le faisait très bien.

Deux-trois mois après notre rencontre on a pris une bière pas loin de chez moi. Elle me parlait de trucs… je la traitais plus ou moins de débile. On est allés chez moi, baisé en silence (mon père dormant dans la chambre d’à côté), puis le lendemain on s'est réveillés dans l’appartement vide, trop fatigués pour ça. Alors elle m'a fait jouir et elle m'a demandé de lui faire pareil. Moi absolument aucune envie, bien sûr, je voulais juste qu’elle s’en aille. Elle est partie furieuse. Puis quelques échanges d'insultes par sms, genre grand déballage. On ne s’est plus revus.

Je savais bien que je me comportais comme un sale con: ou le savais-je? Ce que j’aimais chez elle me semblait être des qualités de surface. La tendresse n’y perçait pas. Reste que je n'ai jamais culpabilisé. en cette matière, la mémoire est l'endroit le plus indulgent du monde.

Quand je raconte ces histoires je m’aperçois bien que leur détail n’a strictement aucune importance. Toutes ces expériences comme on dit semblent interchangeables les unes les autres voire avec celles des autres. Elles se ressemblent toutes d’être racontées un peu de la même manière: un début, des péripéties, une fin, et la fin véritable qui est le jugement qu’on y porte, la morale de l’histoire qu’on n’explicite pas forcément mais qui affleure de l’ensemble. on dit: voilà j’ai vécu ça, on sous-entend : j'en parle de cette façon parce que ça s'insère comme ça dans la petite narration de mon existence. Mais ces histoires se ressemblent toutes aussi d'être un peu vécues de la même façon. Dans ce genre là on relate des relations plutôt superficielles et il n'y a pas trente six mille façons de ne pas trop connaitre quelqu'un. Ce que traduit la différence des récits c'est la variété des caractères de chacun. Mais les expériences elles-mêmes sont assez impersonnelles. C'est un rapport à l'autre prédigéré. Une fois baisé il y a plusieurs options que tout le monde connait: recommencer, finir, ou autre chose. Chacun se sent tout à fait individuel en feuilletant son petit album de souvenirs alors qu'ils se distinguent à peine de tous les autres souvenirs du monde. Et puis il n'y a pas trente six mille façons de connaitre quelqu'un non plus. Mais je trouve plus de prix aux histoires d'amour.

Une vie c'est tel assemblage syncrétique de souvenirs et c'est tout. J'aime bien ce mot: syncrétique, parce qu'on y entend "crétin" ; vous pouvez imaginer comme je pouffe quand je dis "idiosyncratique". Ca non plus, cette crétinerie, ça ne m'est pas particulier.

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