une route, mais sans image

par seyne, mardi 19 juin 2018, 11:21 (il y a 27 jours) En réponse à Périscope

Merci Periscope. Les deux textes juxtaposés posent des questions très intéressantes. La route sans image est comme une ascèse : en rester à ce qui est soi, le centre de soi. Ne pas s’échapper dans les pays imaginaires, ou la mémoire, pour éviter la question posée et l’angoisse qui l’accompagne.
Mais du coup, je me demande si on reste dans le territoire de l’art, si on n'aborde pas ceux de la philosophe et de la psychologie, de l’introspection « ordinaire ». Est-ce que l’art ce n’est pas justemement le pas de côté dans l’image (ou les sons), ou le plongeon dans l’image, avec le pari que celle-ci, dans sa migration, va nous offrir un autre aspect de la vérité qu’on n’aurait pas pu voir par un autre moyen ?
Par exemple, dans le texte tel que je l’ai écrit, il y a une opposition (qui m’est venue au fur et à mesure) entre la ligne (la route) et le plan (l’espace tout autour). Et le sentiment d’indignité et d'écrasement que j’ai essayé de dire, je l’ai vraiment ressenti quand j’ai visualisé la scène, et il était évident qu’il était lié au passage dans les deux, et même les trois dimensions. C’est à dire une augmentation de la liberté, mais aussi, forcément, de la désorientation. Mais quand je dis « visualiser », c’est beaucoup plus large au niveau sensoriel, émotionnel. Je crois que l’écriture pour moi c’est beaucoup cela : inviter le lecteur à partiager quelque chose de sensoriel et d’émotionnel qui porte du sens.
Par ailleurs, il me semble que « penser par images » n’est pas du tout l'apanage des écrivains. Quand un petit enfant dessine une maison, c’est lui-même qu’il dessine, son corps réel, son corps imaginaire, son esprit et ses relations aux autres. C’est vrai aussi pour les arbres, c’est bien connu.
C’est d’ailleurs pour ça que je suis en train de rassembler un recueil qui s’appelle « Maisons et arbres ».

Ceci dit, une route est sûrement un texte imparfait, sinon Timothée et toi n’auriez pas exprimé des réserves. Il me semble que cela tient sans doute à une forme d’évitement du noeud du problème, et aussi peut-être à certaines coquetteries (l’eau glacée dans les fossés qui n’apporte rien au sens, par exemple).
Mais j’aimerais bien que vous précisiez cela si c’est possible.

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