théorie musicale

par loulou, lundi 03 septembre 2018, 23:31 (il y a 77 jours)

ILY A DES PROVERBES qui ne manquent pas de me laisser songeur. mais qu'on dise de quelque chose qu'il vous laisse songeur, voilà précisément ce qui m'emporte au songe. si j'écoutais le langage je n'aurais jamais fini de laisser les choses se tenir par la main. et se passer le bonjour style grande maison désordonnée appartement soviétique des années 30,on y fait chauffer l'eau pour le thé par moins 12 et les enfants d'une des voisines se prennent les pattes dans vos rideaux... ce n'est pas à dire qu'on n'y trouverait rapidement des motifs -je parle à nouveau de la LANGUE- qui diffèrent de l'idée de forme seulement en fonction de leur rapport à l'organisation; une répétition dans l'espace comme dans le temps, c'est un rythme, et tous les jolis lieux (par définition peut-être) peuvent se convertir à une partition. les yeux non plus ne finissent pas de parler.

il y a des symphonies sur mes rideaux.

DÉMONSTRATION
il est important de respecter un rythme. les moments du sommeil et de l'éveil sont à ce sujet d'une incidence insoupçonnable. j'ai moi-même (je crois) perdu ma mesure ce que je ne souhaite à personne : on regarde alentour : ce qui avant était instrument ne semble plus jouer pour soi. or c'est le seul vrai plaisir de mettre de l'ordre dans le monde -avec quelle joie on juge ses petits camarades.

cette perte est l'antithèse du mélodrame.
le mélodrame est un genre qui suit donc des formes qui, lorsqu'on les respecte, ne l'y abandonne pas. on saisit aisément ce mouvement de pensée. or non, il s'agit ici d'un vrai drame, sous le mélo.

c'est une charpente pourtant qui glisse en silence de votre poche. cet après midi j'ai fait tomber mon écharpe dans les couloirs du métro, une gentille dame: MONSIEUR! en courant l'a rapportée. c'est autrement plus embêtant de faire tomber son église, personne ne vous la ramasse, parfois on trébuche sans savoir pourquoi: maintenant vous savez. pensez aux deuils dans lesquels vous laissez trainer vos chaussures.

ce n'est pas un mélodrame car il est question d'une sorte particulière de perte qui n'a rien à voir avec tous les Orphées du monde : on ne perd pas les petites billes que l'on a placé dans sa vie avec la promesse pleurée d'aller les retrouver à la récré ; on a perdu (il faut imaginer un rouage grincer) un rythme c'est à dire quelque chose qui vous participait comme le syntagme la phrase. toute propriété changée rebat les cartes des noms. on n'a bientôt plus le droit de parler pour celui qu'on était. le drame est exclusif d'un interdit moral : celui statuant qu'on n'a pas le droit de se plaindre.

on n'a pas le droit de se plaindre car cela vient d'un principe universel et muet : ce qui arrive le fait pour une raison. sans ce principe on ne pourrait pas ranger le monde. chaque cause se glisse comme à une housse dans sa conséquence. les arbres connaissent aussi cette grammaire qu'on appelle les saisons.

le soleil fond dans le ciel. la nuit n'en porte plus la trace : seulement une nuit simple et noire et absolument nue. il n'y a plus qu'à prendre son mal patience. voilà qui ne manque pas de me laisser songeur.

les mains, les jambes, les lèvres non plus... ne finissent pas de parler. il est un alcool des possibles du corps. avec quelle volupté on le choque comme une bille sur les choses. la violence permet d'en mieux saisir la nature. j'attends comme tout un chacun de voir émerger de la répétition ce que j'en sentirais comme étant la "tonalité naturelle". de là à ménager sa vie comme une petite entreprise il est le bonheur d'une idée beaucoup plus bourgeoise de perte (!). à croire que je deviens un garçon raisonnable...

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