pavillon de l’Aurore

par jfmoods @, mercredi 03 octobre 2018, 18:25 (il y a 74 jours) En réponse à seyne

La thématique aquatique ("les rectangles d’eau opaque", "bassin à sec en forme de coquillage", "comme à sec l’eau de l’enfance", "le plumet blanc d’un jet d’eau", "un étang") irrigue le poème, imposant l'image fuyante du reflet et, avec elle, celle du temps qui s'en va (chosification : "le rebord de l’ancienne enfance", allégorie : "il dessine ses limites", verbes de perception : "on voit vers l’avant se dessiner la fin", "on regarde aussi en arrière", "tu revois en vrai par hasard / les longues lumières", métaphore : "le long tunnel", démonstratif : "celui dont tu viens d’apprendre qu’il est mort / en mai (par un mail de sa femme, / que tu ne connaissais pas)", questionnements obsédants : "où est ton corps de huit ans ?", "ce qui avait changé, ce qui n’avait pas changé dans ce visage dans ce corps / en quarante ans", "où sont ces corps, nos corps d’enfants, de vingt ans, de soixante / par quels trous de l’éventail passe ce qui passait / de nuit à nuit ?").

La vie vécue prend l'aspect d'une riche propriété (métaphore élective du titre agrémentée d'une majuscule : "le pavillon de l'Aurore", aspect seigneurial : "un château", image du majordome : "il y a un homme qui dit "soyez la bienvenue"") que notre mémoire intime nous invite à réinvestir ("la visite est en cours") aussi bien en horizontalité ("le corridor", "de l’autre côté de l’allée") qu'en verticalité ("tout en haut de l’escalier", "les marches de l’escalier") et dont les alentours immédiats ("les arbres en cônes qui s’enfilent / vers les lointains les banlieues les forêts", "la partie des grands bois") figurent le reste du monde, l'ailleurs incertain, les défis à relever.

Remonte alors à la surface l'épaisseur du temps vécu (verbe de mouvement : "tu glisses vers une fin d’été lointaine", comparaison : "une prairie comme un drap lourd humide et vert", discours direct figurant l'illumination amoureuse : "tu as sauté dans le tram et il t’a demandé : "on se reverra, hein ?" / tu as répondu oui").

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