extrait de mon roman sur le sujet

par dh, lundi 14 janvier 2019, 12:59 (il y a 39 jours) En réponse à 411

Souvent, à la bibliothèque, Karma passait de longs moments assis dans un magasin en compagnie de sa collègue Annette qu’il appréciait beaucoup. C’était une femme d’environ cinquante ans, toujours de bonne humeur. Elle avait vécu aux Antilles, s’y était mariée avec un autochtone avant de revenir en France avec son mari, d’avoir deux enfants et de divorcer, car il buvait et la battait. Très croyante, elle se privait volontairement de la communion depuis sa séparation. Karma, qui était agnostique, ne comprenait pas bien les raisons de cette privation et lui conseillait d’y mettre fin, d’autant que certains prêtres toléraient tout à fait bien de donner l’hostie à des fidèles divorcés. Il s’interrogeait aussi sur la nature de la foi d’Annette. Apparemment cette croyance en dieu l’avait aidée à surmonter plusieurs difficultés dans sa vie, notamment son divorce et une longue maladie qui s’était soldée par le retrait d’un rein, suivi d’une greffe. Annette disait simplement que la foi l’avait soutenue dans les épreuves et empêchée de tomber dans la dépression. « Oui, dit Karma, mais ceux qui, comme moi, ne l’ont pas, cette sacrée foi, quel espoir leur reste-t-il ? » Annette répondit qu’il ne suffisait pas d’attendre la grâce, mais qu’il fallait aussi prier pour la demander, notamment à la très sainte Vierge Marie, qui, dit-elle, a un grand pouvoir dans les affaires des hommes et guide ceux qui la prient vers la béatitude. Désireux de tenter l’expérience, et bien qu’il ne priât jamais, Karma se recueillit un soir dans son studio et demanda en silence, avec toute la force de conviction dont il était capable, que la très sainte Vierge Marie accepte d’intercéder en sa faveur auprès des puissances insondables afin qu’il devienne croyant. Hélas, rien n’advint, ni amour, ni foi, ni science, et il eut honte de sa crédule superstition.

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