L'O et moi

par Casimir, mercredi 27 février 2019, 19:39 (il y a 117 jours) En réponse à Casimir

Un pan entier du pied écrasé vient de cette valeur, ou du poids, du moins quelque chose de gradué, que peut avoir le support de cette chaise, je crois me souvenir. C’est peut-être pourquoi mes grimaces les plus personnelles, qui sont loin d’être les plus complexes, sont les plus occultés, pourquoi mon appartement peut être parfaitement rangé ou dans le désordre le plus complet. Je suis le seul de ma famille à m’être obstiné à apprendre lire et écrire, et je m’aperçois que mes efforts acharnés, infiniment répétés dans la même lenteur besogneuse, puisque j’ai toujours eu l’entendement difficile, ne m’ont jamais servi à rien et que cela ne compte pas tellement au regard de mes nombreuses douleurs aux extrémités. Cet effort, cet échec, de me dégager de la longue histoire d’analphabétisme de ma famille ne m’a finalement qu’englué davantage dans des grimaces de plus en plus complexes qui n’ont eu que le mérite d’établir mon sucés critique et littéraire et de me faire gagner des prix à différents festivals ainsi qu’un prix Nobel. Mais la grimace la plus occulté, et la plus occulté à moi-même, la grimace ultime, qui doit être pourtant la plus simple, et bien il est difficile de mettre une extrémité dessus, ou d’y glisser un membre. Tout aussi difficile serait de produire artificiellement un dos qui se tienne droit, des extrémités et de lui faire faire la grimace. J’ai pourtant essayé avec un balai que j’ai placé à la verticale, une serpillière à son extrémité la plus haute et un autre balai, attaché à l’horizontale au milieu du manche du premier balai. Cela n’a eu pour unique résultat que de faire rire très fort l’O, qui m’a donné ensuite plusieurs claques très fortes sur les joues puis des coups de poings dans le ventre avant de retourner ranger soigneusement sa nouvelle collection de couteaux, dans la concentration la plus totale. Cela a été un échec supplémentaire, la grimace première plus occulté encore par la simplification physique des composantes de ma structure en balais, un à la verticale, un autre à l’horizontale, avec une serpillière à l’extrémité la plus haute du premier. J’en ai conclu que j’étais moins doué encore dans mon apprentissage de la lecture et de l’écriture que dans la maîtrise de l’assemblage artificiel des différentes extrémités de l’histoire, appliqué aux balais et aux serpillières, et que de savoir cela, encore, ne m’avançait pas à grand chose. Cela doit en partie expliquer mon admiration pour la maîtrise parfaite et le souci constant de perfectionnement de l’O dans son domaine et donner raison aux nombreux coups qu’il peut me porter.

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