Erose

par Périscope @, mardi 04 juin 2019, 14:57 (il y a 76 jours)

Erose


Quand Erose se coiffe elle offre l’apparence du réveil.
Avant de m’endormir, je l’ai aspirée d’un baiser,
pour ne pas partir seul dans la nuit.
Sa bouche est ouverte comme un gouffre noir.
Je ne suis qu’un bonhomme pileux qui devient feu de broussaille au soleil.
Sur le mur du réfectoire, je regarde longuement l’horloge,
accrochée au-dessous d’un crucifix.
J’attends Erose.
Dans mes yeux défilent des chariots de flammes, malgré la nuit.
La journée a défait son tablier et déposé ses couteaux après l’ouvrage.
Chemin faisant, on se racontait méthodiquement ce qu’on fera,
une fois arrivés dans la maison.
Mais avons-nous toujours le visage de notre sexe ?
L’autre jour, dans la chorale,
c’était la femme moustachue qui avait la voix la plus cristalline.
Ce qu’on aime le plus en l’autre est à la limite de la perdition.
Les arômes de fraicheur à l’entrée
ne ressemblent pas au remugle de l’intérieur.
Erose.
Il faut que ta beauté se montre périssable pour qu’on la voit.
Plante toi à califourchon, que je reçoive les câlins de ta fourche.
Ton parfum te protège comme une cuirasse invisible.
Dans la pénombre, un gros robinet ne cesse de ruisseler.
Si les fondements sont semblables à un visage,
ta bouche d’ombre alors me parlera.
Erose.
Tout ce qui tombe d’elle se relève sous sa robe,
quand elle danse le mambo.
Une violente averse soudain délie nos langues figées.
Les femmes noires ont le sexe rose.
Sous les maquillages survivent les bouches boudeuses de l’enfance.
Nos désirs se fichent complètement de la beauté.
Le soleil illumine un coin de carrelage
que la femme de ménage n’a pas encore lavé.
Erose.
Je n’ose pas retirer ma main sur laquelle tu es assise.
Je suis à l’extrémité de ton môle, je bute contre ton océan.
Un vêtement minuscule ne couvre qu’un endroit minuscule,
les démons le savent bien.
Devant la vitre, une femme de ménage s’accroupit pour la laver,
la vitre aussitôt baisse les yeux.
Pour danser, il faudrait que mes pensées enfilent des chaussons.
Erose, Erose.
Tes cheveux te suivent derrière quand tu coures.
Le plombier défait ses baskets sur le paillasson,
pour rentrer pieds nus chez toi.
Je ne serais convaincu de toi, que sous l’effet éthylique d’un Bacchus.
Erose.
Tu as le corps lisse et un fin toupet au milieu.
Tu serais une vieille femme qui me sourirait une branche d’aubépine à la main.
Ah ! boire une odeur nouvelle à ton cou,
comme l’eau trouble d’un puits profond.
La bougie est insuffisante pour éclairer la pièce,
mais ce qu’on en devine suffit à nous faire fuir.
Du bas-ventre au cerveau, on est saturé d’engins embarrassants qui nous transportent.
En quoi le sens de la vie nous donne-t-il le plaisir de vivre ?
Elle s’appelait « Bouquet » et lui « Dutronc », ils se marièrent
et firent beaucoup de fleurs mais sans racine, car lui la quitta.
Erose.
Tu baisses ton linge pour montrer ta raie.
C’est la main d’Erose qui guide le doigt de l’homme.
Dans les rêves, nos plus belles histoires sont avec nos ennemis.
Maillol, lui, savait sculpter des concepts avec le corps des filles.
L’ombre de soi-même recouvre des chemins qu’on ne connaît pas.
N’est-ce pas Erose ?
L’exhibitionniste n’est jamais désirable.
Un poulain se positionne tête-bêche dans l’ombre de sa jument.
Erose, hélas,
l’arrivée de ton parfum peut se confondre avec son départ.
Dans la maison, il y a tant d’objets à caresser.
J’entends des hommes noirs,
ils se disputent la chair rose d’une femme blanche.
Mais il ne faut pas mélanger les soupirs d’un fer à repasser,
avec les raclements de gorge d’une tondeuse à gazon.
Des femmes disparaissent dans la pièce,
pour en ressortirent toutes échevelées et vacillantes.
Si je te demande de passer dans le salon à côté,
tu te mets à frissonner idiotement.
Hé ! Rose !
Les femmes aux jambes maigres marchent plus vite
que celles aux jambes rondes.
Le blanc camélia, qui atteint le balcon,
finit par m’offrir son bouquet.

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