Le garçon d’ascenseur

par Soledad, dimanche 13 octobre 2019, 04:10 (il y a 36 jours) En réponse à seyne

Bonjour Seyne,

Plus que dans le style, ce serait donc dans le contenu si je comprends bien. Oui, je reconnais avoir eu un peu de mal à retranscrire certaines scènes que j'avais en tête.
Après, les détails qui clochent ça fait aussi partie de l'univers fantastique. Est-ce le monde qui vacille et le fantastique qui y fait irruption ou est-ce ma perception qui le rend étrange ?
Le but est d'amener le lecteur à s'interroger...comme tu l'as fait.
Si j'étais grand écrivain ça se saurait et retranscrire tout cela me demande un savoir faire dans les agencements que je ne maîtrise peut-être pas. J'écris pour le plaisir et ce forum me permet de mener une réflexion sur mes productions. Merci donc pour tes lectures et tes remarques. Cet objectif, au moins, est rempli.

"De nombreuses pièces numérotées longeaient de part et d'autre le long couloir "
Oui, en effet, ce n'est pas un couloir qui relie deux services, c'est un couloir de consultations.

"Massés contre la porte coupe feu, un homme en pagne madras, aux dents rougies par le bétel, s'appuyait sur les poignées d'un fauteuil roulant. Le visage de l’homme légèrement voûté qui s'y recroquevillait, semblait captif d'une femme de ménage à la poitrine volontaire cintrée dans sa blouse mauve de rigueur. Devant moi, un jeune homme rustique à la barbe soigneusement taillée dominait l'attroupement entre deux coups d'œil à son portable."

Dans ce couloir étroit, en me relisant, je compte quatre personnes et un fauteuil roulant. Tu préférerais
"contre la porte..."  ? ou "regroupés ?"

J'imaginais l'homme dans le fauteuil le regard vide, fixe, tourné vers la femme de ménage de très petite taille. Le détail relatif à la poitrine qui semble l'hypnotiser n'est là que pour rappeler ce que les femmes en Inde, mais ailleurs également, peuvent subir au quotidien dans des situations où les gens sont serrés les uns contre les autres. Je passe sur celles qui préfèrent porter le voile pour ne pas être déshabillées du regard ou qui se font tripoter dans les transports en commun, au Caire ou dans toutes les grandes villes d'Afrique du Nord. Je n'ai pas été assez explicite peut-être, cela mériterait de l'évoquer de façon plus précise ?

https://www.telerama.fr/cinema/films/les-femmes-du-bus-678,431052.php

Les mentions du pagne madras et du bétel ne servent en effet qu'à donner des indications sur le lieu de la scène.
Que le lecteur se sente perdu, c'est volontaire. L'Inde reste encore le pays de tous les possibles. C'est cette perte de repère qui aurait dû préparer le lecteur à l'irruption du fantastique ou du réel merveilleux. Après comme dirait Annie, c'est dérangeant et peut être trop abrupte ? Exotique ? (On m'en avait fait la remarque il y a quelques années lors de l'étude de certains de mes textes pour une publication.
Dans l'ascenseur il y aurait donc l'homme en fauteuil, l'accompagnateur, un grand jeune homme, la femme de ménage, un couple au fond, le garçon d'ascenseur et le narrateur. Soit 8 personnes et un fauteuil.

"Seuls quelques millimètres séparaient la poitrine fougueuse de la dame de petite taille (voir remarque ci-dessus) et le jeune homme qui la fixait." Effectivement, on ne comprend pas bien s'il fixe la dame ou la poitrine. Je pensais à la dame, je vais revoir cette phrase ambigüe. Mais à la réflexion, pourquoi je jeune homme ne ressentirait pas les mêmes pulsions ?

L'attitude du personnage à la fin est exactement celle que tu décris.
Contre toute logique, le narrateur ne suit pas le garçon d'ascenseur, il retourne dans la cabine pour l'attendre. Quelque chose d'important vient de changer ses intentions initiales.
Le lecteur à le choix d'en interpréter la cause. Il ne se voit pas attendre une consultation dans un service sans issue ? Il se sent mal à l'aise en réalisant que le garçon d'ascenseur est "un monstre" ? Non puisqu'il parle de "souffle de vie". Le mal dont il souffle ne pourrait-il pas lui sembler ridicule comparé à ce que doit vivre ce jeune homme au quotidien ? Dans ce cas, ne partagerait-il pas le même sentiment de bien être qui expliquerait le comportement du couple au fond de la cabine ? Et si ce jeune n'était autre que le propre "Doctor Sivamurungan Rajarayana" ? Le lecteur serait-il tellement conditionné qu'il n'aurait pas été en mesure d'envisager un seul instant que ce jeune Monsieur puisse être aussi médecin ?..
Donc, si je ne réussis pas à atteindre mon propos, je regrette de manquer de la maîtrise nécessaire pour le faire. Amener le lecteur à une réflexion sur la monstruosité qui ne serait qu'une façon de considérer l'existant et la part du mental dans la capacité à relativiser nos propres dysfonctionnements me semblent néanmoins sortir des sentiers battus.

J'espère ne rien avoir oublié. Encore merci.

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