allegretto ma non troppo/presto/coda

par 411, mercredi 20 novembre 2019, 18:14 (il y a 15 jours)

Et puis les fleuves ont fané ; ne restèrent que l’écume, quelques surfaces bien polies, le visage grave de la lune. La profondeur décéda. La houle avait tout ravagé. Ne restèrent que des foules indistinctes, des formes en forme de bonhommes, de petits dealers, de soûlards, de punks à chiens, de nique ta mère de fils de pute. Je vis le bas de l’être, et ça me rendait la joie grave.

Je traînai un peu partout, raclant la merde un peu partout, posant mon cul, pété comme un coing, les yeux vides un peu partout ; testant le moelleux de l’intérieur de toutes les cuvettes de chiottes du monde connu. En forme de veille. En état de nu. En fin de nuit. En début de mort, ivre mort et mort de faim, de trouille, bourré de remords ; je mordais dans la vie mais ça avait un goût de cervelle crue. J’étais le squelette dans le placard, l’antithèse du dandy. Je m’incarnais dans ma chaise, n’avais aucun charisme, même si les gens appréciaient mon intelligence. Et ma bonhomie (j’ai toujours été poli).

Je n’étais tout simplement pas là. Je n’existais pas, suivais, marchais au pas de course dans toutes les combines. J’allais d’île en île et de naufrage en naufrage. Tout autour ça sentait le fracas mais l’alcool protégeait, caressait, enveloppait, maternait, recueillait, accueillait, accompagnait ma tête de veau. Persillée. Je ne buvais pas pour oublier, je buvais pour écrire. Très simplement, je mettais de la musique et j’attendais. La bibine faisait passer le temps. J’écrivais comme par obligation, je le faisais car j’avais mis des billes en jeu, m’étais abîmé, avais aligné des kilomètres de syllabes, car putain de merde peut-on encore aujourd’hui écouter les poètes !? J’y croyais en tout cas.


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Et puis, parfois, la lumière, l'orgasme, enfin, les premiers jets qui claquent, de la mâche, du tanin, parfois tout ça prend sens, l’essence est revenue, on retire les amarres et tout le bateau tangue et ça fait des éclairs et ça prend corps et ça prend sens la merde est évitée et bordel là ça prend sens et ça donne surtout ça donne et alors on a envie d’aimer la vie on le veut profondément on veut être dans la vie dans le dur dans le concret mais ces extases-là mon ami... putain ces bleus intarissables ces instants où tu ne fais rien qu’ écrire créer proposer des images rêver des falaises des trous noirs des stratosphères d’octosyllabes car ailleurs tu te sens faible mais ici à l'instant T tu te sens fort merde tu les as tous vu analysé de fond en comble et tu les détestes au fond car là tu te sens fort tu arrêtes d’être le témoin muet l’espace d’une dizaine de minutes tu te sens vivant et fort fort comme un bœuf fort comme un mur. Tu peux haïr à t’en faire péter les neurones ici tu es chez toi ils sont passés ils passeront comme la chiasse.


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Tu vaudras plus cher qu’un kil de weed, que deux tonnes de tracas.
Tu ne disais rien de folichon. Tu n’étais pas là. Tu n’étais tout simplement pas là.

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