Les poètes, suite

par loulou, jeudi 30 avril 2020, 15:47 (il y a 38 jours) En réponse à loulou

Les poéète.sse.s (suite)




5. Marina della Simone (Saint-Marin)

Notice biographique
Marina della Simone nait en 1902 dans le micro-état de Saint-Marin (Serenissima Repubblica di San Marino). Fille cadette d’une grande famille d’armateurs, elle s’engagea dans la marine marchande dès l’âge de 17 ans, malgré les réticences dues à son sexe, désireuse d’explorer le monde et d’échapper au carcan familial. Ses voyages l’on menée sur la Mer Jaune, la mer de Timor, ou encore le détroit de Malacca. Elle en laissa carnets de route, observations de naturaliste, recueils de poésie. Son premier opus, « Recettes de cuisine aux larmes de poètes pour temps de vache maigre », écrit en italien et en français, lui valut  l’estime de ses pairs  à défaut de la reconnaissance du public. Elle fut, avec Segalen et Cendrars, l’un.e des dernier.e.s grand.e.s poètes-explorat.eur.rice.s du 20ème siècle.

RICETTA CUCINA PER VIVERE IN TEMPO MAGRO

Sulla nave
punto di acqua minerale
ma il sale che si svuota
la lingua.

Meglio lasciarlo in tasca.

E legumi?
Di tutte le vitamine, rimane solo D
(e tutti i minerali, sale)
non sostituendo il resto dell'alfabeto.

Tuttavia - QUI SONO ALCUNI CONSIGLI
FACILITARE L'ESISTENZA
PER MANCANZA DI TEMPO:

Prendi un poeta
qualsiasi.
Prendi un poeta.
Parla del mare:
Dagli il vero mare
Invece di questo mare leggermente rugoso.
Parla della tempesta:
Dagli una tempesta autentica
Al posto di questa tempesta d'umore.
Parla del sole, dell'amore, della morte, dell'assoluto,
Dai tutto, ecc.

Cosa sta succedendo?
Qui sta piangendo
il nostro gentile poeta.

La sua anima non può sostenere
il peso di queste cose,
preferisce dirli
piuttosto che viverli
(Chi lo sa?)

Raccogliere le lacrime (mezzo litro).
Questa è bellissima acqua limpida
con cui coltivare i legumi.


*

Traduction
RECETTE DE CUISINE POUR SE SUSTENTER PAR TEMPS MAIGRE

Sur le navire
point d'eau minérale
mais le sel qui décharne
la langue.

Mieux vaut la laisser dans sa poche.

Et les légumineux?
De toutes les vitamines, ne reste que la D
(et de tous les minéraux, le sel)
ne remplaçant pas le reste de l'alphabet.

Cependant - VOICI QUELQUES TRUCS
POUR FACILITER L'EXISTENCE
PAR TEMPS DE DISETTE:

Prenez un poète
quelconque.
Prenez un poète.
Il parle de la mer:
donnez lui la vraie mer
à la place de cette mer peu froissée.
Il parle de l'orage:
donnez lui un authentique orage
à la place de cet orage d’humeurs.
Il parle du soleil, des amours, de la mort, de l'absolu,
donnez lui tout ça, etc.

Qu'arrive-t-il?
Voilà que pleure
notre aimable poète.

Son âme ne peut soutenir
le poids de ces choses,
il préfère les dire
plutôt que les vivre
(Qui sait?)

Recueillez les larmes (un demi-litre).
Voilà de la belle eau claire
avec laquelle cultiver des légumineux.


6. Maria-Anna-Isadora Gejano (Colombie)

Notice biographique
Née en 1974 à Medellin (Colombie), issue d’une famille mestiza (mi-européenne mi-amérindienne), Maria-Anna-Isadora Gejano commence à écrire subitement à l’âge de 24 ans, alors qu’elle était jusqu’ici pleinement absorbée par ses études d’architecture. Elle décide de les interrompre pour se consacrer exclusivement à la création littéraire. Elle produit, entre 1998 et 2004, plus de trente recueils de poésie salués par la critique. Décrète soudain qu’elle n’a plus rien à écrire. « Ces livres sont sortis de moi comme on doit expulser le sang qui vous brûle les veines. Je vis à présent dans la certitude de leur absence » (source: billet de blog : http://www.marieannaisadora.com/entradas/hastasiempre.html). Est actuellement architecte en Espagne, où elle conçoit des « casas para cosas » (maisons pour choses).

Sin Titulo

A veces me digo que tengo muchos sueños
Flores de carnaval y piezas de vino.
Hortensias de lavanda y brezo
Rosas y lirios se quedan despiertos toda la noche
Mantequilla y lirio de los valles, opio por supuesto
Sumisión o fragmentación,
Pensé que el cuchillo estaba roto.
Hay un descanso, está en la sartén, no me olvides, hace calor
Sal a las calles con la esperanza de encontrar algo
Estrés estival de alguien que puede decirte
Cómeme en las flores y cosas del hotel.
Miro los azulejos y las texturas, rojos y anchos.


*

Traduction
Sans Titre

Parfois je me dis que j'ai beaucoup de rêves
Fleurs de carnaval et morceaux de vin.
Hortensias lavande et bruyère
Les roses et les lys restent debout toute la nuit
Beurre et muguet, opium bien sûr
Soumission ou fragmentation,
Je pensais que le couteau était cassé.
Il y a une pause, c'est dans la casserole, ne m'oublie pas, il fait chaud
Descendez dans les rues en espérant en trouver
Le stress estival d'une personne qui peut vous dire
Mange-moi dans les fleurs et les choses de l'hôtel.
Je regarde les carreaux et les textures, rouges et larges.


7. Ramon Losseco (Espagne)

Notice biographique
Né en 1888 dans un village côtier de la province des Asturies (Espagne). Développe une poésie du fragment, de l’incomplétude, de la correspondance, dont les « palabras » éparses semblent pouvoir indéfiniment s’assembler pour donner à voir ce que le lecteur y cherche. Compagnon de plume occasionnel de Fernando Pessoa (qui en fit le modèle de l’un de ses hétéronymes). Disparait en 1935 comme un rêve au réveil.

Verdades terribles, tristeza impresionante pero alegrías interminables

Me gustaría dibujar la moraleja de la vida como el jugo de una naranja para beber un vaso grande y fresco, el del descanso entre dos actos.

... pero la fatiga que está al final de mis labios y que llenó mi cuerpo para darle otra función
quien se instaló en mi voz y tomó mi cara
y mis músculos, mi piel y mis ojos
vertiendo el cielo en mis ojos y haciendo que todo lo que siento sea íntimo
como si la tensión que me alivió me devolviera a ellos en una cama común
desaparecerá mañana
sin embargo ella nunca me hará tan cerca
incluso cuando estoy en el sueño más lejano
de tu pensamiento.


*

Traduction
Vérités terribles, tristesses époustouflantes, mais joies infinies

Je voudrais tirer la morale de la vie comme le jus d'une orange pour en boire un grand verre frais, celui du repos entre deux agirs.

... mais la fatigue qui est au bout de mes lèvres et qui a rempli mon corps pour lui donner une autre fonction
qui s'est installée dans ma voix et a pris mon visage
et mes muscles, et ma peau, et mes yeux
qui verse du ciel dans mon regard et fait de tout ce que je sens un intime
comme si la tension qui s'atténuait me ramenait à elles en un lit commun
disparaitra demain.
cependant qu'elle ne me rendra jamais aussi proche
même quand je suis dans le sommeil le plus éloigné
de ta pensée.


8. Jao-Natanel Bodem (Cap-Vert)

Notice biographique
Né en 1967 à Santa-Maria, Cabo Verde. Fondateur et (unique) membre de l’école de poésie objectiviste cap-verdienne. A l’âge de 25 ans, conçoit un tour du monde. En poète objectiviste, ne parle pas des paysages et meurs exotiques, mais beaucoup de la technologie aéronautique et des stratégies commerciales employées par les compagnies aériennes. Apprend tant l’aéronautique en autodidacte qu’il passe et obtient un brevet de pilote de ligne en 1997. Devient pilote de ligne pendant 5 ans, occupation qui alimente ses poèmes. Arrête l’aviation pour essayer 15 autres métiers, ce qui lui inspirera le recueil de poèmes « Les occupations », sorti en 2004. Se suicide, par ennui, en 2009. Une statue est érigée en son honneur à l’aéroport du Bourget.

diário de bordo 58

o nariz está muito alto
STALL STALL STALL
o alarme soa
abandono
Placa de 31 graus
Eu sigo o procedimento:
- picar o nariz
- aumentar o gás
Eu restauro o prato
o alarme dispara
o co-piloto está olhando para mim
ao meu lado neste Airbus A320
espiritualmente pesado com 180 almas
e materialmente 57 toneladas
Estou assistindo o copiloto
o co-piloto me observando
os olhos negros e redondos de angústia
lembre-me do oceano
quem não nos engoliu


*

Traduction
journal de bord 58

le nez est trop haut
STALL STALL STALL
l'alarme résonne
décrochage
assiette 31 degrés
je suis la procédure:
- piquer le nez
- augmenter les gazs
je rétablis l'assiette
l'alarme s'éteint
le copilote me regarde
à côté de moi dans cet Airbus A320
lourd spirituellement de 180 âmes
et matériellement de 57 tonnes
je regarde le copilote
le copilote me regarde
ses yeux noirs et ronds d'angoisse
me rappellent l'océan
qui ne nous a pas englouti


9. Valentina Rosalescu (Roumanie)

Notice biographique
Nait à Constanța (Roumanie) en 1944. Part à Paris en 1962 pour étudier l'Ethnologie et l'Histoire des Religions. Elève de Mircea Eliade, ce dernier la repère et l'introduit dans les cercles universitaires de l'EPHE et de la Sorbonne. Démarre une thèse sous la direction de Levi-Strauss en 1967. L'interrompt trois ans plus tard pour causes de divergences théoriques (elle reprocha à Levi-Strauss d'avoir une approche trop théorique). Part étudier les populations autochtones de Papouasie en 1972. Ecrit un livre remarqué sur leur rapport à la nature, qui parait en 1975. Disparait la même année en Amérique du Sud, sans laisser de traces. Ses proches retrouvent, dans son petit meublé parisien, plus de cent carnets d'observations, notes et poèmes. Ces derniers paraissent (présumés) posthumes en 1983.

11h31

Ce mai pot spune
Plantele sunt frumoase
Ficatul este delicat frunzele sale
Nu vă plac proiectele
Aloe rămâne un mister
Silentios si flasc, verde
Este mai puțin verde decât o frunză
decât cea a unui străin
În cameră, umiditatea plutește constant
Purtate de aceste bule umede care sunt
Eu, aloe, ficus și celălalt fără nume
Cine doarme și nu doarme pentru că nu poate
Nu pot juca
Nu mai mișcați sub piele
Soare fericit, orhidee fragilă
Ar trebui să ieșim din casă la un moment dat
Vezi ce nu sa schimbat, prieteni

lalalalalalalalalalalalalalalalalalalalalalalalalalalalalalalalala
este doar sărutări
merită soarele


*

Traduction
11h31
Que puis-je dire de plus
Les plantes sont belles
Le foie est délicat ses feuilles
Vous n'aimez pas les projets
L'aloe reste un mystère
Silencieux et flasque, vert
Elle est moins verte qu'une feuille
que celle d'un étranger
Dans la pièce, l'humidité flotte constamment
Porté par ces bulles humides qui sont
Moi, aloès, ficus et l'autre sans nom
Qui dort et ne dort pas parce qu'il ne peut pas
Je ne peux plus jouer
Arrêtez de bouger sous la peau
Nous devrions sortir de la maison à un moment donné
Voyez ce qui n'a pas changé, les amis

lalalalalalalalalalalalalalalalalalalalalalalalalalalalalalalalala
c'est juste les bisous
qui méritent le soleil

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