Les poètes, fin

par loulou, jeudi 30 avril 2020, 16:11 (il y a 37 jours) En réponse à loulou

Les poètes (fin)



Longtemps mes grands-parents maternels vécurent à Marseille, à proximité de l'Italie, où ils se rendaient régulièrement. Ils en gardèrent l’habitude d'introduire parfois, impromptus, quelques mots d’italien dans la conversation, avec un accent français tout à fait caractéristique, mais un plaisir qui enfant m'impressionnait,  puisque l’accent français en italien c’est aussi exagérer l’idée qu’on se fait du plaisir à le parler. Aussi posséder l’italien me paraissait une aptitude très importante; et je résolus, plus grand, de l’apprendre, ce que je ne fis pas (pour l'instant).

Ce qui me plait le plus, dans l'italien, c'est sa multitude. Il y a des centaines de variations et dialectes, et parfois des langues vraiment distinctes, éloignée génétiquement de l'italien standard de plusieurs degrés de parenté.

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J'aimerais parler une langue à cent dialectes, pour goûter au tour de passe-passe de l'intercompréhension partielle et spontanée, comme à retrouver des souvenirs inconnus dans sa mémoire.


Mais voilà trois autres poétesses et poètes, qui concluent cet analecta.


10. Antonia de Moraes (Brésil)

Notice biographique
Antonia de Moraes est née à Rio de Janeiro en 1938. Issue de la grande bourgeoisie brésilienne, elle s'engagea à 20 ans dans le Partido Comunista Revolucionário Brasileiro (tendance trotskiste), dans un contexte de vives tensions familiales, dont le carcan est vécu comme une asphyxie. En 1964, elle s'exile à Lisbonne (Portugal) en réaction au coup d'état de la Junte militaire. Elle y a, depuis, une activité d'éditrice et enseigne occasionnellement la littérature brésilienne à l'Universidade de Lisboa.

Cancioneiro

Você pode quebrar o vento
___________________ contra de seus calcanhares as bochechas
Em seus cedros de plantas traseiras,
__________________________ marronniers,
_________________________________________ amendoeiras,
____________________________________________________ procure seu peito
De todas as comuns folhas
Para que se tornem carne suas roupas
______________________________ estrela seca
Para que o vento apresse
No piano de suas costelas

Você olha a noite como na varanda
_______________________________________ e pronto para derramar você nele
Há um cheiro de chuva
_________________________ asfixia
______________________________________ de grama
__________________________________________________ molhado
______ no céu
______________________ mantido em seus punhos

Senhores as estrelas, entre todos juntos

Eu não sei se devo falar sobre a alegria, sobre sua voz
Sua sombra é mais fria na minha garganta
Frutas carregadas como mistérios

Sua silhueta se destaca em todos os lugares, luz
O dia cai como cabelo em seus ombros
Olho meus olhos para todos
_______________________________para que volte a tudo florescer

*

Traduction
Cancioneiro

Tu peux briser le vent
___________________contre les joues de tes talons
Sur ton dos planter cèdres,
__________________________marronniers,
_________________________________________amandiers,
____________________________________________________fouiller ta poitrine
De toutes les feuilles ordinaires
Pour que leur linge devinsse chair
______________________________séché aux étoiles
Pour que s'y engouffre le vent
Sur le piano de tes côtes

Tu te penches sur la nuit comme à un balcon
_______________________________________et prête à t'y verser
Il y a une odeur de pluie
_________________________d'asphyxie
______________________________________de gazon
__________________________________________________mouillé
______sur le ciel
______________________gardé dans tes poings

Entrez tous ensemble, messieurs les astres

Je ne sais pas s'il faut s'entretenir de la joie, de ta voix
Ton ombre est plus fraîche dans ma gorge
Les fruits chargés comme des mystères

Ta silhouette se découpe un peu partout, légère
Le jour tombe comme des cheveux sur tes épaules
Je prête mes yeux à tous pour que tout refleurisse


11. Catalina Varios-Munos (Espagne)

Notice biographique
Née à Marbella (Andalousie) en 1951. Fait preuve d'une vive foi catholique. A 18 ans, hésite à rentrer dans les ordres. Choisit la littérature. Atteinte d'une crise mystique en 1976, qui conduit à un internement de plusieurs mois. S'exile pour la Bolivie en 1980. Sa trace est perdue depuis 1985.  

Tetas y paseriformes

Había llovido debajo
De los chorros de agua
Oro es menú cosechado
Tengo el mundo en mi muñeca
La cosecha sea la moneda
De este menú de elección

"Nadie", dice aftas
Había llovido oro como dinero
Cuando el tiempo en mi muñeca
Es el fruto de su revés

Sueña el mundo en movimiento
Con quien la iluminación se emparejará
¿Y quién llama a la ventana?
Oro a través de la persiana

Sables, sé mi cama!
Y será hermoso mañana.


*

Traduction
Mamelons et passereaux

Il avait plu sous les jets d'eaux
L'or se récolte menu
J'ai le monde à mon poignet
Moissons soyez la monnaie
De ce menu de choix

"Personne", dit le muguet
Il avait plu l'or comme la monnaie
Quand l'heure à mon poignet
Est fruit de son revers

Rêvez le monde en marche
Avec qui l'éveil fera la paire
Et qui cogne au carreau ?
L'or à travers le store

Sabres, soyez mon lit !
Et demain sera beau.


12. Jordi Pradeu (Catalogne)

Notice biographique
Jordi Pradeu est né à Barcelone en 1985. Il est un contributeur réguliers des revues littéraires catalanes L'instant et Ariel. Lors de la crise politique catalane de 2016-2017, il est un fervent défenseur de l'indépendance. Il exerce une activité de chroniqueur sportif (football) pour plusieurs journaux.

Sense títol XVII

Aquí hi ha tot el món empresarial, com el vi
Servit al meu got.
Aquí, allà, calma, immòbil tot l’univers
I les carreteres fins a la vista
Fites senzilles
En el camí vital.

Ens asseiem un moment.
Considereu les coses, ja que hi són.
Només cal deixar entrar el món
Com als seus pulmons, fumar
Cigarrets, besant-se els llavis
Amantes i amants,
Als seus dits, projectes
Tangibles del món real
I a la seva boca, els projectes
Imaginaris més reals
Per haver-los vist néixer.

La imaginació és una pintura de Boticcelli:
Naixement de Venus.
No sabem donar a llum als déus
Però assistim a aquest miracle banal
Per veure què no existia
L'alba al punt de matinada al matí,
I els ulls que tanquen
Conté totes les paletes,
I els ulls que s’obren
Conté totes les paletes,
Iles petxines de les cosmogonies.
Vaig al meu llit
Supervisar els assolells del mercat de puces,
Estic satisfet -

Tanco les persianes amb els ulls
I galàxies.


*

Traduction
Sans titre XVII

Voici tout l'univers débouché comme le vin
servi dans mon verre.
Voici, là, calme, immobile tout l'univers
et les routes à perte de vue d'étoiles
simples bornes kilométriques
dans la chemination vitale.

Asseyons nous un instant.
Considérons les choses, puisqu'elles sont là.
Il faut simplement laisser le monde entrer en soi
comme à ses poumons, la fumée
des cigarettes, à ses lèvres, les baisers
des amants et amantes,
à ses doigts, les projets
tangibles du monde réel
et à sa bouche, les projets
imaginaires mais
plus réels de les avoir vus naitre.

L’imagination est un tableau de Boticcelli:
Naissance de Vénus.
Nous ne savons pas enfanter les dieux
mais nous assistons à ce miracle banal
de voir ce qui n'existait pas
poindre sur la pointe des pieds au point du jour,
et les yeux qui se ferment
contiennent toutes les aubes,
et les yeux qui s'ouvrent
contiennent toutes les aubes,
et les coquillages des cosmogonies.
Je vais dans mon lit
suivi des soleils de marché aux puces.
je suis satisfait -

je ferme les stores des yeux
et des galaxies

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