focale (20)

par seyne, jeudi 14 mai 2020, 11:46 (il y a 24 jours)

Tout au fond derrière, dans un ciel blanc d’hiver, on devine la coupole des Invalides. Lui est au premier plan avec son œil de travers, sa pipe. La plus célèbre intelligence de son temps, l’arbitre, le guide. Chaque fois que je pense à lui, je me souviens qu’il a soutenu Mao et sa révolution culturelle, je repense à cet article qui rappelait l’attraction que la pensée tyrannique exerce sur les grands esprits.
La pensée abstraite est comme ce visage asymétrique, dont un œil semble faussement perdu dans une rêverie lointaine, l’autre fixé sur elle seule. L’oeil de la rêverie n’a pas été utilisé alors il est devenu aveugle ; aucun des deux yeux ne regarde son interlocuteur. Le visage est tourmenté, comme si la recherche de la vérité était amère.
Je repense à ce temps-là, à la masculinité de l’époque, éloignée de toute recherche de séduction, et à l’allure des ouvriers d’usine avec leur grosse veste et leur écharpe sans couleur. La pensée aussi fuyait la séduction, aride, abstraite, exploratoire sans boussole, extrême. Beaucoup comme lui se sont perdus dans les marais de l’idéologie, attirants comme un eldorado inaccessible, où murmurent des bruits de guerre, de meurtre et d’autodafés.
Je ne l’aime pas, je ne l’ai jamais aimé. J’ai écouté hier une archive où il parlait de « Huis clos ». Dans la pièce, il n’y a pas de miroir, dit-il, et c’est ça l’enfer : dépendre du regard des autres pour exister.

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