Encore un peu

par Périscope @, vendredi 11 septembre 2020, 10:42 (il y a 18 jours)

Encore un peu

Je reviens dialoguer avec la nuit
La lune est juste derrière sa virgule de nuage
La solitude exige des courages impossibles
Après le voyage on retrouve la même nuit qui ne bouge pas
Rond parfait placide de la lune que défigure une buée de nuages

**
La lune accompagnée de sa servante l’étoile sur un banc de nuages
Les nuages aux têtes de bonhommes chevelus
ou d’enfants nez en trompette
Le ciel avec sa tapisserie de nuages la lune derrière un papier cellophane
La servante étoile s’éloigne de sa maitresse lune
Les nuages sont les continents du ciel banquises à la dérive

**

J’ai bu tout le sirop de la nuit jusqu’à la dernière goutte
J’ai essoré ses draps
La nuit limpide comme une alose après la pluie
La nuit cassante comme un vieux bambou mort
La lune cisèle l’ombre des choses terrestres
La nuit fait frissonner chaque grain des corps

**

Une fenêtre allumée dans la nuit remplace la lune
On vient voir la nuit comme un prisonnier au parloir
On s’habitue à la fraîcheur quand on s’assoit en elle
C’est le froid qui décidera de nos visites

**

La nuit est une baie de nacre noire aux bateaux ensevelis
La serrure de la nuit c’est la lune
Par la serrure de la lune on voit la nuit
Qui a gommé la lune ? Un enfant facétieux
Des gestes de nuages éclaboussent la nuit de traces spumescentes
Les balcons sont rieurs sous la moustache de la lune
En escaladant les balcons on peut toucher un pied de lune
C’est dans la nuit que les douleurs d’estomac se réveillent

**

Quand la nuit est parfaite on ne la voit pas
La trace blanche d’un avion sa courbe dit que la terre est ronde
Chacun remplit son volume maisons arbres
sauf la moto qui découpe l’air
La douceur de la nuit comme une laine mohair
Rien ne peut nous chasser de la nuit à part l’ennui
Les étoiles sont descendues pour allumer les réverbères
On entend le souffle d’un fer à souder géant
Même les motos font un bruit cotonneux
On resterait là assis dans la nuit
comme dans un lieu d’aisance sans compter le temps
Hélas à une fenêtre une lumière s’allume
un malheur qui ne peut rester dans le noir
carton jaune sur le terrain de la nuit
Le cône d’un très vieux sapin est incliné sur sa canne perdue
La fenêtre s’éteint l’âme s’apaise
Ecrire dans la nuit ne fait pas de poème mais un étonnement
Le noir bleuit quand la nuit sourit
Les immeubles sont des cages que la nuit respecte
Les moustiques nous rappellent que nous sommes vivants

**

Fenêtre bleu téléviseur fenêtre jaune ampoule
La nuit fume sa pipe soufflant ses bouffées de nuages
Au bout d’un moment on supprime les verbes de la nuit
On ne garde que les noms
Des ouvriers martèlent des coques de navires
vaisseaux fantômes qu’ils ne prendront jamais
Il faudrait quitter la nuit
elle nous fait rêver debout
Retiens la nuit jusqu’à la fin du monde dit un chanteur
Ta gueule lui répond la nuit
Des rendez-vous où ne vient que nous-même
dans des parures étranges
Fenêtre bleue du rêve fenêtre jaune des douleurs
Le crayon qui écrit rentre dans les trous de ma table
La nuit les voitures époussettent la route avec leur grand mouchoir
Mes mots s’échappent par les trous de ma table

Fil complet :