Démons de 4 heures

par Périscope @, dimanche 01 novembre 2020, 11:04 (il y a 32 jours)

Démons de 4 heures


Dans le triangle isocèle d’une ombre d’église une maison de village c’est l’heure,
ça va être l’heure
ce n’est pas encore l’heure, la Dépêche du Midi
vous êtes là, la table basse est recouverte de fruits, d’amuse-bouches, des spiritueux du Caucase mais aussi gnôles et autres tord-boyaux exhumés de la poussière des caves et dans son flacon un faisceau de bâtonnets aux arômes de musc et un album de photos jaunies, la tables basse fait face à la cheminée, son âtre comme un cul qui vous réchauffe, il, elle, nous, dans la bouche d’elle est broyé un foie gras authentique du Périgord qu’elle passe à lui, le triangle isocèle d’ombre en perd l’un de ses côtés, dans la Dépêche du Midi on ne lit pas de fait divers facétieux, lui aimerait tant un boudin noir martiniquais bourré d’épices,
tu ne m’as pas dit à quelle heure il arriverait il demande, il va garer son camion et il sera là elle répond avec un trémolo en même temps que ses prunelles s’allument tandis que le meuble d’angle aux encoignures galbées épouse chaque mur du coin, à travers sa porte vitrée on peut regarder les angelots en porcelaine jouer de la lyre le bronze d’une panthère dévorant une biche la statuette grecque d’un satyre en érection et les photos surannées d’un couple souriant devant un glacier de Haute-Savoie.
L’église va bientôt sonner, quelqu’un voudrait retenir la lourde langue d’airain qui va frapper la lèvre inférieure de la cloche qui va annoncer quatre heures, personne ne s’y risque
Trop peinard on est ici
Un ruissellement retendit venant du petit coin, celui sous le colimaçon de l’escalier
C’est lui, elle dit, il se libère comme ça après le boulot, il ne se change pas
Un frisson passe à travers la pièce
Tu roules sous la voûte de tes pieds bouffis une paire de grenades juteuses et rebondies, c’est relaxant tu dis, on est coincé entre la langue de la cloche qui va sonner quatre heures et l’arrivée du camionneur soulagé, alors c’est relaxant la grenade, c’est revigorant la grenade, c’est rafraichissant la grenade, c’est épatant la grenade, c’est flippant une grenade qui jute sous les pieds bouffis d’une matrone
Au loin on entend la joie des enfants sortant de l’école, leurs baskettes nike sous lesquelles grince le gravier.
Bonjour. Le chauffeur routier fait irruption dans le salon, ses mains balaizes soulèvent la matrone, on le supplie de garder son textile, on l’assoit sur le canapé qu’il écrase de sa fourche, il dévore une tranche de boudin, il regarde le feu, il tisonne le feu, nos yeux sont des tisons obstinés qui fourragent le feu, hé elle fait danser ses bras aux aisselles de charbon, ce temps là nous est conté, entre les mâchoires d’un étau qui se resserrent.
Mais qui serre la vis ?
Les bûches se consument, il faut bien.
Qui serre la vis ?
Sur les graviers les jambes des enfants sautillent, les tomettes rouges du salon suintent, les barreaux de chaise craquent sous le poids de nos impostures, une araignée se magne pour trouver un abris avant que s’abatte le sceau du jugement
et et et et mais non alors que enfin
c’était un morne après-midi d’automne quand les âmes se rongent d’ennui.
C’est entre les mâchoires de l’étau que vivre est surtout intense
On feuillette un vieil album de photos pour se changer les idées, les hommes sentent le musc
Mais qui serre la vis de l’étau ?
Lui a coincé le doigt de elle qui a mordu le pouce de on pendant que l’index de moi transige entre elle et lui qui s’emmêlent les pinceaux sur des photos qui ne font plus rêver
L’ombre hexagonale de l’église piège maintenant l’ensemble du territoire, les invités sont partis uriner pour fuir. Les gamins de l’école arrivent, ils se précipitent sur la table basse pour se bâfrer de friandises et autres rognures laissées par les adultes.
Sur les pierres se l’église
on aime et on musardise
sur les pierres de l’église
là on défait sa chemise.
Dans l’atelier de papa
on y entend un grand fracas
c’est vraiment le fiasco
il bricole son auto
sur la mâchoire de l’étau.

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