la cuisine

par loulou, dimanche 07 février 2021, 22:56 (il y a 23 jours)

Un repas est une symphonie de poche. L’ambiance y monte progressivement comme portée par le souffle d’instruments à vent. Puis des percussions marquent à intervalles réguliers le festin qui s’annonce. Quels frémissements.

La cuisine harmonique est une science qui met en rapport les sons et les goûts, la théorie musicale et la pratique culinaire. L’équivalent culinaire de la musique que j’aime correspondrait à une succession de saveurs, de suites de variations d'un goût qui s'épancherait dans l'arrière-gout final, qui se modulerait dans cette dernière idée de ce qu'on mange, qui en fin de compte en était aussi la première. C'est lorsqu'on n'y prend pas garde que la vie se récapitule : c'est toujours comme ça que ça fonctionne.

J’ai faim; cette identité posée entre cuisine et musique est une métaphore. La métaphore n’est pas un mode particulier de compréhension, une figure de style qui est une des façons possibles de faire du style, ou une manière de donner à comprendre qui est des modes particuliers de la compréhension. La métaphore, fondamentalement, est la compréhension. Toute relation d’identité est une métaphore. Si on dit, « une pomme est fruit », c’est une métaphore ; si on dit, « j’ai faim », « je suis fatigué » ou « je m’appelle antoine », ce sont des métaphores. Toute exemplification d’une catégorie générale par un objet particulier est métaphorique, car les catégories générales n’existent pas dans la réalité, à moins d’être un idéaliste à la Platon qui s’assume ou s’ignore. Notre langage est essentiellement imagé et métaphorique. La grammaire, ce sont les règles qui permettent de faire naitre les images à l’intérieur de cette langue ; c’est, dans le phénomène du printemps, les lois régissant la floraison et la pollinisation ; la grammaire c’est la mécanique des fleurs, et le lexique toutes les formes des pétales.

Si tout est métaphore, alors rien ne l’est, donc le langage est performatif, c’est à dire que dire une chose c’est la faire exister. Si je dis : la cuisine c’est de la musique, alors j’entends si je le désire les instruments qui s’accordent dans la fosse de mon palais jusqu’à obtenir ce « la » mutuel. Et si je mange des burgers ce sont des tubes facilement écoutés et difficilement digérés comme ce qui passe à la radio. Si je dis : la cuisine c’est suivre une recette, alors toute activité intellectuelle c’est de la cuisine. Si je dis : la cuisine c’est une suite d’opérations pour transformer des éléments en de nouveaux états, et combiner ces transformations, alors la science c’est de la cuisine. Si je dis : la cuisine c’est un cheminement qui progresse discursivement vers un terme, alors les romans c’est de la cuisine. Si je dis : la cuisine c’est juxtaposer des saveurs selon leurs accords et désaccords, alors la poésie c’est de la cuisine. Si je dis la cuisine c’est le goût du plaisir et du partage, alors l’amitié c’est de la cuisine. Si je dis : la cuisine c’est donner à la vie le goût immortel de la truffe, alors l’amour c’est de la cuisine. Que voulez vous que je vous dise de plus ? Bon appétit.

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