un autre recueil, suite et fin

par konsstrukt @, jeudi 17 juillet 2014, 10:49 (il y a 2151 jours)

les textes 37 à 44 ; la suite viendra au fur et à mesure de l'avancée du recueil.

bonne lecture !

38

Quelquefois pour bander un homme a besoin d'envoyer quelques claques ou de terroriser ou de briser l'esprit ou l'âme de sa femme, et quelquefois cette femme le laisse faire, car quelquefois cette bite, la bite de cet homme, est si brûlante dans la chatte que le salopard autour de cette bite peut être le plus con, le plus méchant, le plus violent qu'il veut, ça n'a pas d'importance.
Le monde n'est pas un endroit politiquement correct ni moralement acceptable et on a beau le haïr ou bien vouloir qu'il change, on a beau même agir dans le but de le changer, de le soumettre à la bienséance, de le contraindre au bien, le monde est anomique et n'en a rien à foutre.
Mon père que ma mère battait, un jour elle le vire, il part avec quelques affaires et la voiture, la journée il travaille (il est maçon), la nuit il dort dans la voiture, la voiture garée sur la bas-côté, entre les vignes et la départementale, sauf qu'il ne dort pas, il s'arsouille au pinard et s'étend sur la route, attendant qu'on l'écrase, puisque la folle qui tous les jours le bats ne l'aime plus alors cette vie ne vaut plus rien, mais on ne l'écrase pas. Un collègue à lui le découvre un matin, c'est comme ça qu'on apprend ce qu'il fait de ses nuits, et bien sûr il revient à la maison et les choses reviennent à la normale, c'est à dire qu'il continue à se faire insulter, se faire battre, se faire mettre dehors régulièrement.
Ma mère qui battait mon père, qui l'a battu pendant vingt ans, trente ans, lui reprochant toute sa vie d'avoir eu à vingt-cinq ans et quelques une maîtresse, ma mère qui insultait mon père tous les jours, quand il est mort elle s'est laissée mourir, a perdu toute violence, tout alcoolisme, a perdu tout, et elle est morte, en quelques mois.
Qu'est-ce qu'on peut conclure de tout ça ? Qu'est-ce qu'on peut conclure à propos du monde, à propos des gens ?


39

Les mots ne sont pas une formule magique. Ça n'est pas en disant : « voilà la vérité », ça n'est pas en disant : « voilà ce qui est juste », que ce que l'on dit devient juste, ou que ce que l'ont dit devient vrai. Les mots décrivent le réel mais ne le fabriquent pas. Ou peut-être que si. Peut-être que certains agencements particuliers de mots agissent sur le réel. Peut-être que certains agencements particuliers de mots ont le pouvoir de le péter en morceaux, le réel, et qu'il faut ensuite, ces morceaux, les examiner, et peut-être que certains agencements particuliers de mots ont le pouvoir de le reconstruire, le réel – ou d'en construire un autre et que cet autre il va falloir sans doute le mettre à l'épreuve aussi bien que le précédent, le casser lui aussi, et reconstruire autre chose encore avec ces nouveaux débris, parce que rien ne réussit jamais et parce que rien, peut-être, rien ne finit jamais. Et peut-être alors que ça s'appelle l'éthique, ces agencements particuliers de mots, ou bien peut-être que ça s'appelle la fiction. Mais peut-être au fond que ces deux trucs, l'éthique et la fiction, que ces deux trucs sont la même chose.


40

Quand tout va mal.
Quand l'essentiel de ton activité consiste juste à mettre un pied devant l'autre et que ça te fait un mal de chien.
Quand toute ton énergie passe dans la lutte contre la douleur ou la folie.
Quand ton monde s'étrique.
Quand il devient petit
Quand il se réduit à ton corps, qu'il devient une sphère dont le rayon égale la longueur de ton bras.
Quand ton esprit est entre quatre murs.
Quand ton esprit ne marche pas.
Quand tout va mal et qu'il n'y a rien d'autre que ça.
Quand tout va mal et que ça accapare toute ton attention.
Quand tout va mal et qu'y passe toute ton énergie.


41

Un écrivain
Est impuissant
Par nature
Un écrivain
Ne fabrique
Rien
Un écrivain est par nature une vache qui regarde passer les trains
///
La plupart du temps
Quand je parle aux gens
Comme s'ils étaient libres
Il ne comprennent pas
Croient que je plaisante
Que je me fous d'eux
///
Je suis une vache
Une vache libre


42

Ces femmes
Dont le seul espoir
Est qu'il fasse beau au parc et que les enfants ne soient pas trop chiants
Ces femmes
Dont la seule perspective
Est d'aller bouffer samedi soir à Buffalo Grill, à condition que la belle-doche veuille bien garder les mômes et que Jules pour une fois soit pas trop fatigué, à condition aussi que l'apéro avec les potes eux aussi tous en couples et en gamins, au bar des sports ou à la guinguette, s'éternise un peu moins que d'habitude, ces femmes, ces femmes
Que j'aurais tant aimé
Voir attaquer des banques
Ou des galeries d'art
Les armes à la main


43

La lumière à la con qui tombe jaune du ciel
Le TER qui sent comme une pissotière
Et sur les quais des gares à chaque arrêt du train dans chaque bled de merde une pub pour Sigean avec sur la photo toujours le même lion que quand j'étais morveux, quel age il a ce lion maintenant ? Cinquante piges ? Putain mais c'est un squelette votre lion !
J'imagine la réserve
Les vieux arbres déplumés
Les animaux qui se traînent
Vieux lions, vieux tigres, vieux ours
J'imagine tous fatigués, édentés
Les oiseaux exotiques sans plumes et qui ne volent plus depuis au moins trente ans
Les okapis chauves et centenaires
Partout le bruit des fauves qui toussent
Et les employés
Toute une bande de petits vieux
Ratatinés
Devenus trop petits pour leurs costumes élimés
Et puis le train repart
Quitte cette gare merdique
Roule jusqu'à la prochaine gare merdique
Petites gares merdiques
Petites villes merdiques construites autour des gares merdiques
Petites gens merdiques qui poussent et meurent dans ces villes
Je n'aime plus le sud
Ho bordel
Ho nom de Dieu
Que je ne l'aime plus


44

Et si la mémoire de Dieu
Contient l'avenir aussi
Et si Dieu se souvient
Du futur aussi

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