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par konsstrukt @, vendredi 01 août 2014, 11:23 (il y a 2076 jours) En réponse à konsstrukt

"Je viens de terminer "La place du mort". Quelques mots sur ma réception...
C'est un fabuleux bouquin, peut-être le meilleur que j'ai pu lire de toi à ce jour. J'y vois en tout cas une sorte de complément direct à "Holocauste" qui m'avait déjà pas mal impressionné à l'époque. La densité narrative y atteint une puissance inouïe, comme un moteur dont on appuierait en permanence sur l'accélérateur. Les derniers chapitres en dégagent une sorte d'énergie en roue libre, incontrôlable. C'est un peu le genre de récit qu'un lecteur normal est obligé d'interrompre de temps à autre, juste histoire de reprendre son souffle. C'est très, mais alors très puissant...
D'une manière générale, la narration au présent et à la première personne est d'une maîtrise absolue. Chaque phrase est comme une respiration. Les scènes pornographiques semblent littéralement haleter, gémir, transpirer jusque dans le rythme, le style. C'est ultra physique. L'influence de Bret E. Elis est très présente (obsession du détail, de ce moment où la perception devient hallucinatoire...) mais est dépassée sur ce terrain-là. Elis, à mon avis, s'est depuis longtemps perdu dans sa propre imagerie glamour là où tu as plutôt opté pour l'exact opposé. En ce sens, tu proposes une oeuvre vraiment unique, à la fois dans le fond et dans la forme.
Contrairement à ce que prétend Ravalec, je ne trouve pas que tu te mettes "au service de la noirceur du monde". Au contraire, il y a dans tout le livre une soif de désir primal, un appétit primitif, insatiable qui habite tous les personnages en permanence. Ça me fait penser à la phrase de Dantec, qui disait : "Survivre, c'est le contraire de sous-vivre". Ce qui est nouveau, c'est qu'on y trouve une authentique histoire d'amour, avec sa part d'enfance, d'absolu, de futile et d’éphémère. Ce qui me touche le plus, c'est cette idée que l'amour n'est ni un "projet de vie", ni un capital, ni une possession, ni même une relation à autrui mais qu'il est juste une flamme sans raison ni but, au-delà même du sexe, de la vie où de la mort. L'amour est ce qui détruit tout. A ma manière, c'est aussi ce que j'essaie de transmettre dans mes textes. En tout cas, ça m'a profondément ému.
Le final au musée du Prado renvoie à l'apocalypse de ton roman précédent, avec l'idée que la fin du monde, c'est la fin de l'art. Dans le genre tabou brisé, ça fait très fort. Voilà une scène hautement satanique et blasphématoire en diable, qui profane le sacré de manière radicale. Là encore, ça me renvoie à une phrase de Nick Cave qui disait à propos du premier concert des Birthday Party : "Nous ne voulions pas choquer, nous voulions faire mal..."
Un truc sur la fin. Arrivé à l'épilogue, je me suis fait la réflexion qu'il y a toujours ce côté post-mortem qui habite tous les bouquins et les films qui ont vraiment compté pour moi. J'ai toujours pensé que le but de toute création est, symboliquement, de nous faire franchir le dernier cap, de nous donner une petite mort comme un avant-goût de la grande. "Enter the void" de Gaspar Noé est entièrement basé sur ce concept. De ce point de vue, ton dernier paragraphe est absolument magnifique. "

(Reçu par mail)


***


"Ayant déjà lu et adoré « Nuit noire » mes attentes envers ce nouveau roman de Christophe Siebert étaient conséquentes, et c’est sans souci qu’elles ont été comblées.
Sordide du début à la fin, ce roman nous raconte la vie de débauche et l’errance d’une jeune femme lucide, désespérée et misanthrope n’ayant plus rien à perdre. À travers une narration très personnelle, Blandine (notre personnage principal) nous expose sa sombre vision du monde avec une souffrance lacérante. Elle nous raconte sa vie, son passé, son présent, et ne mise que peu sur le futur.
D’emblée, les dialogues crus laisseront apparaître l’aspect féministe de se livre nous rappelant quelque peu l’histoire de « Baise moi ». L’aspect traditionnel de la femme est brisé et sa bestialité naturelle reprend le dessus tandis que le dégoût des hommes se prononce à travers leurs faibles pulsions libidinales.
Voici les grandes lignes qui introduiront les grands aspects de ce roman.
Mais concentrons-nous tout d’abord sur le style d’écriture bien particulier consistant, comme le dit Christophe lui-même, à extraire tout « style » et à ne garder que la justesse. Il nous épargnera donc les formulations romantiques, les fins de phrases esthétiques, pour ne laisser que le poids des mots touchant irréversiblement le point névralgique. Malgré des formulations ou des « et » parfois redondants, la fluidité du récit s’amène progressivement d’elle même.
C’est ainsi que nous serons emportés dans la spirale infernale de Blandine qui au gré de ses pérégrinations rencontrera, aimera, détestera, et s’auto-détruira.
« La place du mort » est un roman écrit à vif qui saigne son lecteur, pourtant c’est un roman à la fois dur et à la fois libérateur. Il dégage quelque chose de puissant mais permet au lecteur de s’identifier aux aspects libres et fous de nos protagonistes.
On peut aussi dire que c’est aussi un roman qui ne manque pas d’idée (cf : les cambriolages bien pensées) ni de contenu (cf : Viol homosexuel, torture sur les parties génitales, inceste, fusillade).
Pour conclure, nous avons ici une oeuvre sombre, percutante et viscérale qui nous ramène aux sentiments les plus violents et les plus essentiels de la littérature noire."

(Lu sur le site de Tinam Sadique, source : http://www.sadique-master.com/reviews/la-place-du-mort-2014-christophe-siebert-critique/)


En ce qui me concerne, j'ai vendu tous mes exemplaires. Je suis toujours autant dans la merde alors qu'avec le bénéfice je ne devrais pas, mais c'est parce que je suis un con et un mauvais comptable, ou bien que je m'en fous du fric, ou alors que la pauvreté est une espèce de tare, j'en sais rien. Bref, ça n'est plus la peine de me le commander, il ne m'en reste plus que quelques-uns et ils sont déjà réservés, si vous voulez le lire il va falloir faire comme d'habitude, le commander à l'éditeur (http://www.camionnoir.com/) ou bien harceler votre libraire, et si vous vous sentez une âme de mécène, filez-moi deux ou trois mille euros, j'en ferais bon usage, et pour cette somme je vous écrirai un roman inédit, c'est évidemment une annonce très sérieuse.

J'ai donc écoulé environ 70 exemplaires de La place du mort en un peu plus de deux mois, merci beaucoup à tous ceux qui l'ont acheté et merci aussi à ceux qui m'ont écrit pour me donner leur avis, l'écrivain est un abruti solitaire, les marques d'amour lui réchauffent le cœur.

J'avais fait une sorte de bande-annonce pour vous allécher, bon, maintenant c'est un peu tard, évidemment, mais comme elle est en ligne sur Youtube, autant vous la montrer : https://www.youtube.com/watch?v=AZ5qXu-YGRE.

Et jusqu'à nouvel ordre, la tournée que j'ai fait pour présenter ce livre, tournée de lectures calquée sur ce que font mes copains musiciens, c'était la dernière. J'ai pris bien du plaisir à pour la troisième ou quatrième fois bouffer de la route (enfin, du rail, mais c'est pareil), à être pendant trois semaines dans une ville différente chaque soir, dans le speed, crasseux, repartir tôt le lendemain et rebelote, c'était super mais je sens poindre la routine et je n'en veux plus. Par ailleurs, je commence à avoir trop de bouquins à défendre (Porcherie que je vais peut-être réimprimer, on verra, Poésie portable, La place du mort, Nuit noire qui ressort dans deux mois sous une nouvelle bannière, un nouveau recueil chez Gros Textes début 2016, etc.) pour rester sur le principe 40 mn. de scène / des extraits d'un seul livre. J'ai donc décidé de faire autre chose, et cette chose s'appelle Rituel Drone. J'ai accompli hier, tout seul dans la chambre, le Rituel Drone numéro 1, ça fonctionnait pas mal ; le Rituel Drone numéro 2, et le premier en public, aura lieu à Bourg-en-Bresse dans un hôpital psychiatrique, je vous raconterai ça. Pour ceux qui veulent en savoir un peu plus et/ou m'inviter à venir jouer, j'ai rédigé une petite fiche informative, vous pouvez la lire mais c'est légèrement pompeux, je vous préviens – c'est ma façon d'avoir l'air professionnel.

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