arbres dans la mémoire

par seyne, jeudi 03 mai 2018, 10:25 (il y a 477 jours)

Je rassemble mes arbres :

—- celui qui trempait ses pieds dans un miroir opaque, dont le vert renvoyait le ciel, un bras de petit fleuve côtier. Racines plongeant comme les longues branches que la barque contourne. Moules d’eau douce, trous de rats dans les berges. Oh, tourner autour de la rame, faire un tourbillon lent.
très loin de la ville, comme perdue en Laponie, entendre pourtant ferrailler les trains de la gare, deviner les deux tours de la cathédrale.

—- celui qui poussait dans ma cour aux dalles branlantes, soulevées par ses racines. Qui devenait peu à peu énorme, grâce aux crottes de chien dont le tas s’écrasait, se fondait dans les feuilles mortes. Acacia, grappes parfumées dans la nuit, feuilles vertes devant mon grand

.—- ceux de l’enfance, des promenades à plusieurs, chaque arbre comme un problème à aborder : trouver la première prise, et comment se hisser, déchiffrer l’écriture des branches et leur danse immobile, parfois avoir peur et rester figée au dessus du vide. Ou bien ceux du jardin familial, où on a installé des cordes pour s’aider, et où on passe des heures à lire.

—- le noyer si grand au bord du rieu, comme un roi à l’écorce grise, la terre au-dessous, ombragée, à l’herbe rare. Sa mort qui prit plusieurs années après l’inondation : la lente pourriture de toutes ses racines.

—- les six oliviers, piliers du jardin, portant le dais de leur feuillage que remue le vent, semblables à des titans tortueux. L’idée qu’il sont si anciens, antérieurs à toutes les maisons d’ici.

—- les arbres des « forêts Trump », plantés contre la bêtise humaine, dérisoires, un jour aussi grands et beaux pourtant que ceux des forêts de « Shoah », le film que je regarde en ce moment.

arbres dans la mémoire

par Périscope @, samedi 05 mai 2018, 10:27 (il y a 475 jours) @ seyne

les arbres peuvent être l'archéologie de notre vie, comme tu le tentes

souvenirs personnels s'enracinant dans les arbres, de l'humain au végétal

il y a sûrement une paix à vouloir rassembler des fragments de soi autour de l'axe,
la verticalité ancestrale de l'arbre

et les détails du passé affluent, la nomination des choses devient possible

encore une fois comment le dehors, un registre "étranger" convoque nous-même ; la vertu magique de l'écart

apprendre le nom des arbres, les reconnaître, ce qu'ils ont d'incisif et de
restructurant

Pérec nous invite à l'inventaire de toutes nos chambres
Toi, par l'arbre, tu essaies un inventaire (non exhaustif) de ton histoire

et pour finir l'anamnèse révoltée d'une réalité politique passant par l'arbre
qui peut être autant démoniaque que "divin"

merci aux arbres de fournir nos crayons pour nous raconter

arbres dans la mémoire

par seyne, samedi 05 mai 2018, 14:28 (il y a 475 jours) @ Périscope

La paix dont tu parles, on la sent de façon obsédante (c’est volontairement que j’emploie ce vocabulaire issu de l’art de la guerre) dans la beauté des paysages de « Shoah ». Paysages dans lesquels s’est déroulé l’innommable, qui est raconté dans les détails par les survivants, calmement la plupart du temps. Ce sont les mêmes arbres, silencieux témoins, qui ont entouré ces scènes.
La force du film tient entre autre à cela : le calme et la précision des paroles, la beauté des paysages, disent quelque chose qui rend supportable l’abominatIon et la longueur du récit. J’ai mis très longtemps à me décider à le voir, il est vraiment long, mais aussi étrangement beau.

Il a seulement servi de déclencheur à l’écrIture de ce poème qui fait partie d’une série sur les arbres. Pour moi, les meilleurs symboles d’une certaine façon de vivre la vie.

arbres dans la mémoire

par sobac @, samedi 05 mai 2018, 12:12 (il y a 475 jours) @ seyne

belle symbolique de l'arbre, la place qu'il représente, et la comparaison avec le comportement humain
un faible pour l'olivier qui à bercé mon enfance chez ma grand'mère

arbres dans la mémoire

par seyne, samedi 05 mai 2018, 14:32 (il y a 475 jours) @ sobac

c’est pour ces 6 oliviers que j’ai eu envie d’acheter la maison : imaginant plein d’enfants grimpant et jouant dedans.

arbres dans la mémoire

par sobac @, samedi 05 mai 2018, 20:39 (il y a 475 jours) @ seyne

Une Légende grecque voudrait que l'olivier cultivé soit le fruit d'une querelle entre Athéna, déesse de la Sagesse et de la Science, et Posséidon dieu de la mer, à propos de la protection d'une ville nouvelle.

Pour les départager, Zeus (le Dieu des dieux), leur proposa de faire chacun un don à l'humanité. Les hommes les départageraient en indiquant le don le plus utile.
La déesse Athéna (Minerve) à l'origine de la création de l'olivier Poséidon brandit alors son trident et fit jaillir d'un rocher un cheval magnifique pouvant porter cavalier et armes, traîner des chars et faire gagner des batailles.

Athéna (Minerve en romain) se pencha alors sur un morceau de terre, le toucha avec sa lance et en fit sortir un arbre éternel permettant de nourrir, soigner les blessures et tous les maux.

L'olivier, car tel était l'arbre ainsi sortit du sol, fut déclaré "le don le plus utile à l'humanité" et Athéna obtint la protection de la ville qui porte toujours son nom : "Athènes".
L'histoire de l'olivier se perd dans la nuit des temps et se confond avec celle des civilisations qui se sont succédées en Méditerranée et qui ont à jamais marqué de leur empreinte la culture de ce morceau du monde.

Fortement lié à la vie des populations du bassin méditerranéen, l'arbre éternel à ces derniers fournit, depuis des siècles, nourriture, éclairage, soins du corps...

L'olivier serait apparu, sous une forme sauvage, il y a plus de 14 000 ans. Des feuilles fossilisées datant de 8 000 ans avant J-C. ont ainsi été retrouvées à Roquevaire en France (l'une d'elle est exposée au musée de l'Olivier à Nyons, dans la Drôme).

Les Egyptiens attribuèrent à Isis, femme d'Osiris, l'art de cultiver l'olive et d'en extraire l'huile utilisée pour leurs rituels de purification.

arbres dans la mémoire

par seyne, dimanche 06 mai 2018, 13:10 (il y a 474 jours) @ sobac

...et la lumière la nuit !

arbres dans la mémoire

par Périscope @, lundi 07 mai 2018, 08:55 (il y a 473 jours) @ seyne

Le chêne sous lequel Saint Louis rendait la justice
L'arbre à palabre en Afrique

Aujourd'hui l'arbre à écriture

Jazz sous les pommiers

Lectures sous les arbres

Je n'ai pas de souvenir d'arbre personnel

j'aime tous les arbres

je ne cesse de les décrire, les dessiner, les peindre, les photographier

je regrette de pas savoir mieux les nommer

ils sont mes compagnons de route

Au présent

par au phil de la vie, lundi 07 mai 2018, 09:38 (il y a 473 jours) @ Périscope

Oui il arrive de douter. Des questions taraudent.
Chasse les mauvais esprits. Palabres au grand arbre Kossipo.
Les mauvaises pensées, les mauvais doutes, laisse aller, file.
Accueille les bonnes choses. Vois. Ecoute. Entends. Sens. Donne. Reçois.
Et combien belle est la nature, inquantifiable, bien inestimable, ses racines aussi profondes que le commencement de la vie.
Qu'en faisons-nous, au quotidien ? Comment vivons-nous avec elle ? Comme avec nous-mêmes.
Nous avons certainement lutté pour subsister, lutté pour grandir, en son sein. Ne nous-donne-t-elle pas la vie ? Qu'en faisons-nous chaque jour ? Quels sont nos mérites et nos lâchetés. Nous n'avons pas le droit de faire n'importe quoi. Dilapider ainsi ce qui nous a été légué. Pourtant c'est ce qui est fait, avec les forêts, les océans, les animaux, les écosystèmes...
Et que faisons-nous de nos frères, de nos sœurs, de nos cousins, ne sommes-nous pas tou(te)s humain(e)s ? Aux grands arbres de chaque branche. Pourquoi alors, encore de la misère, des guerres d'accaparement, toujours plus d'inégalités, et de cupidité. Pourquoi tant d'égoïsme, de cécité. Quel est ce système qui promeut tout ce qui est bas ? Au nom du sacro-saint Marché. Pourquoi l'autodestruction par la consommation sans limite ? Pourquoi saccager, détruire, haïr. Faire mal, agir vide. Ne penser qu'à soi comme ne penser à personne. On ne peut pas continuer à aller dans ce sens, à laisser aller ajouter les crimes aux crimes.
Il faut prendre conscience, changer, en son âme et conscience, pour offrir une possibilité d'avenir aux enfants déjà et chacun, chacune a le droit à la dignité de vivre.
La nature mérite plus que notre respect. Voici une feuille.

Au présent

par Périscope @, lundi 07 mai 2018, 10:56 (il y a 473 jours) @ au phil de la vie

l'arbre devant une fenêtre bouche le paysage

l'arbre est le débarcadère des insectes dans les appartements

un platane tua Albert Camus et d'autres

les arbres provoquent la chute des enfants qui sont maladroits

mais je n'ai plus maintenant d'autres exemples
pour rétablir une impartialité des sentiments envers les arbres...