une route

par Seyne, jeudi 14 juin 2018, 12:21 (il y a 180 jours)

J’ai utilisé la poésie comme on suit le bas-côté d’une route dont on ne connaît pas la direction, une route inversée, renversée, avec des traces de hachures, des fossés où on ne plongerait pas le pied, glacés d’une eau invisible et sans mouvement.
cette route était là pour m’éviter le risque de tomber, pour me laisser croire qu’il y a une direction, qu’on va arriver quelque part, dans un lieu comme un caillot de vie, chaud, un abri, les conditions du repos.
pour éviter la sensation pourtant insistante que peu importe
aller en face ou de tel côté, le paysage comme une page où on peut inscrire sa trace, et l’infléchir, sans jamais trouver ces bords que les hommes ont appelé « l’horizon ».
une route nous dit : tu choisis, tu as deux choix, et puis tu suis la ligne.
quand on ne suit rien, au bout d’un moment, on a une grande envie de s’asseoir. la liberté vous écrase, on sent son vide interne.
on s’abaisse encore entre le ciel et la terre, on se sent si proche de la fraîcheur du végétal,
si différent de la chaleur que nous devons coûte que coûte entretenir, dans notre faible forge interne.

une route

par Timothée N. @, vendredi 15 juin 2018, 22:51 (il y a 178 jours) @ Seyne

Je comprends l'idée que tu cherches des escales de respiration et de bonnes surprises à cette route étouffante et parfois angoissante. Tu cherches à être étonnée et ça rejoint le fait d'être dupe dont tu parlais plus bas. Quelqu'un m'avait expliqué un jour avec une simplicité déconcertante et qui m'a frappé que l'on écrit comme on est.
Là je vois nettement tes aspirations, et combien nobles, mais pas la volonté d'y aller à fond.

une route

par Périscope @, samedi 16 juin 2018, 14:33 (il y a 178 jours) @ Timothée N.

Finalement Timothée pointe un peu la même chose que moi en disant

"pas la volonté d'y aller à fond"

mais c'est vrai "on écrit comme on est " donc qui sommes nous ?

En parlant de Charles Juliet, il est certain qu'il écrivait avec nécessité,
comprendre sa douleur, par l'écriture, alors évidement il se méfiant des masques, des figures de style, ne pas tricher avec soi-même....

Aussi Aragon a lancer l'expression du "mentir-vrai" !...

une route

par seyne, samedi 16 juin 2018, 16:06 (il y a 177 jours) @ Périscope

Oui, mais c’est un peu comme si vous reprochiez au texte ce qu’il essaie de dire : l’incapacité, la confusion et l’inhibition. C’est ça qui m’a troublée dans vos commentaires. Il dit : je ne suis pas digne de la liberté.
Par ailleurs, c’est (pour moi) quasi impossible de penser sans image. Même quand on parle d’un vide intérieur, c’est encore une image.

une route

par Périscope @, samedi 16 juin 2018, 11:08 (il y a 178 jours) @ Seyne

on peut parler de la poésie en parlant d'autre chose (métaphore) ce que tu fais

si le "comme" n'existait pas, ça donnerait quoi ?

la poésie moderne a interrogé beaucoup l'utilisation de la métaphore, qu'elle trouve
parfois suspecte...

voulant indiquer par là la tentative de s'en libérer

"quand on ne suit rien, au bout d’un moment, on a une grande envie de s’asseoir. la liberté vous écrase, on sent son vide interne"
j'aime bien cette phrase car elle t'oblige à parler autrement de toi, l'image ne fait plus écran


Charles Juliet a essayé de limiter l'emploi de la métaphore, ça l'implique autrement dans la responsabilité de l'écrit

cette question là je me la pose aussi à moi-même, il est difficile de s'alléger
de nos habitudes littéraires

une route

par seyne, samedi 16 juin 2018, 13:00 (il y a 178 jours) @ Seyne

merci à vous deux pour ces commentaires profonds, qui amènent encore d’autres interrogations à ce que tente d’exprimer ce texte.
il vaudrait mieux dire « lambeau » que texte d’ailleurs.

extrait de mon roman

par dh, lundi 18 juin 2018, 11:14 (il y a 176 jours) @ Seyne

Si l’idée de mettre fin à ses jours n’avait jamais sérieusement intéressé Joseph Karma, ce n’était pas par amour de la vie ou par courage devant l’adversité, mais surtout par la force d’un interdit moral qui l’empêchait de faire subir à ses proches la douleur de le perdre. Quand bien même il n’était pas certain de leurs sentiments à son égard, cette éventualité lui était insupportable. Ce n’était donc pas une question de choix, de volonté, mais plutôt d’éducation, de dressage. Au fond il n’y a pas ou très peu de liberté dans la vie, seulement une série de dressages, avec ce que cela suppose de récompenses et de punitions, et qui finissent par former la personnalité à partir des caractères héréditaires. Pour sa part, Karma n’avait jamais été un révolté, il avait patiemment supporté tous les dressages qu’on lui avait administrés, n’y opposant parfois qu’une certaine forme d’inertie, de mauvais vouloir qu’il gardait toujours pour lui.

jacques dupin (merci à marie-anne)

par dh, lundi 18 juin 2018, 11:22 (il y a 176 jours) @ dh

Assumer la détresse de cette nuit pour qu’elle chemine vers son terme et son retournement. Littéralement précipiter le monde dans l’abîme où déjà il se trouve. En chacun se poursuit le combat d’un faux jour qui se succède avec la vraie nuit qui se fortifie. De fausse aurore en fausse aurore, et de leur successif démantèlement par la reconnaissance de leur illusoire clarté, s’approfondit la nuit, et s’ouvre la tranchée de notre chemin dans la nuit. Ce nul embrasement du ciel, reconnaissons sa nécessité comme celle de feux de balise pour évaluer le chemin parcouru et mesurer les chances de la traversée. En effet tous les mots nous abusent. Mais il arrive que la chaîne discontinue de ce qu’ils projettent et de ce qu’ils retiennent, laisse surgir le corps ruisselant et le visage éclairé d’une réalité tout autre que celle qu’on avait poursuivie et piégée dans la nuit.

jacques dupin (merci à marie-anne)

par seyne, mardi 19 juin 2018, 11:01 (il y a 175 jours) @ dh

Je commence par cette citation (merci marie anne) que je trouve vraiment très belle et qui dit bien mieux que moi ce que je ressens souvent quand j’écris...sauf que je suis très lâche et que la plupart du temps - bien que j’en ai un peu plus maintenant, du temps - je n’écris pas. C’est à dire : tout passe avant. Et toutes mes identités, toutes mes obilgations, tous mes plaisirs, toutes mes relations passent avant. C’est cela aussi que j’essayais de comprendre par « une route ». Alors que le désir d’écrire reste fort. C’est comme un désir de voyage qu’on remettrait sans cesse.

extrait de mon roman

par au phil de la vie, lundi 18 juin 2018, 12:34 (il y a 176 jours) @ dh

Que devient ton roman ?


Il était pas mal du tout, bien que tu n'aies pas pris en compte mes suggestions pour l'amender.

extrait de mon roman

par dh, lundi 18 juin 2018, 12:36 (il y a 176 jours) @ au phil de la vie

rien.

il moisit calmement dans un tiroir.

j'attends encore des réponses, mais c'est très lent et long.

extrait de mon roman

par au phil de la vie, lundi 18 juin 2018, 12:38 (il y a 176 jours) @ dh

Au moins il existe.

extrait de mon roman

par seyne, mardi 19 juin 2018, 11:26 (il y a 175 jours) @ dh

C’est aussi très intéressant que tu aies « associé librement » sur ce texte, qui parle du poids moral , du poids de l’éducation qui s’oppose à la liberté (ici la liberté extrême, celle de mourir). Parce que c’est certainement de côté aussi que se situent les barrières inviibles pour moi.

une route, mais sans image

par Périscope @, lundi 18 juin 2018, 18:11 (il y a 175 jours) @ Seyne

J’ai utilisé la poésie
pour m’éviter le risque de tomber,
pour me laisser croire qu’il y a une direction,
qu’on va arriver quelque part,
dans un lieu pour éviter la sensation pourtant insistante que peu importe,
une page où on peut inscrire sa trace,
et l’infléchir,
sans jamais trouver ces bords que les hommes ont appelé « l’horizon ».
Tu choisis, tu as deux choix, et puis tu suis la ligne.
Quand on ne suit rien, au bout d’un moment, on a une grande envie de s’asseoir,
la liberté vous écrase, on sent son vide interne,
on se sent si proche de la fraîcheur du végétal,
si différent de la chaleur que nous devons coûte que coûte entretenir.

une route, mais sans image

par dh, lundi 18 juin 2018, 19:17 (il y a 175 jours) @ Périscope

c'est curieux, ce texte me rappelle ces phrases de houellebecq dans rester vivant,

que je copie-colle :

"Vous ne connaîtrez jamais exactement cette part de vous
même qui vous pousse à écrire.
Vous ne la connaîtrez que sous des formes approchées, et contradictoires. Egoïsme ou dévouement ?
Cruauté ou compassion ?
Tout pourrait se soutenir.
Preuve que, finalement, vous ne savez rien;
alors ne vous comportez pas comme si vous saviez.
Devant votre ignorance, devant cette part mystérieuse de vous
même, restez honnête et humble."

une route, mais sans image

par au phil de la vie, lundi 18 juin 2018, 20:46 (il y a 175 jours) @ dh

C'est juste.

Oui

par seyne, mardi 19 juin 2018, 11:28 (il y a 175 jours) @ dh

- pas de texte -

une route, mais sans image

par seyne, mardi 19 juin 2018, 11:21 (il y a 175 jours) @ Périscope

Merci Periscope. Les deux textes juxtaposés posent des questions très intéressantes. La route sans image est comme une ascèse : en rester à ce qui est soi, le centre de soi. Ne pas s’échapper dans les pays imaginaires, ou la mémoire, pour éviter la question posée et l’angoisse qui l’accompagne.
Mais du coup, je me demande si on reste dans le territoire de l’art, si on n'aborde pas ceux de la philosophe et de la psychologie, de l’introspection « ordinaire ». Est-ce que l’art ce n’est pas justemement le pas de côté dans l’image (ou les sons), ou le plongeon dans l’image, avec le pari que celle-ci, dans sa migration, va nous offrir un autre aspect de la vérité qu’on n’aurait pas pu voir par un autre moyen ?
Par exemple, dans le texte tel que je l’ai écrit, il y a une opposition (qui m’est venue au fur et à mesure) entre la ligne (la route) et le plan (l’espace tout autour). Et le sentiment d’indignité et d'écrasement que j’ai essayé de dire, je l’ai vraiment ressenti quand j’ai visualisé la scène, et il était évident qu’il était lié au passage dans les deux, et même les trois dimensions. C’est à dire une augmentation de la liberté, mais aussi, forcément, de la désorientation. Mais quand je dis « visualiser », c’est beaucoup plus large au niveau sensoriel, émotionnel. Je crois que l’écriture pour moi c’est beaucoup cela : inviter le lecteur à partiager quelque chose de sensoriel et d’émotionnel qui porte du sens.
Par ailleurs, il me semble que « penser par images » n’est pas du tout l'apanage des écrivains. Quand un petit enfant dessine une maison, c’est lui-même qu’il dessine, son corps réel, son corps imaginaire, son esprit et ses relations aux autres. C’est vrai aussi pour les arbres, c’est bien connu.
C’est d’ailleurs pour ça que je suis en train de rassembler un recueil qui s’appelle « Maisons et arbres ».

Ceci dit, une route est sûrement un texte imparfait, sinon Timothée et toi n’auriez pas exprimé des réserves. Il me semble que cela tient sans doute à une forme d’évitement du noeud du problème, et aussi peut-être à certaines coquetteries (l’eau glacée dans les fossés qui n’apporte rien au sens, par exemple).
Mais j’aimerais bien que vous précisiez cela si c’est possible.

une route, mais sans image

par dh, mardi 19 juin 2018, 13:48 (il y a 175 jours) @ seyne

Ceci dit, une route est sûrement un texte imparfait>>>


en art, la perfection ............................................................

une route, mais sans image

par Périscope @, mercredi 20 juin 2018, 10:51 (il y a 174 jours) @ seyne

Ce que tu dis de la fonction de l'image dans l'art me semble très juste. Ce qui m'intéressait en dépouillant ton texte de ses images, c'était de voir ce qu'il en restait, voir l'os, voir le sujet décapé, je pense à Beckett qui emploie peu d'images (Kafka aussi), sans image demeurent le sujet verbe complément, son action, l'image peut être une fuite, une échappatoire, un vêtement. Je ne crois pas que réduire l'image produit de "l'introspection ordinaire", ne pas se protéger derrière l'image est une autre exigence, aller jusqu'au silence, la vibration intime,(je repense à Charles Juliet). Si Houellbecq a été évoqué par dh, ce n'est pas gratuit, en effet Houellbecq est économe de métaphores, il écrit direct, écrire clair, limpide, pour encore aller plus loin, le plus loin pouvant être à la surface, mais après avoir essayé ce détour.

Je ne prêche pas pour éliminer l'image, j'en suis le premier utilisateur forcené à regret. Je voudrais lutter contre elle, car pour moi, elle me semble une facilité. Mais art n'égale pas image.

Des images viennent en écrivant, celles d'un inconscient, alors on leurs fait chapeau bas, voilà une image.

une route, mais sans image

par seyne, mercredi 20 juin 2018, 13:18 (il y a 174 jours) @ Périscope

Je continue la réflexion, après avoir lu ce que tu viens de poster, qui est très intéressant, je sens bien en effet de quelle façon la métaphore et l'image peuvent être des échappatoires et des facilités, et de quelle façon j'y ai tendance.

Ceci dit, dans ce texte-ci, la disparition de la route introduit un contre-sens : personnellement je n'ai pas utilisé la poésie pour éviter de tomber. J'avais une vie très stable mais au moment où un hasard m'a remise en face de cette "possibilité" : me remettre à écrire, j'ai vraiment eu le sentiment de pénétrer dans un autre pays, un arrière-pays, et de partir en exploration.
Ce qui arrivait, les rencontres que j'ai faites (rencontres de longue durée), le monde des forums internet, le monde de l'édition poétique, mais surtout toutes les interrogations foisonnantes qui sont apparues les unes après les autres, tout cela me donnait vraiment l'impression de suivre une route que je ne connaissais pas, que je découvrais au fur et à mesure, comme le pays dans lequel elle existait.

Maintenant c'est un peu différent, j'ai l'impression qu'il faut que je choisisse une ou plusieurs directions, et surtout que je sois seule, que je creuse. Mais je rencontre l'angoisse que ce texte disait.

Tous les extraits qui ont été postés après sont des réponses.
Ce que tu me dis avec ta route sans image en est une aussi : s'interdire une facilité, c'est sans doute une des contraintes qu'on peut utiliser pour aller plus loin. Même si personnellement j'aime la poésie de "voyant", la poésie farcie d'images qui se télescopent et se superposent. Des images qui effectivement ne sont pas de simples métaphores un peu bébêtes, un peu éculées, mais disent quelque chose d'inconnu, dans leur étrangeté et leurs chocs.

un extrait de "Travail du poème" d'Ivar Ch'Vavar

par seyne, mercredi 20 juin 2018, 13:38 (il y a 174 jours) @ seyne

...
"Je parlais des images - au sens d'images poétiques. Il en va dans la poème des images comme du reste. On a les images qu'on peut, mais il se peut que les images d'un poète-travailleur, poète plâtrier ou maçon (il vient de parler du facteur Cheval), - eh bien, les images sont toujours données de toute façon ou elles sont fausses, fabriquées, et leur inauthenticité apparaîtra bientôt. Je veux dire que cette manière d'écrire - celle des sous-doués de l'écriture - parce qu'elle est très risquée et hasardeuse, qu'elle compte beaucoup sur la chance...alors, la chance, justement, elle la provoque, par l'ouverture même de l'esprit, béant, qui reçoit tout comme ça lui tombe sur le groin.
Or, l'image est l'effraction. Par quoi entre le réel. Elle rompt le cours du poème - pour le lecteur : l'auteur, lui, il a à peine le temps d'apercevoir les images, il lui en choit une sans qu'il les voie ; parfois il en ramasse bien une qui a quand même besoin d'un coup de burin, d'une petite retouche, il l'a vue du coin de l'œil, l'image, qu'il lui fallait une retouche...Donc l'image rompt le cours du poème. Mais elle ne fait pas que briser sa linéarité : elle troue sa surface, quand le poème a pu devenir une surface. (Par ce trou entre le réel). Elle en creuse l'espace, quand le poème a pu construire son espace"...


Je sais qu'on parle encore d'autre chose ici - quoique...mais je glisse naturellement vers cette réflexion sur l'image poétique, parce qu'elle me semble assez fascinante



J'ai tiré cette citation du dernier livre paru aux éditions des Vanneaux consacré à Ivar Ch'Vavar, une sorte de brève anthologie accompagnée de repères biographiques. Un livre magnifique qui survole toute son œuvre, très éclairant. C'est dans la collection "Présence de la poésie", ça vient de sortir.

un extrait de "Travail du poème" d'Ivar Ch'Vavar (suite)

par seyne, mercredi 20 juin 2018, 13:44 (il y a 174 jours) @ seyne

..."L'image est perpendiculaire au poème. Elle vient en travers. S'il est une ligne elle le coupe. S'il est une surface elle le troue. S'il est un espace elle l'ouvre, mais alors sans le faire éclater. C'est plutôt qu'elle donne accès à son arrière-monde, ou - oui, ce serait mieux de dire son anti-espace. C'est à dire au réel : l'anti-espace du poème, c'est le réel. Et il rentre dans le poème par tous les trous du mur."
...







(il y a très peu de textes "théoriques" comme cet extrait dans le livre. Ce sont surtout des poèmes.)

un extrait de "Travail du poème" d'Ivar Ch'Vavar (suite)

par Périscope @, jeudi 21 juin 2018, 11:02 (il y a 173 jours) @ seyne

Très intéressant ces remarques d'Ivar Ch'Vavar. Merci pour les références.

Je comprends aussi que mes commentaires sur l'image dans l'écriture, résultent
de mes attirances pour un récit-poème. Comme tu le sais je recherche souvent
ce mélange, cette juxtaposition du réel avec d'autres espaces mentaux...
Un faux fil conducteur et narratif qui serait le récit, des allusions au réel, et des dérobades, des effondrements de la logiques qui cisaillent le récit.

En somme un combat à nu entre conscient et inconscient.

La source des justes images souvent ne s'explique pas. Ce sont celles-ci qu'il faut laisser entrer dans la composition. On est jamais toujours gagnant, et tant mieux.
L'écriture pour moi est un inachevé définitif...

un extrait de "Travail du poème" d'Ivar Ch'Vavar (suite)

par dh, jeudi 21 juin 2018, 11:07 (il y a 173 jours) @ Périscope

L'écriture pour moi est un inachevé définitif... >>>


oui, mais il faut quand même publier un petit peu, hein ?

un extrait de "Travail du poème" d'Ivar Ch'Vavar (suite)

par Périscope @, vendredi 22 juin 2018, 08:29 (il y a 172 jours) @ dh

j'éprouve de la satisfaction en écrivant,

mais après coup, (la passion laissant la place à la lucidité)

je n'ai plus la motivation pour entamer tout le protocole envers les éditeurs

un extrait de "Travail du poème" d'Ivar Ch'Vavar (suite)

par dh, vendredi 22 juin 2018, 10:01 (il y a 172 jours) @ Périscope

eh oui, periscope, c'est très long et souvent très décevant.

parfois il faut attendre plus d'un an pour faire publier quelques tout petits textes dans une revue quasi-confidentielle...

et une fois que c'est publié, so what ? dans la plupart des cas il n'y a AUCUN retour, en bien ou en mal.

alors, pourquoi vouloir publier ? disons que pour moi, ça fait partie intégrante du travail d'écriture. Il faut insister, même en l'absence de "résultats".

un extrait de "Travail du poème" d'Ivar Ch'Vavar (suite)

par au phil de la vie, vendredi 22 juin 2018, 11:32 (il y a 172 jours) @ dh

tu es plus persévérant que moi, j'ai laissé tomber tout ça...
préparer un manuscrit, assembler un recueil, parfois l'envoyer en x exemplaire puis, ne recevoir aucun commentaire. je ne l'ai pas fait beaucoup, trois fois peut-être en tout, ça m'a suffit pour m'en ôter l'envie, pour être positif : ça m'en a guéri.

un extrait de "Travail du poème" d'Ivar Ch'Vavar (suite)

par dh, vendredi 22 juin 2018, 12:46 (il y a 172 jours) @ au phil de la vie

oui il y a un côté absurde là dedans.

un peu comme le mythe de Sisyphe.

un extrait de "Travail du poème" d'Ivar Ch'Vavar (suite)

par dh, vendredi 22 juin 2018, 14:47 (il y a 172 jours) @ dh

un extrait de "Travail du poème" d'Ivar Ch'Vavar (suite)

par au phil de la vie, vendredi 22 juin 2018, 18:00 (il y a 171 jours) @ dh

j'adore :-)

un extrait de "Travail du poème" d'Ivar Ch'Vavar (suite)

par seyne, vendredi 22 juin 2018, 18:31 (il y a 171 jours) @ dh

le contraire est drôle aussi : plus on n’essaie pas plus on est sûr que ça ne rate pas...euh...que ça ne réussit pas...euh...plus on est sûr qu’il ne se passe rien, c’est bien rassurant.

un extrait de "Travail du poème" d'Ivar Ch'Vavar (suite)

par au phil de la vie, vendredi 22 juin 2018, 20:54 (il y a 171 jours) @ seyne

oui, c'est vrai, et puis cela nous ramène à des tracas moins "hauts", peut permettre - quelque part - d'avoir l'esprit plus libre eh oui, notamment pour s'occuper des choses "basiques" de "la vie", hou
les avantages ne sont pas pas négligeables, même si on perd un peu en romantisme, poésie idéale, évasion et création artistique, supplément d'âme etc mais, on s'y fait, huhu, tel un paysan.

un extrait de "Travail du poème" d'Ivar Ch'Vavar (suite)

par seyne, vendredi 22 juin 2018, 21:42 (il y a 171 jours) @ au phil de la vie

est-ce qu’on est vraiment obligé de choisir entre les deux, Kelig ? Est-ce qu’on ne peut pas jouer les deux jeux : le « haut » et le « basique » ?
Ils me semblent aller de pair.

Mais je me suis posé la question à moment donné et pendant longtemps j’ai choisi aussi le « basique ». Il y a des périodes différentes dans la vie.

un extrait de "Travail du poème" d'Ivar Ch'Vavar (suite)

par au phil de la vie, vendredi 22 juin 2018, 21:58 (il y a 171 jours) @ seyne

oui, sans doute, peut-être y reviendrai-je à cette passion, on verra bien
paysan c'est - aussi - une référence à Rimbaud dans voyage au bout de oups, une saison en enfer. :)

un extrait de "Travail du poème" d'Ivar Ch'Vavar (suite)

par seyne, vendredi 22 juin 2018, 14:54 (il y a 172 jours) @ dh

Parce que la question n'est pas d'avoir de nombreux lecteurs et toutes sortes de retours, là, évidemment, on est déçu.
Je crois que très vite, en ce qui me concerne, les choses se sont présentées différemment, parce que ce qui a compté ce sont les rencontres et les réflexions communes.
Néanmoins, "faire un livre", c'est à dire quelque chose qui peut exprimer une vue d'ensemble, réfléchir à un fil conducteur entre des poèmes (ou textes courts) écrits chacun à un jour J, dans une humeur particulière, c'est se demander ce qu'ils ont en commun, ce qui les oppose, ce qui entre en résonnance entre eux, et le construire avec ces briques-là, soigneusement choisies...ou bien faire un très long poème, ce qui est assez proche finalement.
C'est vraiment intéressant, ça oblige à creuser, autant sur le fond que sur la forme, creuser pour soi et parfois échanger avec d'autres à ce sujet. Parce que la pensée poétique n'est pas seulement à la recherche du beau, les poèmes expriment des choses cachées souvent à leur auteur, et au moment où on construit le livre, cette pensée apparaît peu à peu. Et puis on perfectionne les poèmes, et ils deviennent de plus en plus beaux, c'est plaisant.

Moi, quand je me suis décidée à affronter le graal de l'édition papier, après des années d'écriture solitaire puis de forums, c'était dans l'idée de prendre le risque du jugement de lecteurs inconnus, que je pouvais fantasmer compétents, et plus ou moins objectifs. Tout de suite, la quête a pris des allures d'itinéraire initiatique, avec cette série de hasards dont je vous ai parlé, un monde touffu et bizarre s'est ouvert devant moi et j'ai suivi le labyrinthe, les ramifications, réfléchissant beaucoup.

Mais de toute façon, l'intéressant, c'est de se saisir de ce qui se présente au fur et à mesure. Il y a une myriade de revues, de petits éditeurs, et certainement il y en a près de chez vous. Les gens qui s'en occupent sont forcément désintéressés et sans prétention, vu qu'ils fabriquent des trucs que personne n'achète, mais ce sont tous des gens intelligents, cultivés, et souvent extra-ordinaires. Je n'ai jamais rencontré autant de gens étonnants que dans ce milieu-là. Pas mal de douleur aussi. On y rentre très vite dès qu'on fait l'effort de rencontrer les gens "en vrai". Et finalement, il y a peu de revues qui soient cramponnées à un "courant" littéraire.
Et puis on rencontre aussi d'autres écritures, ça donne envie d'essayer des choses.

Une fois qu'on a son livre en main, après des années souvent, c'est comme si on avait franchi une étape, on passe à autre chose, c'est bien.

un extrait de "Travail du poème" d'Ivar Ch'Vavar (suite)

par dh, samedi 23 juin 2018, 13:30 (il y a 171 jours) @ seyne

parce que ce qui a compté ce sont les rencontres et les réflexions communes. >>>


les rencontres ok, mais les "réflexions communes" là je vois pas.

peux tu expliquer claire ?

un extrait de "Travail du poème" d'Ivar Ch'Vavar (suite)

par au phil de la vie, samedi 23 juin 2018, 16:06 (il y a 170 jours) @ dh

:-)

"Mais de toute façon, l'intéressant, c'est de se saisir de ce qui se présente au fur et à mesure. Il y a une myriade de revues, de petits éditeurs, et certainement il y en a près de chez vous. Les gens qui s'en occupent sont forcément désintéressés et sans prétention, vu qu'ils fabriquent des trucs que personne n'achète, mais ce sont tous des gens intelligents, cultivés, et souvent extra-ordinaires. Je n'ai jamais rencontré autant de gens étonnants que dans ce milieu-là. Pas mal de douleur aussi. On y rentre très vite dès qu'on fait l'effort de rencontrer les gens "en vrai". Et finalement, il y a peu de revues qui soient cramponnées à un "courant" littéraire.
Et puis on rencontre aussi d'autres écritures, ça donne envie d'essayer des choses."

C'est vrai, on le reconnait.
Mais il y a un passage ensuite vers le livre, enfin je pense, et il se fait ou pas.
C'est fonction de la qualité du manuscrit proposé, mais aussi de pas mal d'autres facteurs (rencontres, justement, personnalités, accointances, envie de publier, persévérance etc) qui en décident au final.

un extrait de "Travail du poème" d'Ivar Ch'Vavar (suite)

par seyne, lundi 25 juin 2018, 15:26 (il y a 168 jours) @ au phil de la vie

je crois que tout ça joue, mais surtout qu'il y a une question d'accordage émotionnel quand on lit de la poésie. Tous les éditeurs de poésie que je connais adorent découvrir une écriture nouvelle, forte, qui les fait vibrer. C'est un peu leur quête, leur chasse. Que la personne soit un illustre inconnu n'est pas un obstacle, vraiment. Mais il faut que ça s'accorde à leur sensibilité, c'est normal.

Ceci dit, connaître des gens qu'ils connaissent, avoir déjà été publié, c'est aussi un passeport. Mais ce n'est pas suffisant.

un extrait de "Travail du poème" d'Ivar Ch'Vavar (suite)

par seyne, lundi 25 juin 2018, 14:47 (il y a 169 jours) @ dh

Eh bien il y a des gens avec qui j'ai noué des liens d'amitié et que je rencontre pour prendre un pot et discuter, ou avec qui j'échange par mail ; il y a la revue Teste qui organise ou participe à des lectures ou d'autres "évènements", occasion de rencontrer des gens nouveaux. Après deux années de participation, j'ai été invitée à participer au comité de lecture et ce sont des soirées à parler de poésie, d'art.

Il y a des gens avec qui on a plus ou moins d'affinités mais la poésie c'est très vaste, c'est lié à toutes sortes de choses, les sujets de conversation ne manquent pas.

un extrait de "Travail du poème" d'Ivar Ch'Vavar (suite)

par seyne, jeudi 21 juin 2018, 12:12 (il y a 173 jours) @ Périscope

Je pense que tu aimerais beaucoup les livres d’Ivar, parce que pour la plupart c’est de cela qu’il s’agit : des récits-poèmes, longues épopées, récits complètement transfigurés de souvenirs, ou récits imaginaires, traversés par toutes les mythologies, rugueux voire scatologique, populaires, férocement drôles.
Je parlais des hasards que j’ai rencontrés en me remettant à écrire, le plus fort a quand même été la découverte - dans ma rue - de cet éditeur de revue et poète. J’ai déménagé depuis, mais on reste amis.
Le plus fort dans ce hasard c’est que je sois tombée sur une poésie aussi originale et foisonnante. J’aurais pu tomber sur Samuel Beckett :) !
(Je veux dire : je l’ai lu à l’adolescence mais je me sens maintenant très loin de ce côté ascétique et - pour moi - intellectualisant).

un extrait de "Travail du poème" d'Ivar Ch'Vavar (suite)

par dh, jeudi 21 juin 2018, 12:42 (il y a 173 jours) @ seyne

qu'est-ce que tu as lu de beckett, claire ? le théâtre ?

un extrait de "Travail du poème" d'Ivar Ch'Vavar (suite)

par seyne, jeudi 21 juin 2018, 13:00 (il y a 173 jours) @ dh

J’ai lu « Molloy » et « Malone meurt », « En attendant Godot »...je crois que c’est tout.

un extrait de "Travail du poème" d'Ivar Ch'Vavar (suite)

par Périscope @, dimanche 24 juin 2018, 10:41 (il y a 170 jours) @ seyne

C'est déjà pas mal.

mais il faut lire aussi :
"Textes pour rien"
"Cap au pire"
"L'innommable"...

là il approche au mieux la difficulté de dire

avec la remise en cause du style comme toujours chez lui

un extrait de "Travail du poème" d'Ivar Ch'Vavar (suite)

par seyne, lundi 25 juin 2018, 15:09 (il y a 168 jours) @ Périscope

oui, j'avais oublié "ah les beaux jours !", et surtout "l'innommable". Je crois que ce dernier m'a angoissée, j'avais le sentiment d'un extrême (une recherche presque masochiste) qui ne me convient pas et j'en suis restée là.

un extrait de "Travail du poème" d'Ivar Ch'Vavar (suite)

par dh, lundi 25 juin 2018, 16:01 (il y a 168 jours) @ seyne

tu peux aussi essayer les poésies.

un extrait de "Travail du poème" d'Ivar Ch'Vavar (suite)

par dh, lundi 25 juin 2018, 16:46 (il y a 168 jours) @ dh

beckett c'est le type même d'auteur qu'il faut RE-lire.

on y trouve toujours du nouveau.