Ga : La thérapie

par Khalid EL Morabethi @, samedi 23 juin 2018, 01:00 (il y a 541 jours)

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Ga, je regarde profondément en toi. Je le sais. Je le sens.

Maintenant. Je me souviens. Il n’y avait pas de porte dans ma chambre.

En fait. Je buvais seulement de l’eau.

La nuit. Il y avait un numéro de téléphone dans le mur.

En fait. J’attendais. Longtemps.

Je comprends maintenant. Je vois maintenant. Je suis en train de devenir une sorte de. Un certain X.

Ce tigre qui ne m’avait pas tué. Est-ce que c’est son sourire que je vois maintenant dans le miroir ?

En fait. Il n y a pas que la haine.

En fait. Je vois. Loin de ce point où je vis. Une force qui m’appelle

Je suis en train de comprendre. Je ne suis pas d’ici. Je le sais. Je dois partir mais pas maintenant. Je dis pas maintenant. Alors pas maintenant. Je le sens.

Il y avait une longue robe rouge dans mon armoire. De. Je me souviens. Sauf. Il y avait une logique.

En fait. C’est toujours le temps de vendre son âme. J’attends. Pas maintenant.

En fait. C’est toujours moi qui ferme les yeux mais ce n’est pas moi qui dors.

Je peux si facilement sortir de mon humanité.

Je me souviens. Il venait toujours pour me voir ou me parler. De. En fait. Je me souviens. Je tournais toujours vers le mur quand il apparait. Ce n’était pas une punition.

Le sens est fatigué. C’est moi qui parle. Sauf. Oui. Mais. Sa mâchoire me maintient.

En fait. Il y avait une fenêtre dans la pièce. Je ne savais pas pourquoi.

En fait. Mes pieds étaient toujours nus.

Je comprends. J’étais quelque part dans le temps.

Le mal n’est qu’un simple mot. Plein de faiblesse. Plein de défaut. Je cherche le parfait.

Je mords. En fait. Mais toujours le cœur. Pas encore mort.

En fait. Mais toujours le cœur. Je sais. Dans le corps.

Ga, regarde profondément en moi, tu le sais, tu le sens.

Bientôt.

Mais pas maintenant.

Pas maintenant.



Khalid EL Morabethi

https://secicrexe.tumblr.com

Ga : La thérapie

par Périscope @, dimanche 24 juin 2018, 10:47 (il y a 540 jours) @ Khalid EL Morabethi

l'écriture haletante correspond bien au thème

lequel ? lesquels ? qui suis-je, où suis-je ?

un texte plein de vide qui nous met dans la réalité fuyante

c'est vrai que le sens est fatigué

on peut chercher le parfait pour s'illusionner mais ce n'est déjà pas mal

Ga : La thérapie

par dh, lundi 25 juin 2018, 09:53 (il y a 539 jours) @ Khalid EL Morabethi

ah, moi ça me fait vaguement penser à un roman de science fiction, ou un thriller.

ou un exercice d'atelier d'écriture.

quant à parler de poésie ...

Ga : La thérapie

par Périscope4 @, lundi 25 juin 2018, 15:29 (il y a 539 jours) @ dh

Si c'était un exercice d'atelier d'écriture

qu'elle en serait la consigne ou la contrainte ??...

Ga : La thérapie

par dh, lundi 25 juin 2018, 15:48 (il y a 539 jours) @ Périscope4

par ex :

écrire un texte en prose à la 1ère personne dont le narrateur est au bord de la folie et traverse une crise existentielle ponctuée d'hallucinations.

vous avez 30 minutes.

la fenêtre et la morsure

par seyne, lundi 25 juin 2018, 15:17 (il y a 539 jours) @ Khalid EL Morabethi

Toujours aussi puissant.
Une quête dans un labyrinthe indistinct hanté par un tigre, tout au fond des couloirs du temps. Les couloirs du temps, les couloirs de l'âme et du corps, les couloirs incertains et tortueux, paradoxaux, de l'émotion. Présent et passé, miroir et regard, l'autre et soi, mélangés.


si ce n'est pas de la poésie, je ne sais vraiment pas ce qu'est la poésie.

la fenêtre et la morsure

par dh, lundi 25 juin 2018, 15:53 (il y a 539 jours) @ seyne

entendons nous bien claire, je ne trouve pas ce texte mauvais, dans le genre autofiction / science fiction un peu barrée à tendance névrotique.

maintenant tu peux dire que tout est dans tout et que tout est de la poésie si ça t'amuse. moi je ne joue pas à ce jeu là.

la fenêtre et la morsure

par dh, lundi 25 juin 2018, 16:08 (il y a 539 jours) @ seyne

je ne sais vraiment pas ce qu'est la poésie. >>>


c'est un genre de littérature qui répond à certaines exigences sémantiques, formelles, sonores, émotionnelles, etc ...

évidemment il n'y a pas (plus) de définitions exactes. il faut prendre des exemples et parler au cas par cas, sinon on s'embourbe dans des généralités vaseuses.

la fenêtre et la morsure

par dh, lundi 25 juin 2018, 16:18 (il y a 539 jours) @ dh

enfin, dans le fond, peu importe qu'on prenne ça pour de la poésie ou pas.

disons qu'il y différentes façon d'utiliser le label "Poésie" avec lesquelles on peut être plus ou moins d'accord.

la fenêtre et la morsure

par seyne, lundi 25 juin 2018, 17:15 (il y a 539 jours) @ dh

je vais quand même te donner ma définition :

Genre littéraire qui se caractérise par un travail sur le langage, particulièrement sur le rythme, les sonorités et les images. C'est par cette recherche formelle que la poésie tente de faire partager de façon profonde émotions, sensations et idées.

la fenêtre et la morsure

par dh, lundi 25 juin 2018, 17:26 (il y a 539 jours) @ seyne

je ne suis pas d'accord avec le mot "travail", qui évoque une activité salariée, et donc rémunérée, et qui nécessite des compétence acquises lors d'études scolaires.

la fenêtre et la morsure

par dh, lundi 25 juin 2018, 17:30 (il y a 539 jours) @ dh

houellebecq dans rester vivant, que je copie colle :

"Ne vous sentez pas obligé d’inventer une forme neuve. Les
formes neuves sont rares. Une par siècle, c’est déjà bien.
Et ce ne sont pas forcément les plus grands poètes qui en
sont l’origine. La poésie n’est pas un travail sur le langage ;
pas essentiellement. Les mots sont sous la responsabilité
de l’ensemble de la société.

la fenêtre et la morsure

par seyne, lundi 25 juin 2018, 17:30 (il y a 539 jours) @ dh

allons ... pour le coup tu es bien restrictif ! Et le travail de la terre ? Et le travail de la parturiente ?

la fenêtre et la morsure

par dh, lundi 25 juin 2018, 17:35 (il y a 539 jours) @ seyne

question sans doute de sensibilité.

mais non, en fait "travail sur le langage" pour moi, ça sonne faux.

la fenêtre et la morsure

par dh, lundi 25 juin 2018, 17:36 (il y a 539 jours) @ dh

et ce que dit houellebecq, qu'en dis-tu ?

la fenêtre et la morsure

par seyne, lundi 25 juin 2018, 17:39 (il y a 539 jours) @ dh

Eh bien il me semble que ce que je viens d’écrire peut être une réponse.

la fenêtre et la morsure

par seyne, lundi 25 juin 2018, 17:38 (il y a 539 jours) @ dh

Oui, je crois que l’art est à une place intermédiaire entre le travail et le jeu. Comme le jeu, il est avant tout mené par le désir ; comme le travail il vise à produire un « objet ».

dedalus

par seyne, lundi 25 juin 2018, 15:38 (il y a 539 jours) @ Khalid EL Morabethi

en écho lointain : un vieux poème










Son père l'a laissée dans la chambre
avec tout ce qu'il faut.
vu d'ici le monde lui paraît maintenant hostile. où est l'oeuf du serpent que le soleil couvait ?
je ne voudrais pas dire que le monde prépare la guerre, mais ici, dans cet endroit fermé et chaud, la lumière et les sons si rares, comme des fétus dans les plinthes ou des voix dans les murs, rien ne lui semble encore possible au dehors.
elle s'allongera dans la lecture, lumière baissant peu à peu jusqu'au soir, jusqu'à la nuit.
C'est une autre partie de moi qui se lèvera et prendra des trains, des bateaux. une autre pour les "études de temps gris" et les yeux rouges des TGV, la saignée des rails dans les abords des villes, ou les vitres humides et salées, presque opaques, des ferrys.
elle me rejoindra sur la grève, enlèvera ses chaussures dans la mer froide de Dùn Laoghaire.
elle et moi dans les dédales, et lui et eux, et la trace que laissent en nous leurs mots.
enfin j'ai appris comment faire, comment être loin et là, marchant et étendue à la fois
comment rejoindre ceux qui murmurent dans le grenier d'Anne Franck.

dedalus

par Périscope @, mardi 26 juin 2018, 12:17 (il y a 538 jours) @ seyne

la poésie peut se définir d'abord formellement : sonorités, images, rythmes, destructuration du langage, formes fixes etc...

mais aussi par tout ce qui déborde le rationnel : émotion, inconscient, l'incompréhensible, l'illisible, énergie, forces,


donc dans la prose il y a du poétique (mais pas toujours)
ne pas non plus utiliser le label "poétique" souvent à propos de se qu'on ne comprend pas, l'incohérence, le n'importe quoi...

"la poésie" n'est pas un mot valise pour les laxistes, les bluffeurs...

la poésie a son exigence, justement à cause de son impossible enfermement.

mais tout ce que je viens d'écrire est insuffisant, heureusement.



Ton texte ici a de la poésie, avec cette ironie de tenter de la nommer mais sans être dupe

poésie et inconscient

par seyne, mardi 26 juin 2018, 20:14 (il y a 538 jours) @ Périscope

Tu parles de l’inconscient, c’est à dire de l’inconnu dans notre propre esprit, mais aussi dans notre corps. Je crois que la poésie, ses techniques, sa destructuration, son inspiration, s’adressent à notre inconscient ; et ce poème de Khalid - avec son exclamation d’avant le langage : « Ga » - tout particulièrement.

poésie et inconscient

par Périscope @, mercredi 27 juin 2018, 10:52 (il y a 537 jours) @ seyne

oui bien sûr le corps parle (le souffle, l'énergie des rythmes, une genèse des mots, ceux qui sont le plus près des sensations...cris etc)

je ne pense pas que la poésie s'adresse essentiellement à notre inconscient

son écriture et sa lecture sont plus filtrées que cela

d'où justement les fatigantes polémiques sur ce qui est ou pas "poésie"

la crête est mince entre rationnel et inconscient, sur cette crête la poésie
cherche son équilibre...

Le poème de Khalid est fort, il intègre nos questions

poésie et inconscient

par seyne, mercredi 27 juin 2018, 12:05 (il y a 537 jours) @ Périscope

oui, bien sûr, elle ne s'adresse pas "principalement" à notre inconscient. Elle est faite de langage et s'adresse donc avant tout à notre conscient, à notre intelligence.
Mais certaines de ses spécificités - tout ce qu'on a dit - par rapport à la prose, parce qu'elles "cassent" un peu la rationalité, parce qu'elles mobilisent un arrière-plan du langage, des associations, font résonner notre inconscient d'une façon particulière.
C'est pour ça aussi que ça se lit plus lentement que la prose (en tout cas c'est mon cas, très lentement même), et que la voix, voix silencieuse ou voix haute, c'est à dire le corps émotionnel, le souffle, jouent un rôle important.

Enfin, c'est ce que je ressens. Mais je sais que d'autres aiment être emportés par l'intensité du mouvement, et même que certains lisent très vite, jusqu'à effacer les significations en un flux où l'esprit se noie.
J'ai assisté à ça, et après avoir été un peu irritée je me suis laissée embarquer dans une autre écoute. Pas mal de poètes que j'ai écoutés récemment s'intéressent à la matérialité du langage autant qu'aux significations...bon, moi je suis sceptique...

poésie et inconscient

par Périscope @, jeudi 28 juin 2018, 16:41 (il y a 536 jours) @ seyne

moi aussi je m'accroche à la signification même si elle est subvertie

je crois un peu que si beaucoup de lecteurs désertent la poésie contemporaine (celle notamment qui optimise la matérialité sonore)

c'est parce que le sens y est dévalué,

par contre des poètes comme Guillevic, (et plein d'autres) trouvent grâce
à l'intérêt du lecteur
parce que celui-ci y cherche un sens de la vie, une attitude possible à avoir envers les choses

la poésie répond à une demande de spiritualité laïque

donc les résultats trop formels nous laissent sur la faim...

poésie et inconscient

par seyne, jeudi 28 juin 2018, 17:42 (il y a 536 jours) @ Périscope

oui, notre faim de beauté aussi... et puis ils semblent souvent à la fois intellectualisants et bébêtes, ce qui est un exploit d'une certaine façon :).