focale (13)

par seyne, lundi 25 juin 2018, 15:32 (il y a 117 jours)

C’est un petit garçon solitaire, un fils unique, il est chez sa grand-mère. Elle vit sous les toits dans deux chambres de bonne accolées, où a été installée une minuscule cuisine. L’enfant passe ses vacances chez elle, il dort dans un petit lit couvert d’un édredon. Il joue, lit les magazines empilés, les cartes postales qu’elle garde dans une boîte en carton. Tout est décalé : tout vient du temps d’avant. Il se sent protégé dans cet endroit calme, spectateur des activités ménagères toujours semblables, dans la vieillesse éternelle des objets.
Surtout, la magie de cet endroit, de ces journées, c’est le toit sur lequel donne la fenêtre de la chambre. Il est relié à d’autres toits, à d’autres pentes recouvertes de zinc, d’où émergent des cheminées avec leurs multiples petits chapeaux. Un monde clos qu’il peut arpenter sans risque, où il faudrait aller loin pour voir le bord, le vide. Il n’en a nulle envie. Il a même un petit tricycle et roule dans les parties basses, variant les trajets, les obstacles.
L’enfant a mis un masque noir, une cape, il regarde droit devant lui et fait mine de viser. Derrière lui, les hauts murs parcourus de conduits de cheminées font les murailles d’un château fort que lui seul hante et défend, juste au-dessous des nuages. Les plaques grises de zinc soudées entre elles, comme un patchwork dessiné de pluies anciennes, les murs aveugles, les lucarnes couchées reflétant le ciel blanc, une beauté d’énigme qu’il garde pour lui seul.

focale (13)

par peut-être @, mercredi 27 juin 2018, 18:03 (il y a 114 jours) @ seyne

"C’est un petit garçon solitaire, un fils unique, il est chez sa grand-mère"

déjà, le "c'est" et "il est" plutôt malhabile.. "Un petit garçon solitaire, fils unique, est chez sa grand-mère"...
plusieurs petites choses de ce genre dans le texte viennent alourdir la narration...de petites "inattentions" qui appartiennent à l'oral et à sa paresse "empêchent" un peu la coulée littéraire, la handicapent... comme au dernier paragraphe : 2x "lui seul" affaiblit beaucoup l'impactant

focale (13)

par seyne, mercredi 27 juin 2018, 19:27 (il y a 114 jours) @ peut-être

Non, vraiment, on n’est pas dans la même sensibilité d’écriture, je crois.
Le style oral est volontaire, dans un essai d’approche du vécu intime de cet enfant.
Sauf à partir du dernier paragraphe « L’enfant... » qui fait entendre la voix du narrateur et dont le style est nettement plus littéraire.

focale (13)

par peut-être @, jeudi 28 juin 2018, 16:32 (il y a 113 jours) @ seyne

..ha.. intéressant ..mais alors il vaudrait peut-être mieux ..d'écrire plus proche de l'oral ? parce que là, le mélange oral/litté ça fait un tout petit peu .. "pauvre" ou "faible", voire malhabile, avec un effet "entre deux chaises".
ou... plutôt marquer davantage la différence des écritures des deux paragraphes ?

et particulièrement, pardon si j'insiste... elle est attristante (je trouve) la répétition du dernier paragraphe (lui seul) qui serait véritablement impactante à la toute fin, l'expression utilisée étant la chute.

..bof je dis ça, puis je dis rien

merci !

par seyne, jeudi 28 juin 2018, 17:38 (il y a 113 jours) @ peut-être

oui, même si "lui seul" me semblait intéressant dans sa répétition, on a plutôt sans doute l'impression d'une négligence, donc ça ne va pas...
Mais surtout, je me rends compte que "...une beauté d'énigme qu'il garde." est bien plus fort, parce qu'il donne le sentiment d'un trésor intérieur, qui répond au "château fort", à ces toits accessibles et clos dont il est le gardien.

Pour la question du style oral, je me méfie toujours des excès qui font vite caricature, les mots simples et les phrases courtes allaient bien, je pense. Mais je voulais aussi un style un peu tâtonnant, le tâtonnement du regard qui découvre l'image et qui va l'intégrer au fur et à mesure dans un récit imaginaire.



finalement, le texte est comme un petit bateau qui sort du port à la rame, et puis dans le dernier paragraphe on sort la voile :)

focale (13)

par Périscope @, mercredi 27 juin 2018, 18:10 (il y a 114 jours) @ seyne

Cela pourrait être une description naturaliste à la Zola.

Par contre l'expression "tout est décalé" n'est pas nécessaire, c'est trop contemporain, tendance... tu verras en la supprimant cette idée passe quand même, c'est moins redondant.

"la beauté d'énigme qu'il garde pour lui seul" semble être le seul commentaire
personnel de l'auteur


je trouve que c'est un bon exercice cette tentative de retrait de l'auteur,
une description "neutre"

surtout en pensant à d'autres de tes textes où là la subjectivité explose

focale (13)

par seyne, mercredi 27 juin 2018, 19:33 (il y a 114 jours) @ Périscope

En fait, je me suis replongée dans des souvenirs enfantins du monde de mes grands-parents. Cette notation : «  tout est décalé »  tentait de traduire l’impression très particulière de pénétrer dans un monde quasi onirique quand j’arrivais chez eux. J’ai essayé de rendre cette sensation onirique dans le dernier paragraphe, avec ses phrases plus longues et plus « poétiques ».
Mais c’est ennuyeux si « décalé » donne l’impression que tu traduis.

focale (13)

par Périscope @, jeudi 28 juin 2018, 17:15 (il y a 113 jours) @ seyne

le mot "décalé" est explicatif donc inutile

le sens que tu veux donner fonctionne très bien avec ce qui suit immédiatement

pas la peine de surcharger


c'est une préoccupation permanente pour celui qui écrit de ne pas se faire comprendre

le lecteur comprend, de toutes façons toujours autre chose que le surlignage
que nous rédigeons trop souvent

focale (13)

par seyne, jeudi 28 juin 2018, 17:38 (il y a 113 jours) @ Périscope

oui, tu as raison.

focale (13) corrigé

par seyne, jeudi 28 juin 2018, 18:55 (il y a 113 jours) @ seyne

C’est un petit garçon solitaire, un fils unique, il est chez sa grand-mère. Elle vit sous les toits dans deux chambres de bonne accolées, où a été installée une minuscule cuisine. L’enfant passe ses vacances chez elle, il dort dans un petit lit couvert d’un édredon. Il joue, lit les magazines empilés, les cartes postales qu’elle garde dans une boîte en carton. Tout vient du temps d’avant.
Il se sent protégé ici, spectateur des activités ménagères toujours semblables, dans la vieillesse éternelle des objets.
Surtout, la magie de cet endroit, de ces journées, c’est le toit sur lequel donne la fenêtre de la chambre. Il est relié à d’autres toits, à d’autres pentes recouvertes de zinc, d’où émergent des cheminées avec leurs multiples petits chapeaux. Un monde clos qu’il peut arpenter sans risque, où il faudrait aller loin pour voir le bord, le vide. Il n’en a nulle envie. Il a même un petit tricycle et roule dans les parties basses, variant les trajets, les obstacles.
L’enfant a mis un masque noir, une cape, il regarde droit devant lui et fait mine de viser. Derrière lui, les hauts murs parcourus de conduits de cheminées font les murailles d’un château fort que lui seul hante et défend, juste au-dessous des nuages. Les plaques grises de zinc soudées entre elles, comme un patchwork dessiné de pluies anciennes, les murs aveugles, les lucarnes couchées reflétant le ciel blanc, une beauté d’énigme qu’il garde.

Autre mise en page focale (13)

par Périscope @, samedi 30 juin 2018, 10:01 (il y a 112 jours) @ seyne

Un petit garçon solitaire, habite chez sa grand-mère.
Elle vit sous les toits dans deux chambres de bonne,
où a été installée une minuscule cuisine.
L’enfant passe ses vacances chez elle,
il dort dans un petit lit couvert d’un édredon.
Il joue, il lit les magazines empilés,
les cartes postales que la grand-mère garde dans une boîte en carton.
Tout vient du temps d’avant.
Le petit garçon se sent protégé ici,
spectateur des activités ménagères,
dans la vieillesse éternelle des objets.
La magie de cet endroit, de ces journées,
c’est le toit sur lequel donne la fenêtre de la chambre.
Il est relié à d’autres toits,
à d’autres pentes recouvertes de zinc,
d’où émergent des cheminées avec leurs multiples petits chapeaux.
Un monde clos que l'enfant peut arpenter sans risque,
où il peut aller loin pour voir le bord,
le vide.
Il n’en a nulle envie.
Il a un petit tricycle,
et roule dans les parties basses,
variant les trajets, les obstacles.
L’enfant a mis un masque noir, une cape,
il regarde droit devant lui et fait mine de viser.
Derrière lui,
les hauts murs,
parcourus de conduits de cheminées,
forment les murailles d’un château fort,
que lui seul hante et défend,
juste au-dessous des nuages.
Les plaques grises de zinc soudées entre elles,
comme un patchwork dessiné de pluies anciennes,
les murs aveugles,
les lucarnes couchées reflétant le ciel blanc,
une beauté d’énigme qu’il garde.

Autre mise en page focale (13)

par seyne, dimanche 01 juillet 2018, 08:32 (il y a 111 jours) @ Périscope

Je m’interrogeais sur la discrète différence de ton qu’on sent dans cette version. Bien entendu elle tire le texte du côté de la poésie par la découpe en vers. Mais il me semble que quelques changements ajoutent un supplément de naïveté. Il pourrait presque être le texte d’un livre pour enfants.

Autre mise en page focale (13)

par Périscope @, dimanche 01 juillet 2018, 15:22 (il y a 111 jours) @ seyne

oui je m'en suis rendu compte après coup à la relecture.

Il faut croire que ta justesse d'écriture par rapport au thème, contenait
déjà en germe ce genre littéraire inévitable,
ce qui pour moi est un signe de réussite.

Comment en nous, adultes, la voix de l'enfant persiste.
Faire entendre ces deux voix conjointement.