lumières

par seyne, mercredi 10 octobre 2018, 15:58 (il y a 14 jours)

Ce matin au sortir d’un rêve plein de déception, la lumière du jour qui se lève est gris rose, mais beige aussi, pesant sur le jardin, sous un ciel compliqué aux bancs de nuages figés, banc de poissons, écharpes de mousseline épaisse. C’est un matin pour se souvenir de tous les matins d’automne et surtout ceux de l’enfance, de l’école. La déception reste là, suspendue et inutile comme l’était le vague refus de la journée qui vient, en montant la rue encore un peu sombre, sous les tilleuls, vers les grandes baies éclairées de néons. Lumières laides sur le temps qu’on n’avait pas choisi, lumières de ce qui s’impose à l’enfance, à ces petits poissons pris dans leur banc serré.

lumières

par sobac @, mercredi 10 octobre 2018, 18:30 (il y a 13 jours) @ seyne

un peu dommage que ce rêve ne soit pas idyllique,que l'on voudrait qu'il se prolonge
mais bon , le cerveau fabrique aussi sa part de deception
les matins d'automne et cette enfance qui resurgit semble présager des douleurs enfouies, mais pas encore cicatrisées

lumières

par seyne, mercredi 10 octobre 2018, 22:24 (il y a 13 jours) @ sobac

Hier, j’ai regardé le film où Raymond Depardon, parti seul photographier la France dans son camping-car/labo disait : il y a des journées où je suis toute la journée de bonne humeur, et puis des fois toute la journée de mauvaise humeur. Il n’ajoutait rien, ça m’a frappée.
Du coup j’ai accepté le sentiment que me laissait ce rêve, je n’ai pas cherché à le chasser mais plutôt laissé venir tout ce qu’il appelait dans la mémoire.
Et puis j’ai réussi à écrire ça...du coup ce n’était plus mauvais l’émotion du rêve.

lumières

par Périscope @, mercredi 10 octobre 2018, 18:59 (il y a 13 jours) @ seyne

Des phrases précises mais non fermées

pour se souvenir

dans ton acte d'écrire on sent aussi comment le mot qui s'inscrit appelle l'autre mot

le rapport d'un temps et espace présents avec le passé de l'enfance (cette passerelle
filandreuse qui s'établit parfois entre des mondes mouvants)

en lisant ce court texte je me questionne sur les fonctions de l'écriture

finalement témoigner de ce qui est singulier à chacun et sûrement inénarrable, on en recueille que la moindre partie

je ne parle pas de la littérature qui fouille les histoires collectives

lumières

par seyne, jeudi 11 octobre 2018, 09:10 (il y a 13 jours) @ Périscope

oui, c’est des questions très larges que tu poses. Annie Le Brun dans un texte un peu polémique sur « le Monde » parlait de la marchandisation de la beauté, dans un « art » qui installe une uniformité et tente de détruire « ce qui n’a pas de prix ». Mais ce qui m’a vraiment éclairée c’ est cette chose très simple qu’elle disait de la beauté : « Impossible de définir la beauté sinon comme expérience unanime de la singularité ».
Décrire le ciel très particulier d’hier matin d’une façon aussi juste que possible, en travaillant la forme ( j’ai beaucoup hésité par rapport aux adjectifs), c’était essayer de partager sa singularité parfaite, c’est à dire le fait qu’il existait devant moi.

Après il y a la question des liens « filandreux » comme tu dis. Liens entre l’impression d’aujourd’hui et des émotions passées, lien entre celui qui écrit et celui qui lit, présence de la mémoire...liens des métaphores, on pourrait sans doute en trouver d’autres.
Est-ce que le travail sur la forme c’ est donner à ce qu’on a créé une singularité qui répond à la singularité de ce qui existe, qu’on vit ? Pourquoi la singularité d’un style nous fait-elle paradoxalement nous sentir très proche de l’auteur d’une œuvre ?
Beaucoup de questions, des belles questions .


J’oubliais l’essentiel : le lien avec l’inconscient.

lumières

par dh, jeudi 11 octobre 2018, 10:13 (il y a 13 jours) @ seyne

la beauté est une chose rare.

la beauté est toujours une exception.

lumières

par seyne, jeudi 11 octobre 2018, 10:32 (il y a 13 jours) @ dh

non, pour moi la beauté est partout dans ce qui existe, mais on ne la voit que par éclairs.

lumières

par dh, jeudi 11 octobre 2018, 10:56 (il y a 13 jours) @ seyne

la beauté est partout dans ce qui existe>>>


dirais-tu par exemple qu'un tas d'excréments est beau ?

lumières

par dh, jeudi 11 octobre 2018, 11:58 (il y a 13 jours) @ dh

autre problème : si tout est beau, pourquoi se fatiguer à faire de l'art et le poésie ? il suffit dans ce cas de se contenter de l'existant et de sa supposée beauté.

lumières

par seyne, jeudi 11 octobre 2018, 12:31 (il y a 13 jours) @ dh

Je crois que la meilleure réponse c’est « La charogne » de Baudelaire.

lumières

par dh, jeudi 11 octobre 2018, 12:38 (il y a 13 jours) @ seyne

des baudelaire il y en a combien par siècle ?

c'est pour ça que je dis que la beauté est une chose rare.

lumières

par Florian, jeudi 11 octobre 2018, 17:09 (il y a 13 jours) @ dh

La beauté est une position. Est beau ce qui participe du cerveau en tant qu'il est agréable. Est agréable ce qui est relâché. L'esprit et le corps relâchés de concert sont la position nécessaire à la beauté.

lumières

par au phil de la vie, jeudi 11 octobre 2018, 17:59 (il y a 12 jours) @ Florian

Bien exprimé

lumières

par au phil de la vie, jeudi 11 octobre 2018, 19:54 (il y a 12 jours) @ dh

Ca n'a aucun sens de poser les choses de cette façon.

L'élitisme de la beauté est chose absurde.

La beauté déjà n'est pas uniquement artistique.

N'en déplaise à Baudelaire.

"combien par siècle" on s'en fout. Il yen a eu un en tout et pour tout, tout comme il y a un seul denis h.

lumières

par seyne, jeudi 11 octobre 2018, 20:12 (il y a 12 jours) @ dh

je voulais dire : Baudelaire nous montre la beauté d’une charogne...

Une charogne

par Baudelaire, jeudi 11 octobre 2018, 20:14 (il y a 12 jours) @ seyne

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d'été si doux :
Au détour d'un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s'épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l'herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D'où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague,
Ou s'élançait en pétillant ;
On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l'eau courante et le vent,
Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.

Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève
Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d'un oeil fâché,
Epiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu'elle avait lâché.

- Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !

Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
De mes amours décomposés !

Une charogne

par au phil de la vie, jeudi 11 octobre 2018, 20:29 (il y a 12 jours) @ Baudelaire

"Au détour d'un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,"

Pardon, mais la comparaison n'est pas belle, enfin chacun ses goûts, mais la morbidité ne me dit rien de bon.

lumières

par Florian, jeudi 11 octobre 2018, 23:05 (il y a 12 jours) @ seyne

Pas du tout Claire : Il ne fait que poser la supériorité du principe spirituel sur la finitude de la chair. Il n'y a aucune beauté à cela. C'est le poème le plus froid des fleurs du mal si ce n'est une certaine tension dramatique mais qui est une révolte plus qu'une affirmation. Il n'y a pas vraiment de côté charnel en tant qu affirmation dans ce poème.

lumières

par seyne, jeudi 11 octobre 2018, 23:13 (il y a 12 jours) @ Florian

Je ne suis pas d’accord Florian. Qu’il tire la vision vers un questionnement métaphysique, c’est évident, et il renouvelle ainsi violemment la tradition des « vanités ». Mais il y a aussi une recherche esthétique, le projet de libérer l’art des carcans du « beau » bienséant, et la fascination pour le réel dans toutes ses formes. Mais si tu ne le sens pas, ce n’est pas un problème, chacun sa sensibilité. Mais le froid, tu sais, il est toujours dans le regard.

lumières

par Florian, jeudi 11 octobre 2018, 23:18 (il y a 12 jours) @ seyne

Pas dans ce poème ! Il n'est bon qu'à réchauffer des regards dont la position originelle est froide ! Pour une fois que Baudelaire n'a pas réussi à transfigurer le mal ou la mort il a fallu qu'il se positionne en esthète du bien... Ce poème n'est pas habité par le génie du mal.

lumières

par seyne, jeudi 11 octobre 2018, 23:21 (il y a 12 jours) @ Florian

oui, effectivement, il est très loin du bien et du mal. Il affronte l’effroi, et la fascination, qui sont d’un autre territoire.

lumières

par Florian, jeudi 11 octobre 2018, 23:27 (il y a 12 jours) @ seyne

De manière trop intuitive et rapide : ses descriptions ne correspondent pas à la vérité de l'énoncé.

lumières

par seyne, jeudi 11 octobre 2018, 23:48 (il y a 12 jours) @ Florian

remarque personnellement, j’ai toujours préféré la langue plus moderne de Rimbaud :
« ...
A noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,
Golfes d’ombre... » sur le même thème.
C’est d’une telle beauté que ma perception de la poésie en a été complètement et définitivement bouleversée (j’étais jeune adolescente quand je l’a lu), et que je n’ai plus jamais regardé les charognes de la même façon. J’ai vu leur beauté terrible, ce qu’elles nous disent.

Le poème de Baudelaire est plus explicite, peut-être un peu trop, tu as raison, mais quelle force ce poème, adressé à la femme qu’on aime, dont la beauté nous éblouit.

lumières

par au phil de la vie, vendredi 12 octobre 2018, 11:28 (il y a 12 jours) @ seyne

"Devant Simon, pendue à son bâton, Sa-Majesté-des-Mouches ricanait. Simon céda enfin et lui rendit son regard. Il vit les dents blanches, les yeux ternes, le sang... Du fond des âges, une certitude de déjà vu, inexorable, enchaînait le regard de Simon. Dans sa tempe droite, une pulsation enflait, frappait le cerveau"

Extrait de "Sa majesté des mouches" de William Golding

Il y a une description saisissante dans ce livre mais pas vu l'extrait en ligne.
Un livre extraordinaire, de la crème de littérature.

lumières

par seyne, vendredi 12 octobre 2018, 12:20 (il y a 12 jours) @ au phil de la vie

Oui, un livre inoubliable.

lumières

par Florian, vendredi 12 octobre 2018, 14:13 (il y a 12 jours) @ au phil de la vie

J'ai moyennement aimé ce livre ainsi que Le meilleur des mondes (dont tu as parlé ) pourtant je ne suis pas difficile.

L'intrigue est jouée d'avance dans les deux cas. Tu devrais lire Epépé qui lui tient en haleine tout du long. C'est aussi une sorte de dystopie crépusculaire mais dont l'imagination dépasse l'histoire.

lumières

par dh, vendredi 12 octobre 2018, 16:02 (il y a 12 jours) @ Florian

tiens, Epépé je connaissais pas ...

sa majesté des mouches je l'avais lu en 4ème. j'avais même fait un exposé dessus.

le meilleur des mondes, lu en 3ème, rien compris à l'époque,

je n'avais pas le recul pour le lire.

lumières

par au phil de la vie, samedi 13 octobre 2018, 11:54 (il y a 11 jours) @ Florian

Le film aussi est bon. J'essaierai de le relire en bilingue, s'il existe, pour voir.

Le meilleur des mondes, ce sont surtout les idées qui m'ont intéressé, c'est éclairant.

Merci pour la suggestion, je regarderai.

lumières

par François, vendredi 12 octobre 2018, 00:19 (il y a 12 jours) @ dh

Il me semble que le beau émerge du mouvement (du geste) plutôt que d'une forme seule ou objet fixe. La camarde est sublimée par Baudelaire car il draine à travers elle la promesse d'une intériorité sacrée. Beckett peut rendre un tas d'excrement beau en y plantant un baton et en dessinant dessus le mot "amour". C'est laid, puis tragique, puis beau.

lumières

par François, vendredi 12 octobre 2018, 00:37 (il y a 12 jours) @ seyne

La beauté est une déesse farouche, il faut se faire petit, l'aimer, la haïr (elle apprécie aussi), l'invoquer, lui dresser des ex voto, tout faire pour la mériter.

lumières

par Périscope @, samedi 13 octobre 2018, 09:14 (il y a 11 jours) @ François

De quelle beauté parle-t-on ?

La beauté culturelle, avec ses normes dont nous sommes conditionnés ?

Il y a aussi la beauté existentielle,
une émotion, un presque rien intense,
celle inattendue qui nous ravit,
celle qu'il est difficile de partager, et qui nous fait écrire, discutailler,
créer,
celle peu consensuelle,

mais ces deux beautés se rejoignent

lumières

par au phil de la vie, samedi 13 octobre 2018, 11:58 (il y a 11 jours) @ Périscope

Tu omets juste qu'il existe de nombreuses cultures, sans compter la plupart qui ne sont plus de ce monde.

lumières

par Périscope @, samedi 13 octobre 2018, 16:11 (il y a 11 jours) @ au phil de la vie

Bien sûr

Mais cela ne contredit en rien ce que je dis

elles nous déterminent depuis longtemps, au-delà de notre conscience



tu pourrais sûrement me donner quelques exemples

lumières

par au phil de la vie, samedi 13 octobre 2018, 17:02 (il y a 11 jours) @ Périscope

Les couleurs, par exemple, le blanc ici symbolisera le mariage, la pureté, ailleurs il peut symboliser le deuil.

La fonction d'art, d'artiste diffère selon les cultures, voire s'oppose.

C'est comme si à toute tentative d' affirmation, de définition, en cherchant on trouve une preuve qui l'annule.

lumières

par loulou, vendredi 19 octobre 2018, 22:07 (il y a 4 jours) @ seyne

Très mignon

lumières

par seyne, samedi 20 octobre 2018, 09:19 (il y a 4 jours) @ loulou

Merci !
Mignon et un peu cafardeux, c’ est un mélange.