Création ou crémation? Serait-on grillés d'avance par l'IA

par Soledad, samedi 14 septembre 2019, 04:19 (il y a 205 jours)

https://www.lemonde.fr/blog/data/2015/12/23/les-proprietes-vertigineuses-de-la-bibliotheque-univers-de-babel/


L’infini (ou presque) permis par le numérique

Tellement vertigineux que l’idée même qu’une telle bibliothèque existe est longtemps restée au stade d’utopie et dans l’imagination de Jorge Luis Borges et de ses lecteurs. Pourtant, à défaut d’exister physiquement, la bibliothèque existe aujourd’hui numériquement.

Créée par Jonathan Basile, libraryofbabel.info reproduit (presque) exactement le fonctionnement de la bibliothèque décrite par Jorge Luis Borges. Fidèle à la nouvelle parue en 1941, la bibliothèque numérique est organisée en pièces hexagonales identiques, dont 4 des murs abritent des livres sur cinq étagères chacun.

Chaque étagère comporte 32 livres de 410 pages chacun. Et chaque page de chaque livre, de chaque étagère, de chaque pièce est accessible. L’immense majorité de ces pages renferment des suites incompréhensibles de caractères. Pourtant, parmi ces milliards et milliards de pages, se trouvent forcément des livres que vous avez lus. Ces pages contiennent pratiquement tout : vous y trouverez aussi bien les aventures de votre héros de roman préféré que le manuel d’utilisation de votre aspirateur, les évangiles de la Bible ou les versets du Coran, les articles de l’Encyclopédie de Diderot, les poèmes de Shakespeare, toutes les pages de votre journal intime, toutes les théories mathématiques jamais écrites, tous les secrets, tous les rêves, tous les récits et tous les noms, même votre nom et votre histoire, existent déjà dans l’immensité de la bibliothèque de Babel.

Parmi ces pages inexplorées se trouve aussi tout ce qui n’a jamais été écrit mais qui le sera peut-être un jour. Combien de chefs-d’œuvre de littérature inconnus ou futurs se cachent dans cette bibliothèque ? Les proses à venir d’un futur Rimbaud s’y trouvent déjà, tout comme les prochains romans de Michel Houellebecq. Même cet article, ces lignes y sont déjà écrites.

La bibliothèque créée par Basile est différente de celle imaginée par Borges en cela qu’elle ne contient pas tous les livres possibles mais seulement toutes les pages possibles. La bibliothèque contient donc environ 4,7 × 104 679 pages différentes, réparties dans 104 677 livres.

Bien sûr, la bibliothèque contient tellement d’information qu’il serait impossible de la stocker numériquement. Le contenu de la bibliothèque est généré à partir d’un algorithme spécial créé par Jonathan Basile. Chaque page a un numéro unique qui lui est propre et qui l’identifie dans la bibliothèque. L’algorithme utilise ensuite ce numéro de page pour générer un nombre pseudo-aléatoire unique qui est lui-même converti en base 29, c’est-à-dire en texte utilisant les 29 signes cités précédemment : le texte de la page est généré. Le même numéro de page créera donc la même page à chaque fois.

L’opération inverse est possible : à partir d’un texte, l’algorithme peut retrouver le numéro de la page le contenant et donc la « localisation » de la page. En quelque sorte, le contenu de la page est prédéterminé et existe déjà, certes perdu dans la gigantesque botte de foin de cette bibliothèque, mais bel et bien réel.

Tout ce que vous écrirez ou pourriez écrire est déjà là, quelque part. Il suffit juste de chercher.

Gary Dagorn



http://libraryofbabel.info/

Création ou crémation? Serait-on grillés d'avance par l'IA

par seyne, samedi 14 septembre 2019, 18:16 (il y a 204 jours) @ Soledad

je ne comprends pas bien, et à vrai dire ça me donne une sensation plus nauséeuse que vertigineuse...je n’aimerais pas aller dans cette bibliothèque où on chercherait quelques pages signifiantes dans d'innombrables livres baragouinant. Et aucun nom sur la tranche.

Création ou crémation? Serait-on grillés d'avance par l'IA

par seyne, samedi 14 septembre 2019, 22:45 (il y a 204 jours) @ seyne

...non, je me trompe : pas la tranche, le dos.
ce qu’on voit dans une bibliothèque, qui porte le nom de l’auteur et le titre du livre.

Création ou crémation? Serait-on grillés d'avance par l'IA

par Soledad, samedi 14 septembre 2019, 23:28 (il y a 204 jours) @ seyne

Personnellement, ça m'effraie...de savoir qu'une machine a désormais la capacité d'agencer des milliards de milliards d'éléments et d'en ressortir tous les agencements possibles, m'effraie...
À la lecture de cet article, je me suis demandé si l'écriture est bien un critère d'humanité. Ma conclusion est qu'uniquement dans sa forme...non. Il en est de même pour l'image et même les scenarii de films. Maintenant mon autre questionnement est : Comment créer du purement humain à partir de simples symboles écrits. Dans un écrit : où, demeure la part d'humanité si ce n'est pas dans la façon d'exprimer ?
J'ai essayé avec des poèmes en vers et je dois dire que là, la machine est beaucoup moins performante. Les coupures effectuées par l'auteur sont imprévisibles et si le texte s'y trouve, pas la forme.
Je pense que j'en ai pour un petit bout de temps avant de me faire une idée personnelle et de tester...
Après, je crois que cela peut nous permettre de cultiver des qualités purement humaines comme l'humilité et de nous ramener à notre simple condition d'éphémères. À voir...

Création ou crémation? Serait-on grillés d'avance par l'IA

par au phil de la vie, dimanche 15 septembre 2019, 11:17 (il y a 204 jours) @ Soledad

Libre à vous de vous prosterner devant des machines dénuées d'esprit, et vous rendre malheureux pour rien.
Libre à chacun.

Création ou crémation? Serait-on grillés d'avance par l'IA

par Soledad, lundi 16 septembre 2019, 02:43 (il y a 203 jours) @ au phil de la vie

J'essaye de ne pas me laisser influencer par mon éducation, j'accepte l'expulsion du paradis et les souffrances qui s'y rattacheraient contre ma liberté de comprendre, connaître et choisir.
Et oui, l'esprit des mots... Il est fort possible que toute l'humanité soit là. Mon questionnement et ma recherche actuels tournent autour du comment arriver à transmettre une intention et de l'esprit à travers les mots que nous utilisons. Comment nous différencier et revendiquer une humanité à travers l'écriture ? Sommes-nous conditionnés (ou serions-nous "conditionnables") pour répondre par des sensations à des stimuli, qu'une machine pourrait très bien produire, ou l'esprit humain peut-il insuffler de la vie aux mots pour différencier une production mécanique d'une expression humaine ? En clair une expression humaine et une expression algorithmique sont-elles différenciables et si ce n'était pas le cas, qui pourra nous garantir que les auteurs de certains écrits(et pas seulement littéraires, politiques aussi) ne seraient en fait que des machines conçues pour produire du contenu conforme aux réactions d'un public "orienté" ? C'est déjà le cas pour certains hommes politiques qui n'ont pas écrit une ligne des ouvrages publiés en leur nom mais là: On généraliserait le procédé dans le but de vendre ?
Annie nous parlait de la Culture imposée, qui nous dit que, demain, un prix littéraire ne pourrait pas être écrit par une machine qui réussirait à toucher notre plus profonde sensibilité ? En allant plus loin, pourquoi la machine ne pourrait-elle pas créer des récits dont la forme varierait en fonction de notre personnalité ?
L'écriture ne serait plus alors une expression d'écrivains mais une commande des lecteurs formatés ?

Création ou crémation? Serait-on grillés d'avance par l'IA

par seyne, lundi 16 septembre 2019, 09:38 (il y a 203 jours) @ Soledad

j'ai envie de prendre les choses d'un autre côté : celui de l'aléatoire. Si j'ai bien compris, c'est ce que génère ton algorithme : de l'écriture aléatoire qui, parce que tout est mémorisé, finit par produire, aléatoirement, du sens.
Or, les artistes ont un rapport très fort au hasard. Peut-être un artiste est quelqu'un qui produit du sens à partir du hasard. Hasards de sa vie, hasards de ce qu'il a sous les yeux, hasards du matériau qu'il travaille.

Le danger de ta machine, ce serait que nous en arrivions à ne choisir que ce que nous avons déjà choisi, ou qu'on nous amène insidieusement à choisir...mais c'est déjà le cas actuellement, la plupart du temps.
Heureusement, l'esprit humain a aussi un appétit profond pour ce qu'il ne connaît pas, et aussi pour ce qui le heurte. C'est une des pouvoirs de la poésie. Alors peut-être que dans la production océanique de ton algorithme, pas mal de gens parviendraient à extraire constamment des gouttes d'eau-de-la-poésie.

Création ou crémation? Serait-on grillés d'avance par l'IA

par dh, lundi 16 septembre 2019, 09:39 (il y a 203 jours) @ seyne

Or, les artistes ont un rapport très fort au hasard.>>>


oui, et aussi au hasarT (philippe jaffeux).

Création ou crémation? Serait-on grillés d'avance par l'IA

par Soledad, lundi 16 septembre 2019, 11:01 (il y a 203 jours) @ seyne

Merci pour ta réponse Seyne.

Par contre ce n'est pas MA machine mais UNE machine.

Oui, comme tu dis "c'est déjà le cas actuellement".
Effectivement, l'Humain en tirera toujours quelque chose, mais cela ne répond pas à la question de savoir distinguer ce qui est de l'ordre de l'humain et ce qui ne l'est pas.

Il existe la même chose pour des personnes qui n'existent pas

https://www.numerama.com/tech/464241-ces-gens-nexistent-pas.html

ou le scenario d'un films

https://www.lemonde.fr/pixels/article/2016/06/10/une-intelligence-artificielle-ecrit-le-scenario-d-un-court-metrage_4947819_4408996.html

Lorsque plus rien de matériel n'échappera plus à la machine. N'aura-t-elle plus qu'à nous faire à son image ?

Pour l'instant, la seule alternative d'y échapper que je vois est de chercher le moyen d'y mettre de la conscience. Beaucoup de choses que je lis sur des forums ou des blogs alternatifs, les essais de rupture de style, les nouvelles formes d'écriture, les innovations dans ce domaine, me semblent riches et porteuses d'humanité, quelle que soit ma façon de ressentir ces productions.
Je crois aussi que nous avons énormément à apprendre de ce que l'on nomme parfois l'art primitif dans ses différentes démarches.

Création ou crémation? Serait-on grillés d'avance par l'IA

par seyne, lundi 16 septembre 2019, 11:14 (il y a 203 jours) @ Soledad

ah! ce n'est pas toi qui l'as inventée , je suis déçue ;)
peut-être, au point où nous en sommes de cette discussion, pourrait-on dire que ce qui différencie l'humain de la machine c'est la question du choix.

Création ou crémation? Serait-on grillés d'avance par l'IA

par au phil de la vie, lundi 16 septembre 2019, 11:25 (il y a 203 jours) @ Soledad

En fait, vous faites totalement abstraction des lobbys économiques et politiques, ainsi qu'idéologiques, qui poussent vers la déshumanisation, et le transhumanisme (l'humain augmenté pour les dominants). Comme si ce machinisme n'avait pas pour base une volonté de certains hommes d'instaurer un "ordre nouveau". Comme s'il s'agissait d'un phénomène quasi naturel. De même que le capitalisme.
C'est une vue de l'esprit déconnectée des réalités. Voici pourquoi vous êtes conduit à raisonner par sophismes.

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par au phil de la vie, lundi 16 septembre 2019, 11:41 (il y a 203 jours) @ Soledad

Non pas l'esprit des mots, mais l'esprit qui guide l'agencement des mots.
Je ne connais pas votre éducation, mais vu vos propos vous n'êtes pas croyant (ou plutôt, comme j'ai pris l'habitude de répondre, vous croyez qu'il n'y a rien.) Même pas l'esprit humain.
Les livres de commande existent depuis qu'il y a des livres, ce n'est pas nouveau. Ce ne sont pas des machines qui les écrivent pour autant. Et le reste, à l'avenant, sort aussi de votre imagination.
Si vous voulez vous retrouver, cela risque de passer par les émotions. Je peux vous conseiller de lire les livres de John Fante, qui avait le courage de les reconnaître, et le talent d'en faire des histoires.

Création ou crémation? Serait-on grillés d'avance par l'IA

par au phil de la vie, dimanche 15 septembre 2019, 10:36 (il y a 204 jours) @ Soledad

Totalement absurde et idiot !
Prendre au sérieux de telles absurdités relève du grotesque !

https://fr.wikipedia.org/wiki/Machine_%C3%A0_%C3%A9crire_(Gulliver)

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par au phil de la vie, dimanche 15 septembre 2019, 10:45 (il y a 204 jours) @ au phil de la vie

"Mais le monde verrait bientôt l’utilité de son travail. Il se flattait, quant à lui, d’avoir eu la plus noble idée qui eût jamais été conçue par une cervelle humaine. Chacun sait au prix de quels efforts s’acquièrent actuellement les arts et la science, tandis que, grâce à son invention, la personne la plus ignorante sera, pour une somme modique et au prix d’un léger travail musculaire, capable d’écrire des livres de philosophie, de sciences politiques, de droit, de mathématiques et de théologie, sans le secours ni du génie ni de l’étude.
Il me fit donc approcher de cet appareil, près des côtés duquel ses disciples étaient alignés. C’était un grand carré de vingt pieds sur vingt, installé au centre de la pièce. Sa surface était faite de petits cubes de bois, de dimensions variables mais gros en moyenne comme un dé à coudre. Ils étaient assemblés au moyen de fil de fer. Sur chaque face de ces cubes était collé un papier où était écrit un mot en laputien. Tous les mots de la langue s’y trouvaient, à leurs différents modes, temps ou cas, mais sans aucun ordre. Le professeur me pria de bien faire attention, car il allait mettre la machine en marche. Chaque élève saisit au commandement une des quarante manivelles de fer disposées sur les côtés du châssis, et lui donna un brusque tour, de sorte que la disposition des mots se trouva complètement changée ; puis trente-six d’entre eux eurent mission de lire à voix basse les différentes lignes telles qu’elles apparaissaient sur le tableau, et quand ils trouvaient trois ou quatre mots qui mis bout à bout constituaient un élément de phrase, ils les dictaient aux quatre autres jeunes gens qui servaient de secrétaires. Ce travail fut répété trois ou quatre fois, l’appareil étant conçu pour qu’à chaque tour de manivelle, les mots formassent d’autres combinaisons, à mesure que les cubes de bois tournaient sur eux-mêmes…
Les jeunes étudiants passaient six heures par jour à ce travail, et le professeur me montra un bon nombre de gros in-folio, contenant les textes déjà recueillis sous forme de phrases décousues et qu’il avait l’intention de refondre entre elles ; il espérait tirer de ce riche matériau une Somme scientifique et philosophique qu’il présenterait au monde."
Jonathan Swift, les voyages de Gulliver, IIIe partie
Voyage à Laputa, aux Balnibarbes, à Luggnagg, à Gloubbdoubdrie et au Japon, Chapitre V.
Traduit par Jacques Pons d’après l’édition d’Émile Pons, Éditions Gallimard (Folio Classique)