Ostinato

par 411, vendredi 15 novembre 2019, 16:57 (il y a 75 jours)

il y a ce lit où tu te lèves
où tu t’endors et penses et sues
dans des draps blancs de 2013
dans une pensée sans issue

il y a ce lit ce bleu lino
et puis ce petit coin bureau
où tu écris où tu te saignes
gavant de signes tes cahiers

où tu retrouves la parole
sous l'effet d'un fouillis baroque
il y a la mort
des sentiments
de quelques uns des sentiments

quelques naissances de délires
divers mais toujours convaincants
et tu te sens comme engourdi
il y a des cris parfois la nuit
tant certains sont hallucinés

il y a le réveil à 7h
la prise des petits cachets
puis la bataille du p’tit dèj
où chacun cherche un pain moins mou
et fait main basse sur le beurre

on se dispute
la confiture
assis par 4
on se regarde
boit le café
sans caféine

et puis on fume
on fume
et puis après on fume

et certains pleurent
d’autres s’en foutent
le coin fumeur est le poumon
de nos malheurs de nos outrages
qui font parfois baisser les têtes
de honte
d’effroi
ou de colère

le coin fumeur cour des miracles
où se défont les mots d’un sens
compréhensible par à-coups

et lise marche et lise est rouge
tant sa colère l’envahit

puis lise tombe en dépression
et ça peut durer la saison

nico lisse inlassablement
les plis de son pantalon bleu

abdel s’est perdu dans ses doigts

on fait circuler du poppers
et puis on rit
15 secondes
et ça suffit

bleu devient cri
un beau vermeil
des signes naissent
dans le soleil
nicolas lisse
lise est lassée
abdel contemple ses doigts fins

on se croirait dans un coussin

les infirmiers tâchés de blanc
veillent sur tes pathologies
ils sont si blancs les infirmiers

et chaque nuit tu te répètes
comme un verset comme un mantra
que demain sera le grand jour
que tu seras le seul absent

*

Ostinato

par dh, vendredi 15 novembre 2019, 17:34 (il y a 75 jours) @ 411

lu en entier, j'aime bien.

ostinato est aussi un très bon livre de l r des forêts.

Ostinato

par Myrtille, samedi 16 novembre 2019, 09:53 (il y a 74 jours) @ 411

Trop bien, du vécu, tellement cela parait vrai, ou le regard d'un bon cinéaste.

Ostinato

par Périscope @, samedi 16 novembre 2019, 10:24 (il y a 74 jours) @ 411

sous la simplicité du quotidien se lit la complexité d'exister

l'ostinato des jours répétés


le "il y a", fameuse formule venue de chez Apollinaire, Supervielle et d'autres

le "il y a" sonne comme un carillon, angélus... alléluia

Ostinato

par 411, samedi 16 novembre 2019, 12:46 (il y a 74 jours) @ Périscope

Merci à vous. Je suis heureux qu'il y ait ce côté cinématique. Et oui, c'est ça l'idée de l'ostinato: les jours qui se suivent et se ressemblent, la forme fixe.

Petit à petit je vais continuer à développer cette suite.

Ostinato

par sobac @, samedi 16 novembre 2019, 11:03 (il y a 74 jours) @ 411

Il y a la pluie le vent, mais aussi le soleil qui réchauffe
Car tenir, même déterminé, implique la volonté
Alors le courage prend le relais

Il y a des jours de sourires et d’autres de grimaces
Des jours où on se lasse, et des arrivées super classes
Et puis aussi envisager une suite dans un palace

Il y a ces regards, milles paires d’yeux aux aguets
Comme des prières qui veulent nous guider
pour Un réconfort journalier,


j'ai bien aimé la progression de ton texte et ce quotidien que l'on ne dompte pas toujours alors on s'en accomode

Ostinato

par Myrtille, samedi 16 novembre 2019, 11:28 (il y a 74 jours) @ 411

Dans ma tête il y a des nuits
Des sommeils qui tuent le silence

Dans ma tête il y a de la pluie aux carreaux
Du vent sous les paupières
Jusqu’à la vague qui noie les heures

Dans ma tête il y a des avions
Et des oiseaux dedans
Des voyages qui passent
Des déserts enlisés au fond des draps

Dans ma tête il y a la mer
Une prison entre elle et moi
Un fourreau qui protège du froid
Un bas de soie galbant l’insomnie
Dans une chaussure de verre

Dans ma tête il y a des trains
Le noir des tunnels à deux pas de la lampe
Le hurlement du métal contre la peau
Des plaies sorties de mes bras
Des précipices à hauteur d’homme

Dans ma tête il y a un cercle qui m’isole
La foudre dans l’immobilité d’un cierge éteint
Prisonnière de l'air
Elle vient chaque nuit noircir les murs

Dans ma tête je suis ailleurs
A la merci des vents contraires
Je suis en plein océan
Fluide dans mon propre poing

Dans ma tête il y a des mouches
Collées sur la bouche
Pris au piège
Le corps s'agite

Dans ma tête il y a l'assassin de la nuit
des mains qui se portent sur le visage
la salive brille et nourrit les heures

Ostinato (pour Myrtille)

par 411, samedi 16 novembre 2019, 12:48 (il y a 74 jours) @ Myrtille

C'est chouette ça. Tu l'as écrit d'un jet?

Ostinato (pour Myrtille)

par Myrtille, samedi 16 novembre 2019, 17:11 (il y a 74 jours) @ 411

Je ne sais pas reprendre plus tard. Pour moi revenir plus tard c'est sabrer le trop, mais le canevas est tissé me permettant d'enlever mais pas de rajouter car l'état d'esprit du moment n'est plus là. Merci.

Ostinato (pour Myrtille)

par ¨Périscope @, samedi 16 novembre 2019, 17:39 (il y a 74 jours) @ Myrtille

il me semble là qu'on est plus proche de l'anaphore que de l'ostinato

Ostinato (pour Myrtille)

par 411, samedi 16 novembre 2019, 17:51 (il y a 73 jours) @ ¨Périscope

C'est vrai que j'utilise beaucoup l'anaphore. Mais je vois les textes comme des partitions musicales. Je fais du hautbois et j'ai fait pas mal de solfège. Et j'aime beaucoup tout ce qui se rapporte au "langage" musical.
Après, c'est clair qu'on est loin d'un ostinato dans la pure tradition baroque. Mais c'est comme la musique répétitive: j'adore ça !