Moments z'ordinaires

par Périscope @, samedi 30 novembre 2019, 09:36 (il y a 247 jours)

Moments z’ordinaires


Aujourd’hui la ligne des collines
trace la journée,
jusqu’à peut-être ce soir.
Et le déplacement d’air de la queue du chat,
ressemble déjà à une présence.
La fille, à l’arrêt du bus,
dans un rayon de soleil, se prend en photo.
Le bourdon des cloches
se confond au dimanche silencieux.
Mes belles chaussures sont des hirondelles,
si bien que je fais des vols planés,
et je vois des mimosas se balancer,
tandis qu’un cumulonimbus passe.
La fille allume sa bougie. Ses yeux brillent.
Elle ne pleure pas. La flamme au contraire danse un peu.
Le soleil est jaune,
dans le ciel bleu,
sur la campagne verte, aujourd’hui,
c’est exact, géométriquement exact.
Et une pie sur une branche de pin
est rejointe par une autre pie. C’est tout.
Merci ombres et lumières de rendre visible,
sans dévoiler le mystère.
Bébé, dans sa chaise,
regarde devant lui sa grosse mère,
bouffer une glace.
Le matin, je tourne mon café comme un
mortier, dur dans mon bol, pour tenir toute la journée.
Je n’ai plus que ma respiration
pour identité.
La table de ping-pong dehors,
se repose, sous des nappes d’eau lisses et tranquilles.
Un insecte noir grignote la pomme mûre,
l’avenir ronge l‘instant présent.
La blancheur soudaine des azalées,
est comme un sourire tombant du ciel.
Devant moi le grand fleuve coule,
en plein soleil,
tandis que je téléphone à l’hospice.
De l’horloge j’ai bloqué le lourd balancier ;
une demi victoire sur le temps.
Avec les débris de ma vie,
j’ai réussi à faire une cabane.
Il y a des pays,
où la lumière est si fatiguée,
qu’elle ne donne plus d’ombre aux gens.
Sur le muret, courent des escargots.
Les enfants jettent des brindilles sur leur passage.
Déjà dans le râle des animaux,
on entend celui des humains.
Moi, je n’suis pas du matin, dit la fille,
en bâillant, une âpre odeur de nuit aux lèvres.
Ce midi nous irons place Clichy manger des fruits de mer,
et après tu m’ouvriras ton coquillage.
Le souffle de la clim,
dans les vieilles guimbardes,
fait comme un chant de pluie,
pendant l’hiver.
Alors pour expier nos fautes,
le bureau on le range,
les vieux papiers on les jette,
et sa femme on l’aime.
Les films lents sont des trains
qu’on prend en marche,
et ils mènent nulle part au bout du voyage.
Entre chien et loup,
dans la belle voiture des parents,
les bocages griffus défilaient.
Dans le hall,
les yeux brillants des filles
demandent si vous avez amené du Champagne.
Non.
Je jouais dans les vagues,
je suis tombé, et me suis noyé :
souvenir de plage à Saint-Aubin-sur-Mer.
C’est toujours comme ça,
les lacets des chaussures se cassent,
avant l’usure complète des semelles.
Et c’est quand cesse le bruit
du long remplissage de la baignoire,
que flotte enfin un silence.
Devant le banc de pierre
il y a une mare où se reflètent des grands peupliers.
Sur les quais, s’entassent des bagages,
et si un petit enfant pleure parmi eux, que faire ?
Seules les feuilles mortes dans les parcs
sont vraiment solidaires ;
elles bouchent les égouts.
Même un jour férié,
on doit manger,
sans avoir travaillé pour mériter son pain.
Je me lève alors de table.
Quelqu’un me dit ;
« Qu’est-ce qui te manque ? »
« Quelque chose ! ». Et je ne reviens pas.

Mais la nuit escamote
les jambes fines des choses,
et ne restent que des corps en suspens.

Moments z'ordinaires

par sobac @, samedi 30 novembre 2019, 11:40 (il y a 247 jours) @ Périscope

ce sont des moments d'antan , d'après guerre, quand la France semblait repartir du bon pied
en même temps c'est la France de maintenant , un peu au ralenti, un peu interrogative , souvent peureuse
l'ordinaire a la saveur de la réalité et c'est cela qui est très juste

en 2011 j'ai écrit ce texte


Scènes de la vie ordinaire

Je rase les murs, avec ma crème
Pas de client dans le Landerneau
Encore une journée sans kopecks
La météo n’a pas dit son dernier mot

Deux nones passent sur une mobylette
Avec un stock de cierges usagés
Pas facile de les refourguer
D’occases, ce n’est pas le pied

Un clochard hèle une belle, étonnée
Je materai bien vos seins ma jolie
Ni une ni deux, la voilà déshabillée
Même la police a vraiment apprécié

Le coq de la ferme d’à côté s’est échappé
Contrarié par l’aura d’un plus jeune
Il décide de s’acoquiner avec le chat
Pour traquer les poules horrifiées

Trois marins en bordée, sur le quai
Éclusent à volonté une bière rousse
Passe une Irlandaise à la chevelure
Qui rivalise avec le houblon déjà bu

Une marchande des quatre saisons
Solde en automne les invendus d’été
Légumes et fruits à la mine éventée
Mais prêts à affronté le qu’en t-on

Les cloches de l’église sont détraquées
Le curé s’est assoupi au confessionnal
Après les révélations de Mme Irma
Il y aurait dans le bourg des filles immaculées

Les raisins de la colère seraient la cause
De cette violente altercation, entre
Deux producteurs ivres de vengeance
D’avoir tanisé plus que de raison

Encore des éclats de voix au bistrot
Les partisans du loto n’apprécient pas
Les turfistes et leur chevaux en mal d’avoine
La taulière met tout le monde a l’apéro

Devant le distributeur de billets, le banquier
Un frileux, qui marche sur des œufs
À un panneau accroché dans le dos
Le crédit du jour est mort et enterré

Voilà une matrone désargentée, en bigoudis
Avec elles les commères du quartier
Des maris seraient partis au bois
À savoir ce qu’ils ont scié après

Un client vient vers moi, sa barbe
N’a pas vu un rasoir depuis des années
Ma crème va enfin être utilisée
Par ici la monnaie, je suis le roi de la journée

Moments z'ordinaires

par Périscope @, mercredi 04 décembre 2019, 10:52 (il y a 243 jours) @ sobac

Ce n'est pas le Barbier de Séville mais presque...

humours et détails pas mal


Seyne,
oui la vie, sans idéalisation ni opinion,
un regard qui glisse sans pouvoir s'arrêter,

Merci Seyne pour tes mots justes

Moments z'ordinaires

par Quelqu'un, jeudi 05 décembre 2019, 09:12 (il y a 242 jours) @ Périscope

L'idéalisation consiste à appréhender les choses telles qu'on veut les voir. L'humanité est la forme suprême de l'idéalisation. La politique consiste à insérer des pans de réalisme dans le corps du réel. Mais la saveur d'un temps qui n'existe pas s'il est amené à décrire une réalité qui ne ressemble absolument pas au monde politique, est la plus haute idéalisation.

Moments z'ordinaires

par seyne, mercredi 04 décembre 2019, 09:25 (il y a 243 jours) @ Périscope

toujours cette impression kaléidoscopique : la vie, sans idéologie, sans idéalisation, mais regardée avec chaleur, avec un regard ouvert et amusé.