La limite des mots disponibles

par Périscope @, vendredi 10 juillet 2020, 16:42 (il y a 81 jours)

La limite des mots disponibles

Le soleil rase le sol et fait pousser la poussière,
c’est pour cela que Flavien accumule sur Margot
un sémillant filet d’eau qui peut devenir un lac d’amertume.
Mais Emma culpabilise Flavien. Il doit se raser,
pour être lisse et que l’épreuve ne s’accroche pas à lui.
Ensuite il danse avec Rosemonde. Il paraît que chez les babouins
une grimace suffit pour déclencher une mini-émeute.
Margot bâille de contentement et précise quand même que les hommes
ne sont pas uniquement des usines à gazs mais aussi des usines à rêves,
ce qui fait sauter Rosemonde dont la beauté n’existerait pas sans notre regard.
Emma crochète Margot, qui comme une goutte d’eau,
se suspend à la rambarde du balcon.
Combien de temps va-t-elle tenir ainsi ?
Arrive Robin.
Rosemonde arrête alors de danser, car le ventre gras d’une vahiné en dansant,
forment des vagues.
Robin touche Margot.
Margot est scotchée à Robin.
Deux personnes devant un lavabo inévitablement se bousculent.
Dehors le hululement de la chouette dépeint le paysage,
et la demi-lune éclaire entièrement le parquet.
Flavien voudrait perforer Robin qui à présent joue et pédale avec Margot,
dont le métier est caissière, elle commence à sourire
seulement juste avant la fermeture de son magasin.
Son quotidien nous fait rêver parce qu’il n’est pas le nôtre.
Pour Margot et Robin, il ne leur reste plus à manger
que quelques pommes de Cézanne.
Flavien est un dictateur, il reposait dans un cimetière de campagne.
Etre cloué au lit est une crucifixion vivante sans fin.
Alors il boxe, il se gonfle, il surveille, il urine, il défèque,
un homme d’Etat ne s’intéresse aux catastrophes sentimentales
que si elles favorisent son élection.
Robin est vite compressé et dompté. Les lentes agonies
nous aident à mieux aimer les couchers de soleil.
Rosemonde et Emma sont lacérées de peur.
Bien sûr les métaphores en période de censure font du rebelle un poète.
Les nuages sont alors les lunettes du soleil
et les peupliers les gardiens des rivières.
Robin camoufle Rosemonde.
Rosemonde embrasse et touche Margot.
Embrasser, caresser, étreindre est une réponse à aucun pourquoi.
Flavien gicle. Il dit que c’est par l’extrémité de soi qu’on repeuple le monde.
Il y a de l’humidité dans l’air, chantonne craintivement l’électricien,
ce serait le métier de Flavien. Il aimerait beaucoup tresser
les cheveux de Margot mais elle est chauve. La poésie traduit par des mots
ce qui est inconnu aux mots, et chaque parole se situe entre deux souffles :
le premier et le dernier.
Robin hurle qu’il a surpris des républicains dormant d’un sommeil royal.
Rosemonde a cessé de bouger, elle brûle. Elle ne sera bientôt plus qu’un souvenir,
un linge transparent dont par les mots on retrouve la texture.
Mais tous souvenirs heureusement demeurent tangibles par son poids de poussière.
Combien de pères fantomatiques ainsi sont ils recherchés par de vrais enfants ?
Emma s’empile sur les autres filles. Autrefois sous leur chapiteau, les filles avaient
des cordages qui soutenaient leurs bas, dans leur fente s’époumonaient des cracheurs de feu.
Si Grégoire était là, il inciserait tout le monde de son tatouage salvateur.
Son empathie comprendrait la malveillance des gens.
Partout se répandrait la fraîcheur, un baiser de nature à la salive de pluie.
Les trilles de Grégoire, costumé en loriot, tireraient un à un les fils bleus du jour.
Le niveau des rivières baisserait, laissant apparaître les carcasses de voitures.
Le disque solaire diffuserait de la musique.
C’est la femme la première qui a fait du bruit en mangeant la pomme,
répète Robin, le malintentionné.
Avec Grégoire, les mimosas à eux seuls recréent la lumière.
Le choc des assiettes qui se cognent fait sursauter Margot,
les amis qui souffrent vous passent amicalement leur souffrance,
et sur la fenêtre au mois de juillet, une étoile de Noël encore collée,
rappelle que ne plus écrire empêcherait naturellement notre lâcheté
à nous réfugier dans les mots,
tandis que la nuit, l’océan frappe à la porte,
et que si le matin on lui ouvre,
l’océan repart préférant l’horizon à notre hospitalité.
Les vivants n’en finiront jamais de s’exprimer tant qu’ils seront visibles,
gazouille l’oiseau Grégoire, sur sa branche.

La limite des mots disponibles

par sobac @, vendredi 10 juillet 2020, 18:37 (il y a 81 jours) @ Périscope

les vivants ont encore beaucoup a apprendre et donc à écouter , l'avantage c'est qu'ils ont du temps devant eux car on ne sait pas quand la mort viendra berçait nos rêves futur

très bon texte qui ricoche comme un galet que l'on lance en rivière

La limite des mots disponibles

par Périscope @, dimanche 12 juillet 2020, 11:28 (il y a 79 jours) @ sobac

Merci sobac d'avoir vu et entendu les ricochets

Une poignée de prénoms médiévaux
Une liste de verbes actifs
Des phrases fragmentaires entre deux
sans oublier les conjonctions de coordination qui créent une apparence de lien

le mécanicien et la plante

par dh, dimanche 12 juillet 2020, 13:52 (il y a 79 jours) @ Périscope

en voyant les justifications explications de périscope, j'ai toujours l'impression qu'il considère le poète comme une sorte de mécanicien qui dispose d'une boîte à outils (espitalier) et de pièces détachées qu'il assemble comme avec un jeu de légo ou de mécano.

moi je vois le poète comme un être organique, une plante par exemple, qui absorbe sa nourriture de son environnement, et croit lentement, sans fournir une quelconque justification. c'est tout à fait dans la tradition des lettres aux jeune poète de rilke.

il est évident que la poésie contemporaine penche plus du côté de périscope.

le mécanicien et la plante

par Florian, dimanche 12 juillet 2020, 19:46 (il y a 79 jours) @ dh

Autant ne pas donner d'arguments finalement que nous sortir ce genre de fadaises. Se laisser porter par son environnement s'il n'y a pas de construction derrière c'est finalement conserver sans cesse le même sentiment et provoquer encore et toujours le même scénario. Se laisser porter par le train en marche.
Bien sûr être acteur signifie en partie subir mais il faut savoir de quoi on parle. Si c'est pour sombrer dans une poétique sans innovation et dépressive et au fil du temps arrêter faute de moyens... Autant s'ouvrir un peu à des formes différentes de la sienne.


(je m'amuse bien sûr)

le mécanicien et la plante

par dh, dimanche 12 juillet 2020, 21:03 (il y a 79 jours) @ Florian

au fil du temps arrêter faute de moyens>>>


si c'est de moi que tu parles, je n'ai pas écrit de nouveaux poèmes depuis mai 2018 c'est vrai, mais il n'est pas exclu que je reprenne un jour... d'ailleurs mon autofiction devrait paraître en 2021...

le mécanicien et la plante

par Périscope @, lundi 13 juillet 2020, 10:54 (il y a 78 jours) @ dh

je suis aussi une plante qui absorbe la nourriture de son environnement. Il me serait difficile de faire autrement. Je ne fais même que cela. Je ne cherche pas à me justifier, de quoi d'ailleurs ?

Ma nourriture est peut-être différente de la tienne. Et c'est normal.
Je ne considère en rien le poète.
J'écris simplement. Je cherche avec "les outils" du langage des manières diverses
pour m'exprimer. Bien sûr il y a du jeu.
Après je suis lecteur de ce résultat, souvent étonné (sans forfanterie). J'aime bien les surprises que l'écriture procure.
Je suis souvent en quête de sujets. Lire certains auteurs m'aide beaucoup.
Raconter ma vie, mes sensations directement m'ennuie profondément.

le mécanicien et la plante

par dh, lundi 13 juillet 2020, 11:00 (il y a 78 jours) @ Périscope

Lire certains auteurs m'aide beaucoup>>>


lesquels ?

le mécanicien et la plante

par Périscope @, lundi 13 juillet 2020, 11:17 (il y a 78 jours) @ dh

Cela dépend des périodes.

Bobin, Lautréamont, Goffette, Violette Leduc, Modiano, Handke, V.Woolf, Sarraute,
J.P. Manchette, Jacottet...

le mécanicien et la plante

par dh, lundi 13 juillet 2020, 11:48 (il y a 78 jours) @ Périscope

jamais lu Leduc et manchette.

il y a une phrase que je ne comprends pas :

Je ne considère en rien le poète.>>>


un poète, c'est bien quelqu'un qui écrit des poèmes, comme des millions de personnes dans le monde, non ?

le mécanicien et la plante

par Périscope @, lundi 13 juillet 2020, 15:14 (il y a 78 jours) @ dh

je voulais dire je n'ai pas de considération particulière sur la poésie et les poètes
dont je lis quelques uns et même de en plus maintenant.

Violette Leduc : romancière, années 70, lire L'affamée, particulièrement

Jean Patrick Manchette : auteur de polars (qualifié d'extrême gauche...) dont j'aime bien le style



Je rajoute Echenoz et Eugène Savitzkaya

le mécanicien et la plante

par dh, lundi 13 juillet 2020, 15:31 (il y a 78 jours) @ Périscope

les poètes dont je lis quelques uns et même de en plus maintenant.>>>


tu as déjà cité bobin et jacottet et lautréamont... qui d'autre ?

le mécanicien et la plante

par Périscope @, lundi 13 juillet 2020, 19:20 (il y a 78 jours) @ dh

Guillevic, Savitzkaya, Agotha Kristof, Novarina (parfois), Tarkos,

... ...

le mécanicien et la plante

par dh, mardi 14 juillet 2020, 09:52 (il y a 77 jours) @ Périscope

guillevic et tarkos, oui.

novarina, bof.

les autres connais pas.

le mécanicien et la plante

par Périscope @, mardi 14 juillet 2020, 10:06 (il y a 77 jours) @ dh

et aussi

William Cliff

pour son autobiographie en poèmes

le mécanicien et la plante

par dh, mardi 14 juillet 2020, 10:56 (il y a 77 jours) @ Périscope

ah oui, cliff, c"est bien.