le livre : produit essentiel ?

par dh, vendredi 06 novembre 2020, 15:40 (il y a 73 jours)

pour mémoire, j'ai vécu jusqu'à 30 ans dans une ville de la banlieue de Versailles de 15.000 habitants et il n'y a jamais eu de librairie.

pire que ça, une librairie avait essayé de s'implanter et elle a fait faillite au bout de 6 mois, faute de clients (amazon et le reste n'existaient pas à l'époque).

à mon avis les vrais remparts contre l'obscurantisme c'est les bibliothèques publiques et le prêt gratuit. beaucoup plus que les libraires , souvent incompétents d'ailleurs.

le livre : produit essentiel ?

par David Haybon @, vendredi 06 novembre 2020, 16:34 (il y a 73 jours) @ dh

Même si je ne suis pas d'accord avec vous concernant l'incompétence des libraires (il me semble que la situation est plus complexe que ça et les individualités nombreuses), je vous rejoins quand laissez entendre que ce qui importe c'est l'acte de lire, pas celui d'acheter un livre. Mais chacun défend son bout de gras. J'ai un ami alcoolique qui s'inquiétait sans ironie de la tournure que prenaient les choses, et se demandait comment il pourrait s'en sortir si la vente d'alcool cessait.

le livre : produit essentiel ?

par dh, lundi 09 novembre 2020, 13:30 (il y a 70 jours) @ David Haybon

je précise mon propos :

je considère que la plupart des libraires font mal leur travail de conseil au lecteur : en effet, avant de conseiller un livre, le libraire devrait au moins s'enquérir de savoir quels sont les goûts et préférences du client, et ensuite l'orienter en conséquence.

mais les libraires s'en foutent : ils font de la prescription aveugle, sans tenir aucun compte de vos goûts et attentes. le résultat, c'est que je ne demande plus jamais conseil à un libraire.

le livre : produit essentiel ?

par David Haybon @, lundi 09 novembre 2020, 14:33 (il y a 70 jours) @ dh

J'estime que votre jugement concernant les libraires est un peu à l'emporte-pièce. J'en connais beaucoup qui ne correspondent pas à cette description. J'en connais aussi beaucoup d'autres qui y correspondent. J'en connais enfin beaucoup qui aimeraient faire correctement leur travail, mais ça n'est pas ce que leur direction leur demande : elle leur demande effectivement d'écouler de la merde et trimbaler des cartons. Vous savez, cher Denis, il y a 3300 librairies en France. Il me semble très audacieux de résumer la qualité de leur travail en deux ou trois phrasounettes vaguement mécontentes. On pourrait aussi bien affirmer que les boulanger fabriquent du pain dégueulasse ou que les cordonniers sont cons comme leurs pieds - ou que les poètes sont des personnes étriquées, frustrées par leur insuccès et aigres ; on pourrait ; aurait-on pour autant formulé un avis sur ces questions ? Je ne crois pas.

le livre : produit essentiel ?

par dh, lundi 09 novembre 2020, 15:13 (il y a 70 jours) @ David Haybon

oui, ce que vous dites est vrai, il ne faut pas généraliser.

vous êtes libraire vous même ?

un phénomène, cependant me semble général , particulièrement à paris. l'effet pervers des subventions allouées par le cnl.

en effet, le cnl distribue des subsides à des éditeurs, des auteurs, des revues, ET des libraires. ces derniers sont donc obligés de vendre en priorité les produit estampillés cnl, si ils veulent eux aussi avoir droit aux subventions.

le résultat est un formidable rétrécissement de l'offre, et une dichotomie de plus en plus caricaturale entre les produits de masse (marc levy, Houellebecq, etc...) et les produits cnl destinés à un minuscule cénacle de protagonistes qui s'auto congratulent en cercle fermé,

et dont les livres partent en majorité au pilon. tout ceci au détriment de la diversité de l'offre.

qu'en dites vous ?

(pour info, je n'ai jamais demandé de subventions au cnl. vous ne pourrez donc pas m'accuser d'être un auteur aigri à la suite d'un refus de subventions.)

le livre : produit essentiel ?

par David Haybon @, lundi 09 novembre 2020, 16:50 (il y a 70 jours) @ dh

Non, je ne suis pas libraire. Je ne travaille dans aucun des métiers du livre, sauf si on considère qu'écrire un roman et chercher un éditeur me fait appartenir à cette corporation - je ne crois pas. Et je connais un petit peu ce secteur par les hasards de la vie, pas davantage.

Je pense que vous vous fourvoyez à la fois sur l'intention du CNL et sur ses moyens. Le CNL a distribué en 2017 près de 25 millions d'euros d'aides diverses. Aux auteurs, aux traducteurs, aux éditeurs, aux directeurs de revue, aux libraires, etc. Parmi ces aides, 4 millions (en 2019, cette fois) ont été distribués à plus 400 librairies. Croyez-vous vraiment que le CNL ait la possibilité et les outils de contrôler, ensuite, tous ces libraires, vérifier le détail de leurs ventes et favoriser ceux qui vendent des livres estampillés CNL ?

Et surtout, je ne vois pas très bien quelle serait la motivation de cet organisme. Le CNL est une commission qui distribue de l'argent public et qui n'est pas du tout intéressée financièrement par la vente des livres. Les livres bénéficiant des bourses peuvent se vendre à 10 exemplaires, ou à 10 000, ça ne change strictement rien au fonctionnement du CNL ni à la quantité d'argent qui sera distribuée la fois suivante.

Quant à la diversité de l'offre : 48 000 nouveaux livres sont publiés chaque année. D'autre part, la totalité du fonds (des livres qui ne sont donc pas des nouveautés mais restent de façon permanente dans les rayonnages), s'élève à un peu plus de 100 000 exemplaires sur l'ensemble du parc (ce qui correspond à un nombre de titres différents oscillant entre 60 000 et 75 000).

Trop de livres partent au pilon, je suis d'accord avec vous. Plus de 140 millions d'exemplaires, ce qui représenterait 20% à 25% du stock annuel.

Trop peu de livres accaparent la majorité du marché, je suis d'accord avec vous aussi. Entre tous les maillons de la chaîne du livre, est-ce la faute des seuls libraires ? Est-ce, d'abord, la faute de qui que se soit ? Je ne sais pas.

Je ne vous traitais pas d'auteur aigri, rassurez-vous, je ne savais même pas que vous étiez auteur.

Et enfin, pour sortir de cette avalanche de chiffres (qui sont tous trouvables sur internet après quelques minutes de recherche), mon expérience personnelle me montre que certains titres subventionnés par le CNL sont faciles à trouver en librairie et d'autres pas du tout, et qu'en tout cas le fait pour un auteur de toucher une bourse ne signifie, malheureusement (ou heureusement) l'assurance d'une bonne diffusion - puisque vous savez que si les libraires possèdent une certaine marge de manoeuvre sur ce qu'ils vendent, elle est fortement tempérée par l'action des diffuseurs qui, eux, ont d'autre préoccupations que de satisfaire le CNL en favorisant ceux qui bénéficient de leurs subsides.

Voilà ce que j'en dis. J'espère avoir fait évoluer un petit peu votre point de vue.

le livre : produit essentiel ?

par dh, mardi 10 novembre 2020, 08:41 (il y a 69 jours) @ David Haybon

ok. j'entends bien vos arguments et ne souhaite pas polémiquer plus avant.

je vous souhaite bon courage pour l'écriture de votre roman et la recherche d'éditeur.

( j'ai moi même écrit un court roman qui devrait sortir en 2021 chez un petit éditeur de province. )

avez vous déjà des pistes dans votre recherche d'éditeur ?

le livre : produit essentiel ?

par David Haybon @, mardi 10 novembre 2020, 10:13 (il y a 69 jours) @ dh

L'important est que nous ayons pu échanger et chacun comprendre un peu mieux la position de l'autre.

Je suis en contact avec une éditrice du Seuil, qui semble intéressée par mon projet - mais bien sûr, tant que mon manuscrit n'est pas achevé et qu'elle ne l'a pas lu, ça ne signifie rien du tout.

J'espère que votre roman rencontrera ses lecteurs ! Les petits éditeurs de province disposent d'outils leur permettant de rivaliser avec les soi-disant grands éditeurs parisiens ! Après tout, deux des plus gros succès de l'an dernier, en fiction et en essai, sont l'oeuvre de petits éditeurs de province :)

Je vous souhaite le meilleur, en tout cas.