considérations sur le vivant (version finale ?)
je me demande d’où viennent les mains ; je crois me souvenir qu’elles ont poussé toutes seules, comme les pieds, la tête et tout le reste
aujourd’hui, je saisis tel objet que j’utilise, marche sur tel sol que j’ignore, et je ne m’en étonne plus ; je contemple le monde d’un œil blasé
la lassitude m’a envahi parce que j’ai trop vécu, ou pas assez ; enfin, ce que j’ai trop vécu n’en valait pas la peine
quand je m’en rends compte, je suis déjà vieux, je ne peux plus mettre un pied devant l’autre, j’ai le souffle court ; gravir les sommets n’est plus pour moi
le cerveau est devenu une bouillie grise et blanche ; une part en est à jamais perdue, qui se compte en milliards ; le reste du corps est à l’avenant, mais je voulais parler de l’esprit
je suis accablé par la pensée qu’il faille marcher vers la fin dans l’humiliation de la perte de soi
je voudrais me changer les idées, mais elles tournent en rond à l’intérieur d’une boîte crânienne comme des poissons dans un bocal
tout ce que je dis est pris dans quelque chose dont rien ne peut sortir, quelque chose dans quoi je suis pris moi-même, dont il n’existe pas de dehors, pas de point de vue extérieur, encore moins de vue d’ensemble. Je ne peux pas en parler puisque j’y suis ; je ne peux rien en dire puisque tout ce que j’en dirais en fait déjà partie. Quand je parle, ça n’est pas à propos de, ni sur ; c’est dedans, en plein, c’est ça, ce quelque chose qui contient tout ce que je dis ou plutôt dans quoi tout ce que je dis est pris
l’ennui vient comme la promesse de matins toujours plus brumeux ; il me phagocyte et persévère dans mon être ; il devient ennui même de soi, à partir de quoi plus rien n’est possible sauf l’ennui
le soir, je vais près du grand fleuve, je longe sa rive sur quelques kilomètres ; des lueurs passent devant les yeux, les pensées me traversent, j’écoute, suis attentif à la respiration, aux battements sourds d’un cœur ; pourtant je ne vois pas grand-chose, passe à côté
je lève les yeux vers un ciel qui m’écrase ; cette condition me navre
j’attends que quelque chose surgisse, et c’est là sans doute mon erreur, parce que c’est l’engloutissement qui me guette
je reste sidéré par la révélation de mon inanité, ne sais qu’attendre en dévisageant le vide
ce sol sur lequel je vais me semble moins anodin ; je ne suis plus certain de pouvoir compter sur lui, et l’immobilité paraît l’attitude la plus sûre ; ça n’empêche pas de rêver de voyage et d’aventure
dans le miroir, je vois un corps, et un cœur par transparence ; quand cesserai-je de m’en étonner, d’être stupéfié par toute cette étrangeté en moi ?
locataire d’une vie et passager d’un moment, je n’ai pas su profiter du paysage, car j’ai pensé à autre chose, n’ai pas compris à temps qu’il s’agissait de moi, n’ai en définitive presque rien senti
je ne me demande plus d’où viennent les os ou les organes ; la mémoire est vide, la conscience est vide, les mains sont vides, le ciel est vide ; je me sens bien
aujourd’hui, je saisis tel objet que j’utilise, marche sur tel sol que j’ignore, et je ne m’en étonne plus ; je contemple le monde d’un œil blasé
la lassitude m’a envahi parce que j’ai trop vécu, ou pas assez ; enfin, ce que j’ai trop vécu n’en valait pas la peine
quand je m’en rends compte, je suis déjà vieux, je ne peux plus mettre un pied devant l’autre, j’ai le souffle court ; gravir les sommets n’est plus pour moi
le cerveau est devenu une bouillie grise et blanche ; une part en est à jamais perdue, qui se compte en milliards ; le reste du corps est à l’avenant, mais je voulais parler de l’esprit
je suis accablé par la pensée qu’il faille marcher vers la fin dans l’humiliation de la perte de soi
je voudrais me changer les idées, mais elles tournent en rond à l’intérieur d’une boîte crânienne comme des poissons dans un bocal
tout ce que je dis est pris dans quelque chose dont rien ne peut sortir, quelque chose dans quoi je suis pris moi-même, dont il n’existe pas de dehors, pas de point de vue extérieur, encore moins de vue d’ensemble. Je ne peux pas en parler puisque j’y suis ; je ne peux rien en dire puisque tout ce que j’en dirais en fait déjà partie. Quand je parle, ça n’est pas à propos de, ni sur ; c’est dedans, en plein, c’est ça, ce quelque chose qui contient tout ce que je dis ou plutôt dans quoi tout ce que je dis est pris
l’ennui vient comme la promesse de matins toujours plus brumeux ; il me phagocyte et persévère dans mon être ; il devient ennui même de soi, à partir de quoi plus rien n’est possible sauf l’ennui
le soir, je vais près du grand fleuve, je longe sa rive sur quelques kilomètres ; des lueurs passent devant les yeux, les pensées me traversent, j’écoute, suis attentif à la respiration, aux battements sourds d’un cœur ; pourtant je ne vois pas grand-chose, passe à côté
je lève les yeux vers un ciel qui m’écrase ; cette condition me navre
j’attends que quelque chose surgisse, et c’est là sans doute mon erreur, parce que c’est l’engloutissement qui me guette
je reste sidéré par la révélation de mon inanité, ne sais qu’attendre en dévisageant le vide
ce sol sur lequel je vais me semble moins anodin ; je ne suis plus certain de pouvoir compter sur lui, et l’immobilité paraît l’attitude la plus sûre ; ça n’empêche pas de rêver de voyage et d’aventure
dans le miroir, je vois un corps, et un cœur par transparence ; quand cesserai-je de m’en étonner, d’être stupéfié par toute cette étrangeté en moi ?
locataire d’une vie et passager d’un moment, je n’ai pas su profiter du paysage, car j’ai pensé à autre chose, n’ai pas compris à temps qu’il s’agissait de moi, n’ai en définitive presque rien senti
je ne me demande plus d’où viennent les os ou les organes ; la mémoire est vide, la conscience est vide, les mains sont vides, le ciel est vide ; je me sens bien
considérations sur le vivant (version finale ?)
ça me fait penser à cioran > précis de décomposition.
considérations sur le vivant (version finale ?)
Au moins, ça ressemble à quelque chose, alors.
(J'adore Cioran, enfin, je connais surtout de l'inconvénient d'être né).
(J'adore Cioran, enfin, je connais surtout de l'inconvénient d'être né).
considérations sur le vivant (version finale ?)
"Considérations sur le vivant replié sur lui-même"
considérations sur le vivant (version finale ?)
C'est très bien écrit, en tous cas.
considérations sur le vivant (version finale ?)
moi ça me fait penser à pessoa
dans une forme plus concise
travail toujours très intéressant.
dans une forme plus concise
travail toujours très intéressant.
considérations sur le vivant (version finale ?)
moi aussi je travaille même si ça s'voit pas
variations sur l'item
Je suis forcé de constater que j’existe.
J’ai un corps, un nom, une langue.
Je fais ce que je peux ; moins souvent, ce que je veux.
Je sais respirer, marcher, réfléchir.
Je vois des couleurs à ma fenêtre ; j’aperçois même des oiseaux qui traversent le peu de ciel qui m’est offert.
J’entends bruisser le feuillage des arbres qui entourent ma demeure.
J’habite un corps dont je ne peux pas sortir.
Je me souviens de tout, et cela est gage de mon identité
J’espère vivre encore, mais j’ignore pourquoi.
Je ne crois en rien de particulier.
Je ne parviens pas à décider si l’univers est vide de sens ou au contraire s’il en déborde.
Comme tout un chacun, je crois pouvoir me fier aux apparences.
Quand je dors, je rêve que j’existe, respire, marche ; mais mon corps, mon nom, ma langue peuvent différer ; je peux ainsi en changer, ou même sortir d’un corps que je ne suis plus condamné à habiter.
De façon presque permanente, des impressions et des émotions surviennent en moi, sans que je sache si elles me constituent ou si je n’en suis que le réceptacle.
Observer les choses est ma principale occupation ; j’hésite par contre à agir, car l’acte m’apparaît absolu et irréversible (je ne souhaite pas changer le monde à ce point).
J’ai un corps, un nom, une langue.
Je fais ce que je peux ; moins souvent, ce que je veux.
Je sais respirer, marcher, réfléchir.
Je vois des couleurs à ma fenêtre ; j’aperçois même des oiseaux qui traversent le peu de ciel qui m’est offert.
J’entends bruisser le feuillage des arbres qui entourent ma demeure.
J’habite un corps dont je ne peux pas sortir.
Je me souviens de tout, et cela est gage de mon identité
J’espère vivre encore, mais j’ignore pourquoi.
Je ne crois en rien de particulier.
Je ne parviens pas à décider si l’univers est vide de sens ou au contraire s’il en déborde.
Comme tout un chacun, je crois pouvoir me fier aux apparences.
Quand je dors, je rêve que j’existe, respire, marche ; mais mon corps, mon nom, ma langue peuvent différer ; je peux ainsi en changer, ou même sortir d’un corps que je ne suis plus condamné à habiter.
De façon presque permanente, des impressions et des émotions surviennent en moi, sans que je sache si elles me constituent ou si je n’en suis que le réceptacle.
Observer les choses est ma principale occupation ; j’hésite par contre à agir, car l’acte m’apparaît absolu et irréversible (je ne souhaite pas changer le monde à ce point).