Extrait de "Borderline Parade"

par 411, lundi 07 janvier 2019, 17:26 (il y a 77 jours)

Le mouvement de l'eau,

là, devant moi délicat éclate comme un
au-delà sans fonction,
sans volonté
et sans arrêt recommencé.

La précision mouvante de l'élément
eau m'arrache à mes tensions internes – me tire
vers le haut – l'écume efface
le fond des choses,
la surface emporte tout, puis ramène sur la berge
le sable mastiqué,
la chair à nu du minéral et c'est la dissolution,
c'est le corps qui ne pense plus,
c'est la tranquillité.

— alors la mer entraîne avec elle l'appel
des âmes érodées, c'est l’apaisement soudain,
en pleurer de ne plus être, en avancer les mains
vers le ciel en crier soudain, au fond de soi:

JE NE SUIS RIEN – Savoir
SOUDAIN que tout partira,
EN TREMBLER de plaisir
DE SAVOIR qu'à deux pas de la peau,
LE COURANT nettoie tout

— savoir que la vérité n'est pas tout,
et que l’œil est jaloux
et n'avoue qu'à mi-voix les ombres qu'il a vu
— savoir que le bonheur est un réflexe,
et que l'on peut un jour,
en se baissant,

devenir roi.

Tirer satisfaction
d'une indifférence rebelle,
d'une attention sans objet et d'une âme
incapable ; ne s'intéresser qu'à tout.
Devenir écume.
Surface.
Miroir poli. Ne plus avoir à dire
ce que l'on pense, avoir
le courage du silence, le
panache d'une absence d'opinion.

Être le roi accroupi,
le tyran masochiste,
qui refuse de dire son nom

— Continuer à courir le fond
de l'eau sans faire de bruit,
à dévaler entre les berges
de sa conscience
sans jamais
vouloir
vraiment
se jeter dans quoi que ce soit.

— Être mastiqué, se retirer de la terre pour la mordre ensuite, se retirer et mordre encore et prendre avec soi le rivage, pour le laver et revenir, toujours, toujours, vivre en ressac, en flottement, en reflets, en homme sans fonction, sans volonté, et sans arrêt recommencé.

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