Le jour des Merveilles

par 411, samedi 29 juin 2019, 14:02 (il y a 21 jours)

LE JOUR DES MERVEILLES


j’étais tellement perdu que je redevenais sauvage
je ne me lavais plus
et passais mes journées à penser mon espace
à poncer mon esprit
nuançant le monde à l’infini
passant de songe en songe
seul assez souvent
un peu à côté de mes amis
à deux doigts d’être vivant
à vraiment pas loin
à juste un souffle d'être gai

je perdais ma beauté mes joues ne cessaient de gonfler
un ventre s’installa étouffant tout amour propre
j’étais devenu l’ami nounours qu’on aime sans désir
je me tamisais
me faisais de plus en plus discret
n’osant plus regarder les filles dans les yeux
longeant les murs courant d’une ombre à une autre sans passer par la lumière
je voulais être dans la lumière
mais j'en avais peur
j’avais parfois des besoins d’être acclamé
je rêvais de lumière
d’une eau de lumière où baigner mes cheveux gras
d’un éclat de tumulte
de passions un peu folles

mais on est un enfant quand on fait place à l’aimé
quand on se noue
quand on s’entrelace
quand on n’est plus à côté mais dedans
avec
pour
et l’enfant que j’étais est ici bien empoté
inquiet
trop gêné d’être tout nu
sans cesse à l’affût du moindre désamour
l’amant que je suis est l’enfant que je fus
or j’ai toujours joué seul

.................

je devais porter ce corps à l’abandon
ce monceau de pizzas de kebabs et de frites
ce ventre gonflé par le gaz des 8,6

au fond j’avais envie d'être avec une femme
mais j’avais peur de la gâcher
de gâcher son temps
de la tâcher quelque peu
sur les bords
puis
de ne pas être assez là pour qu'elle puisse s'appuyer

les femmes veulent être rassurées
mais je restais coi tout pantelant
tout penaud tout chancelant devant la vie
face à la mort la folie et les visages qui me hantaient

préférant fuir un cauchemar
que de quitter un trop beau rêve

ainsi les femmes demandent parfois aux amoureux
de faire cœur commun
d'être ce nous retentissant
et moi j’en étais presque à penser fuir
à me retirer du monde
à me barrer de la naissance
à tirer ma révérence
et à ne plus jamais aimer

tant rassurer me faisait peur

Fil complet :