aucune caution

par le Rouge-gorge, mercredi 08 mars 2017, 03:26 (il y a 2613 jours) @ Rémy

ce ne sera jamais ma façon d'être, ni godwin , ni wingod; l"utilisation du fléau d'armes n'est pas ma méthode de dialogue, je préfère répondre par un texte à la hauteur de celui qui s'honore, ou ne pas répondre si cela ne me plait pas, tu l'as déjà certainement remarqué, et tu as bien raison pour le silence, il a parfois a des vertus sympathiques.
Par ailleurs, ton texte : Vers l'amont, décidément, vers l'amont ! a, pour moi, les saveurs d'une réponse de grande qualité.

Ci-dessous un texte de Xavier de La Porte sur France Cul source https://www.franceculture.fr/emissions/ce-qui-nous-arrive-sur-la-toile/pour-en-finir-avec-le-point-godwin auquel je ne souscris pas en tout mais qui dit quelques choses justes :

Je voudrais m’attarder quelques instants sur le « point Godwin », surtout sur les usages du « point Godwin », et tenter de vous convaincre qu’il faudrait arrêter d’avoir recours à cette expression.

Petit rappel. Le « point Godwin » est dérivé d’une loi empirique énoncée par un certain Mike Godwin, avocat américain et figure importante des réseaux depuis longtemps. En 1990 à partir des conversations auxquelles il assiste sur Usenet (on est là avant la naissance du web sur un des réseaux qui composent l’Internet), il énonce la loi suivante « Plus une discussion en ligne dure, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les Nazis ou Hitler s’approche de 1. » En fait, Mike Godwin applique aux conversations en ligne un phénomène identifié dès le début des années 1950 par le philosophe Léo Strauss sous le nom de « reductio ad hitlerum » (« réduction à Hitler »), et qui consiste à disqualifier l’argumentation de l’adversaire en l’associant à Hitler, au Nazi ou à toute autre idéologie honnie de l’Histoire. Aujourd’hui, en français, on parle plus volontiers de « point Godwin » que de « loi Godwin » pour désigner ce moment de la conversation où se manifeste la « reductio ad hitlerum ». On dit donc d’une conversation en ligne (on le dit aussi parfois des conversations hors ligne, mais c’est récent), qu’elle a atteint le « point Godwin » quand l’un des interlocuteurs en réfère au nazisme, à Hitler, à la Shoah, pour disqualifier l’argumentation de son adversaire. Qu’est-ce qui me gêne aujourd’hui dans le recours au « point Godwin » ?

D’abord, l’expression a un usage ambigu. Parce que si, au départ, l’expression est très utile pour dénoncer une tendance dans les réseaux à l’excès rhétorique, à la comparaison un peu ridicule, elle est devenue un moyen de disqualifier tout argument qui manipule de concepts liés de près ou de lois à ces questions. Exemple : vous dîtes qu’il est permis de voir un brin d’antisémitisme quand Dieudonné dit qu’il veut enfoncer « enfoncer [sa] petite quenelle dans le fion du sionisme ». « Point Godwin » va-t-on vous répondre. Vous voyez ce qui s’est passé : le recours au point Godwin, de révélateur de processus disqualifiant à l’œuvre dans une conversation, est devenu en lui-même un moyen de disqualifier une argumentation ou une conversation, constat juste parfois, mais parfois aussi moyen de mettre fin à une discussion gênante (d’ailleurs a été inventé le point « wingod » pour dénoncer cet usage abusif du point Godwin). Ca n’est pas un détail de noter cela, parce qu’avec la généralisation de son usage, le point Godwin est devenu une arme dans la main de ceux qui ont intérêt à faire passer le soupçon d’antisémitisme, de racisme, ou de fascisme pour un excès rhétorique, pour une sorte de délire oratoire un peu ridicule. Il faut se méfier de ce retournement.

Ensuite, en donnant à ce phénomène - c’est-à-dire le fait la référence à Hitler ou Nazisme apparaisse souvent dans les conversations en ligne - l’aspect d’une loi de la nature, Mickael Godwin a donné l’impression que ça faisait partie de la nature de la conversation sur Internet que d’aboutir à ce type d’excès, et donc de mourir d’elle-même, chacun restant sur ses positions. En continuant à utiliser cette expression de « point Godwin », en cherchant le « point Godwin » comme le font certains sur Internet, en voyant des « points Godwin » partout comme le font d’autres, on continue d’accréditer l’idée que toute conversation numérique aboutit à sa propre nullité. Au final, cela revient à annuler l’intérêt de toute conversation numérique.

Or ce qui est intéressant, c’est que Godwin lui-même a expliqué très vite que sa loi n’était pas une vraie loi. En 1994, dans un article au magazine Wired , il expliquait que l’édiction de sa loi était une expérience pour voir s’il était possible de créer une formule virale permettant de lutter contre le recours massif à l’accusation massive de nazisme dans les conversations en ligne. On peut dire qu’il a réussi, la loi s’est imposée, l’expérience a marché, peut-être trop bien marché, et qu’il est temps aujourd’hui de se demander si le recours au point Godwin n’est pas devenu un obstacle à la conversation en ligne, et à l’idée même qu’il puisse y avoir des conversation en ligne et qu’en tant que tel, on pourrait le mettre de côté et trouver autre chose.

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