ta poésie sera écrite avec du sang

par Rémy @, mercredi 12 juillet 2017, 22:05 (il y a 9 jours) En réponse à Claire

Ah oui, cette œuvre-là, vous y avez participé.


Effectivement, les discours d'artistes, ça n'est pas souvent bien.
Tant pis pour vous, moi j'aime bien raconter mes œuvrements.

En ce moment je suis dans une série intitulée "colonnes vertébrales". Je fabrique une longue boîte en relevant les bords d'un papier de 100 par 30 cm, ensuite j'y trace une longue ligne de peinture à la colle, d'une extrémité à l'autre, munie d'une courbure élégante ; je l'y laisse reposer un instant pour que les pointes et bris se lissent, et cette sournoise en profite pour infiltrer un peu de son eau dans le papier, ce qui le fait gonfler le long de son parcours, qui se creuse donc un peu - ce papier un peu brun, avec une ligne creuse, c'est assurément un dos. Ensuite je couvre tout d'une autre couleur diluée dans plein d'eau, et là ça se met à évoluer dans tous les sens : le papier s'imbibe et gondole en sens perpendiculaire à la colonne (c'est parce qu'il a un sens de gondolement, que j'ai savamment respecté en le découpant), la colle gonfle, elle relargue de son pigment, ensuite ça sèche en partant du haut des gondolures, du coup ça tire de ci de là, la colle coule, tout se tortille (c'est une jeune colonne vertébrale, ç'a tendance à vouloir soit s'avachir soit onduler), la couleur du fond se fragmente et dessine une résille sur la colonne au fur et à mesure que la colle gonfle, ensuite le fond des gondolures sèche, laissant, suivant le pigment, une poussière, ou des plaques, ou des auréoles ; et en dernier la colle, qui marque un creux plus profond et plus coloré que tout le reste, avec de pitoyables restes de résille - triste fin de soirée. Mais ! artiste comme je suis ! à un moment judicieusement choisi de toute cette fête, à l'aide d'une burette, je trace un long tortillon d'une couleur contrastée, pour faire joli ; si c'est déjà sec, le tortillon sèche à son tour et décolle la couleur de fond, alors je peux soit le recoller (mais il devient brillant) soit l'arracher pour qu'on voie sa trace ; mais si c'est encore baignant, les mouvements de papier, de colle et de liquide emportent des morceaux de tortillon, qui secrètent à leur tour des bavures de couleur. En fait, j'avais l'intention de passer une deuxième couche de fond pour redissoudre la colle, mais maintenant que j'ai vu que le rouge ne joue pas le jeu, je me tâte - peut-être que je ferai une colonne verte, comme celle d'une orphie, ou bien que je mettrai la deuxième couche avant que la colle soit sèche... Ou les deux... Ou bien je tirerai des côtes vers les côtés... Ah, c'est captivant ! À suivre, je vous les montrerai quand j'aurai fini la série, mais ça peut prendre longtemps, vu qu'elle est féconde.

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