questions aux experts en chanson

par Rémy @, mercredi 19 juillet 2017, 10:22 (il y a 149 jours) En réponse à dh

Hm, les fautes d'orthographe...
Ce qu'il y a, c'est qu'en musique l'orthographe n'est pas si stricte qu'en français. Déjà, il faut choisir un style de référence : on n'écrit pas le classique comme le baroque ni comme la pop ni comme le jazz. Là c'est dur de dire quel style tu voulais.
Ensuite, le but de la musique sur partition, c'est d'être lue suffisamment rapidement pour pouvoir jouer à la lecture, donc il faut te demander qui va lire ta partoche, et l'écrire en respectant les habitudes de cette ou ces personnes. Un jazzman n'a pas les mêmes habitudes de lecture qu'un popeur ni qu'un pianiste classique.


Ceci étant dit, voilà les problèmes que j'y vois moi.


Le premier problème, c'est la voix : le ré que tu fais chanter à répétition est en-dehors de ce qu'atteint une femme qui n'a pas pris de cours de chant, donc en écrivant cette note-là aussi souvent, tu exiges une chanteuse expérimentée. Ce ré est aussi la note la plus haute du registre de contralto, donc parmi les chanteuses expérimentées, tu disqualifies toutes celles qui ont une voix grave. En gros, comme chanteuse, il te reste Vanessa Paradis.

Ensuite vient la question du style : les accords enchaînés sans rapport tonal mais tous issus d'une seule tonalité, les phrases mélodiques sur deux ou trois notes et qui s'arrêtent au milieu d'un accord, c'est de la pop. La mélodie complètement en dehors des accords, c'est du jazz. Les paroles, c'est du post-romantique fin XIXe.

De là, problème avec les chiffrages. Normalement, les chiffrages servent d'une part, à indiquer les accords parce qu'ils ne sont pas écrits en toutes notes (mais là, toi, tu les as écrits en toutes notes), d'autre part, à donner un cadre à l'improvisation. Sauf que si on prend les chiffrages que tu as écrits et qu'on les joue comme le ferait un musicien expérimenté, on n'obtient pas du tout la même disposition de la main gauche du piano que ce que tu as écrit toi ; et du fait que la mélodie ne fait pas partie de ces chiffrages, on ne peut pas improviser dedans en répondant à la voix de manière sensée. Si tu tiens aux dispositions de la main gauche du piano, enlève les chiffrages ; si tu veux que ce soit du jazz, réécris les chiffrages de manière à ce qu'ils contiennent la mélodie (par exemple, le premier accord est E-7 et le second CMaj9). Mais en fait, le mieux ce serait de corriger la manière dont le piano réalise ces chiffrages, voir ci-dessous.

Ensuite, problème avec les basses. D'une manière générale, dans tous les styles, la basse doit jouer la fondamentale des accords, sauf
- si un accord se répète sur plusieurs mesures (comme dans une valse),
- ou si la ligne de basse chante une mélodie intéressante qui a besoin en cours de route (mais pas à la fin des phrases) d'autres notes que les fondamentales,
- ou, en musique classique, si jouer la fondamentale amènerait des quintes ou des octaves parallèles avec la mélodie.
Notamment, faire jouer la quinte d'un accord parfait à la basse est très rare et réservé à des cas très précis (la pompe de la valse, la quarte-et-sixte mozartienne) - et en tout cas absolument exclu au dernier accord du morceau. (C'est autorisé pour les accords diminués et tous les accords de 7e, mais seulement aux endroits où on a besoin d'un accord très instable, qui passe rapidement.)

Après, trois problèmes sur la réalisation des accords.

Question distance entre l'accompagnement et la voix : systématiquement plus d'une octave, donc la voix se détache complètement, il n'y a pas d'interaction entre les deux. Ça colle avec le fait que la mélodie est en-dehors des accords, mais c'est comme si le piano jouait la Marseillaise pendant que la chanteuse chante À la claire fontaine...

Main gauche : ça fait des pâtés dans le grave, ça grogne sans grâce. Utilise des dispositions plus aérées. D'une manière générale, on ne met les accords entièrement dans la main gauche que quand on joue la pompe, et alors ils sont placés aussi aussi près que possible du do qui se trouve entre les deux clés, et loin de la basse. La disposition normale, c'est de mettre les accords juste en-dessous de la mélodie.

Accords parallèles : si tu décides que c'est de la pop, c'est super (supervulgaire, mais parfaitement dans le style). Par contre, en classique ou en jazz, le prof d'harmonie te dirait à la deuxième mesure ah, les trompettes de Jéricho. L'enchaînement normal des accords, c'est que
- les chromatismes se font sur place (le sol va au sol#, le si au sib, etc.),
- les dissonances (7es, retards, appoggiatures supérieures) descendent d'un degré (ou restent sur place si leur note de destination n'est pas dans l'accord suivant),
- les sensibles et appoggiatures inférieures montent d'un demi-ton (il arrive que la sensible monte d'un ton entier, c'est joliment debussique),
- les autres notes bougent aussi peu que possible.
On évite particulièrement les quintes parallèles, qui sonnent moyennâgeux (d'où le nom des trompettes). En tout cas, pas question que tout l'accord descende en bloc d'une tierce, comme tu l'écris aux deux premières mesures. De mi+sol+si à do+mi+sol, le si monte au do et les deux autres notes restent où elles sont.



Seulement bien sûr, si tu corriges tout ça, ça devient un autre morceau, dans un autre style. Remarque que le style actuel, "pop de débutant", n'est pas très flatteur, donc ça ne gênerait pas d'en changer...

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