un extrait de "Travail du poème" d'Ivar Ch'Vavar (suite)

par seyne, vendredi 22 juin 2018, 14:54 (il y a 148 jours) En réponse à dh

Parce que la question n'est pas d'avoir de nombreux lecteurs et toutes sortes de retours, là, évidemment, on est déçu.
Je crois que très vite, en ce qui me concerne, les choses se sont présentées différemment, parce que ce qui a compté ce sont les rencontres et les réflexions communes.
Néanmoins, "faire un livre", c'est à dire quelque chose qui peut exprimer une vue d'ensemble, réfléchir à un fil conducteur entre des poèmes (ou textes courts) écrits chacun à un jour J, dans une humeur particulière, c'est se demander ce qu'ils ont en commun, ce qui les oppose, ce qui entre en résonnance entre eux, et le construire avec ces briques-là, soigneusement choisies...ou bien faire un très long poème, ce qui est assez proche finalement.
C'est vraiment intéressant, ça oblige à creuser, autant sur le fond que sur la forme, creuser pour soi et parfois échanger avec d'autres à ce sujet. Parce que la pensée poétique n'est pas seulement à la recherche du beau, les poèmes expriment des choses cachées souvent à leur auteur, et au moment où on construit le livre, cette pensée apparaît peu à peu. Et puis on perfectionne les poèmes, et ils deviennent de plus en plus beaux, c'est plaisant.

Moi, quand je me suis décidée à affronter le graal de l'édition papier, après des années d'écriture solitaire puis de forums, c'était dans l'idée de prendre le risque du jugement de lecteurs inconnus, que je pouvais fantasmer compétents, et plus ou moins objectifs. Tout de suite, la quête a pris des allures d'itinéraire initiatique, avec cette série de hasards dont je vous ai parlé, un monde touffu et bizarre s'est ouvert devant moi et j'ai suivi le labyrinthe, les ramifications, réfléchissant beaucoup.

Mais de toute façon, l'intéressant, c'est de se saisir de ce qui se présente au fur et à mesure. Il y a une myriade de revues, de petits éditeurs, et certainement il y en a près de chez vous. Les gens qui s'en occupent sont forcément désintéressés et sans prétention, vu qu'ils fabriquent des trucs que personne n'achète, mais ce sont tous des gens intelligents, cultivés, et souvent extra-ordinaires. Je n'ai jamais rencontré autant de gens étonnants que dans ce milieu-là. Pas mal de douleur aussi. On y rentre très vite dès qu'on fait l'effort de rencontrer les gens "en vrai". Et finalement, il y a peu de revues qui soient cramponnées à un "courant" littéraire.
Et puis on rencontre aussi d'autres écritures, ça donne envie d'essayer des choses.

Une fois qu'on a son livre en main, après des années souvent, c'est comme si on avait franchi une étape, on passe à autre chose, c'est bien.

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