L'O et moi

par Casimir, lundi 16 juillet 2018, 15:02 (il y a 126 jours) En réponse à Casimir

Chaque membre de mon corps a son abandon. Il arrive qu’une extrémité de mon corps, ceci arrive lorsqu’elle atteint sa limite, se mette à abandonner mon corps. Mais lorsqu’un de mes pieds se décroche, je le remets aussitôt à sa place. Lorsqu’un de mes yeux tombe et quitte son orbite, qui est le lieu le plus habituel pour un œil, je le remets à sa place. Il arrive que j’oublie un pied ou une main dans la cuisine, ou dans la salle de bain. Cela est encore plus gênant quand ça arrive au restaurant, lorsque j’oublie un membre dans une assiette ou sous une table. Alors il faut chercher le membre en se traînant ou en se roulant par terre en embêtant les autres clients, et il faut s’excuser de se comporter ainsi, car après tout j’ai payé pour un plat, je prends toujours celui du jour, et je n’ai pas payé pour y laisser une extrémité, ni pour déranger les autres clients. Alors le serveur ou le propriétaire me gronde, m’insulte, me jette hors du restaurant en m’empoignant par la manche et me roue de coups, tandis que les clients me filment avec leur téléphone. Ce qui excite encore davantage le propriétaire ou le serveur et ils peuvent me frapper d’autant plus fort, avant d’appeler la police, qui me conduit au poste, où là aussi il peut arriver qu’on continue à me frapper alors que je tente de m’excuser en me protégeant avec les membres valides du moment. Une fois chez moi, honteux, je me mets sur mon lit avec toutes les douleurs qui parcourent partout mon corps. J’écris ensuite les textes qui font mon succès lors de nombreux festivals et attise la curiosité du monde médical, par ma capacité a me démembrer. Ensuite je rampe sur un tapis et je roule longtemps, jusqu’à atteindre un étourdissement qui est comme une ivresse. Je roule, ivre, tout le long de mon appartement, je roule de la cuisine à la salle de bains et je me cogne souvent la tête contre les meubles, si bien qu’elle peut se décrocher de mon cou, et j’ai bien du mal à la remettre alors que je suis calme, elle qui est toute couverte de bosses bleues. Cette tête est si souvent tombé de la fenêtre, ou tombé du haut de mon corps pour rouler sur la route et se faire percuter par des voitures, qu’elle n’a plus vraiment l’apparence ou la forme d’une tête, mais elle reste cependant une extrémité, capable de douleur jusqu’aux cheveux, tout au-dessus de mon corps. Mais elle reste aussi une extrémité qui a grandement contribué à me faire remporter le prix Nobel, qui continue à faire parler d’elle dans les séminaires des communautés scientifiques les plus sérieuses, et qui m’assure des revenus confortables. Probablement qu’un jour elle ne sera plus bonne à rien, même plus à ressentir la douleur, à être incliné intelligemment, ou bien à accomplir des séries de grimaces, comme celle où je met d’abord la main dans la bouche avant d’écarquiller grand les yeux puis de bouger les oreilles en ouvrant grand les narines. Ensuite, je retire la main et je rote très fort. C’est une grimace qui plaît beaucoup à l’O et qui le fait tellement rire qu’il s’écroule par terre et qu’il se roule par terre, ce qui me rend aussi heureux et nous sommes alors deux à rouler par terre, très vite, de la cuisine à la salle de bain. Mais le fait que je ris moi aussi à mon tour le met très vite en colère, et il n’hésite pas à m’insulter avant de prendre la porte, qui est un seuil de l’histoire. Il faut alors que je me méfie toute la nuit, puisque, agacé, il a, sans aucun doute, passé tout le reste de la journée à noyer toute sorte d’animaux ou d’enfants, à me maudire en préparant un mauvais coup.

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