L'O et moi

par Casimir, mercredi 05 décembre 2018, 19:23 (il y a 9 jours) En réponse à Casimir

Je ne me suis pas sérieusement intéressé à ce problème, si il y en a bien un. En effet, il pourrait y en avoir un, comme il pourrait parfaitement ne pas en avoir un. Le manque de pratique, de temps ou même le manque d’intérêt, puisque après tout, pourquoi bon ? Ou, tout simplement, pourquoi ? Ou, encore, pourquoi pas ? Je peux parfaitement ne pas suivre. Je peux parfaitement ne pas être suivi, même si ce problème semble insistant, particulièrement insistant et dans cette lumière, terriblement insistant. Il s’obstine à quelque chose, comme si moi aussi je pouvais m’obstiner et comprendre que je m’obstine. Il s’obstine dans le temps, on pourrait dire qu’il persiste, il persiste à me suivre. Il persiste à me suivre dans des façons que je ne comprends pas. Il persiste à me suivre de travers, horizontalement, verticalement, dans des escaliers en diagonales qui mènent à des pièces où tout est arrangé à l’envers, où les distances entre les objets, des objets pourtant communs comme un ordinateur, un frigidaire ou une table, où ces distances se décalent aléatoirement, et encore, selon un délai aléatoire. Je retourne la tête, je peux retourner cette extrémité comme je l’entends, je peux la détacher comme on détache une porte hors de ses gonds, qui pourrait être une extrémité de l’histoire, ou comme on soulève un cendrier, et il me suit. Je ne suis pourtant pas sérieusement intéressé par ce problème. Ce problème m’indiffère, mais il pourrait pourtant m’intéresser. Je ne le rends pas indifférent, malgré tout le désintérêt que je lui porte, mais c’est un désintérêt que je peux feindre si je le prends au sérieux, c’est que c’est cela pour à peu près tout. C’est un problème que je peux étouffer comme un petit chien, comme l’O étouffe ce qu’il hait, à savoir le chien en tant qu’espèce et tout ce qui peut s’apparenter au chien en tant qu’espèce, ce problème et bien il persisterait à me suivre. C’est que je n’ai pas forcément le temps, ou la pratique. Je n’en ai pas forcément l’envie. C’est que je ne me souviens pas en avoir eu le temps, la pratique ou l’envie. J’ai pu tourner autour mais j’ai pu être son centre, soigneusement décalé, mais décalé sans étude, selon un délai aléatoire, comme ce que je suis, ce que je crois être ou ce que j’ai pu avoir. Un rythme un peu à l’inverse de celui de l’argent, de ces chèques que je reçois de festivals et pour mon prix Nobel, de ces chèques je reçois à un rythme si régulier que ce rythme m’effraie. Mais ce rythme peut se distinguer, il se distingue même de celui du problème, et cela je pourrais même en être sur. A ce rythme, qui lui permet de me suivre de partout, ce rythme peut me faire penser que je dois tout à ce problème, comme lorsque l’O rentre ivre pour m’insulter et me battre. Il peut me poursuivre dans ces salles inversées reliées par des escaliers multiples, où les tiroirs peuvent tomber des commodes comme de la pluie et peuvent me pincer les doigts ou écraser mes pieds, ou mes mains, ou toutes sortes de mes extrémités, en s’obstinant à me dire que je lui dois tout et à me rendre moi, obstiné à lui dire que je ne lui dois rien. Et cela peut le rendre parfaitement heureux, sourire dans cette lumière terriblement insistante alors que moi je n’ai pas forcément le temps, l’envie ou la pratique.

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